TOUSCHANT L'USAGE DE LA DIVINE COMMUNION
EU ESGARD EN PARTICULIER A LA CONDITION, AU DEGRÉ ET A LA DISPOSITION INTERIÉURE D'UN CHASCUN.
DEMANDE I. — Quelle disposition est requise pour la communion de huict ou quinze jours?
CoNFESSEZz-vous de quinze en quinze jours pour recevoir le divin sacrement de la communion, et n'allez jamais ny à l’un ny à l’autre de ces celestes mysteres qu'avec une nouvelle et tresprofonde resolution de vous amender de plus en plus de vos imperfections , et de vivre avec pureté et perfection de cœur tousjours plus grandes.
Je ne dy pas que, si vous vous treuvez en devotion pour communier tous les huict jours, vous ne le puissiez faire, et surtout si vous remarquez que, par ce sacré mystere, vos inclinations fascheuses et les imperfections de vostre vie s’aillent diminuant ; mais je vous ay remarqué de quinze en quinze jours, affin que vous ne differiez pas davantage.
DEMANDE II. — S'il est necessaire d’oùyr la messe pour communier?
Je vous ay dit qu’il n’estoit nul besoin d’oüyr la messe pour se communier tous les jours ouvriers, ny mesme les jours de festes, quand on en a oùy une devant, ou quand on en peut oüyr une apres, quoy qu'entre deux on fasse beaucoup d’autres choses. Cela est vray.
DémanDE III. — Quelle disposition requiert la communion tous les dimanches?
Ne manquez jamais, pour le commencement, de communier tous les premiers dimanches de chaque mois, outre les bonnes festes, et le soir de devant, confessez-vous, et excitez en vous une saincte reverence et joye spirituelle de devoir estre si heureuse que de recevoir vostre doux Sauveur, et faites alors une nouvelle resolution de le servir fervemment; laquelle, l’ayant recu, il faut confirmer, non pas par vœu, mais par un bon et ferme propos.
DEMANDE IV. — Quel doit estre nostre cœur apres la communion?
Le jour de vostre communion, tenez-vous la plus devote que vous pourrez, souspirant à celuy qui sera en vous, et le regardez perpetuellement de l'œil interieur, gisant ou assis dans vostre propre cœur.comme dans son trosne, et luy faites venir l’un apres l’autre vos sens, vos puissances, pour oüyr ses commandemens, et luy promettre fidellité.
Cecy se doit faire apres la communion par une petite meditation d’une demy heure.
DEMANDE V. — Quel discernement est requis pour la frequente ou la rare communion ?
Ne portez pas mademoiselle vostre fille à une si frequente communion, qu'elle ne sçache bien peser ce que c’est que cette frequente communion.
Il y a difference entre discerner la communion dans les autres participations, et discerner la frequente communion d'avec la rare. Si cette petite ame discerne bien que, pour frequenter la saincte communion, il faut avoir beaucoup de pureté et de ferveur, et qu'elle y aspire, et soit soigneuse à s’en parer, alors je suy bien d'advis qu'on l'en fasse approcher souvent (c'est-à-dire de quinze en quinze jours); mais, sielle n'a d'autre chaleur qu’à la communion, et non point à la mortification des petites imperfections de la jeunesse, je pense qu'il suffiroit de la faire confesser tous les huict jours et communier tous les mois. Je pense. que la communion est le grand moyen d'atteindre à la perfection; mais il faut la recevoir avec le desir et le soin d’oster du cœur tout ce qui desplaist à celuy que nous y voulons loger.
DEMANDE VI. — Sur le retardement de la saincte communion , et quel fruict on doit en tirer.
Vous avez bien fait d’obeyr à vostre confesseur, soit qu’il vous ayt retranché la consolation de communier souvent, pour vous esprouver, soit qu'il l’ayt fait parce que vous n’aviez pas assez de soin de vous corriger de vostre impatience ; et moi je croy qu’il l’a fait pour l’un et pour l’autre, et que vous devez perseverer en cette penitence, tant qu'il vous l’ordonnera, puisque vous avez tout subjet de croire qu'il ne fait rien qu'avec juste consideration. Et si vous obeyssez humblement, une communion vous sera plus utile, en effet, que deux ou trois faites autrement ; car il n’y a rien qui nous rende la viande si profitable que de la prendre avec appetit, et apres l'exercice.
Or, le retardement vous donnera l’appetit plus grand ; et l'exercice que vous ferez à mortfier vostre impatience, fortifiera vostre estomach spirituel. Humiliez-vous cependant doucement, et faites souvent l’acte d'amour de vostre propre abjection : demeurez un peu en la posture de la Cananée.
DEMANDE VII. — Si l’on doit obeyr au conseil de communier souvent?
. Vous avez extremement bien fait d'obeyr à vostre confesseur, et vostre confesseur bien fait de vous imposer l’obeyssance en un subjet si aggreable. Je ne seray jamais celuy qui vous ostera vostre pain quotidien, tandis que vous serez bien obeyssante, je vous diray plutost que vous communyrez tousjours hardyment; quand ceux à qui vous vous confesserez diront oùy, cutre les communions que je vous ay marquées.
* Demanoe VIII. — Si l’on peut exciler à la frequente communion pour une où plusieurs années?
__ O0! si vous pouviez doucement decevoir vostre chere ame, et: au lieu que vous avez entreprins de communier tous les mois, un an durant, mais un an de douze mois, quand vous auriez achevé le douziesme, vous y ajoutassiez le treiziesme, puis le quatorziesme, puis le quinziesme, et que vous allassiez ainsi poursuivant de mois en mois, quel bonheur à vostre cœur, qui, à mesure qu'il recevroit plus souvent son Sauveur, se convertiroit aussi plus parfaictement en luy! Et cela se pourroit bonnement faire sans bruict, sans interest (1) des affaires, et sans que le monde eust rien à dire. L’experience m'a fait toucher, en vingtcinq ans qu'il y a que je sers les ames, la toute-puissante vertu (1) Sans compromettre les.