‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 319 sur 355 · I. Le · texte numérisé non relu

I. Le

de ce divin sacrement pour forüfier les cœurs au bien, les exempter du mal, les consoler, en un mot, les diviniser en ce monde, pourveu qu'il soit enté avec la foy, la pureté et la devotion convenables.

DEMANDE IX. — Si l’on doit faire communier les enfans de bonne heure ?

Oùüy, sans doute, il ne faut pas laisser passer les pasques sans faire communier vostre fils. Mon Dieu! c’est un docteur desjà. C’est une grande erreur, ce me semble, de tant differer ce bien en cet aage, auquel les enfans ont plus de discours à dix ans, que nous n’en avions à quinze. Vrayement, j'eusse bien desiré de luy donner la premiere communion; ce luy eust esté un subjet de se ressouvenir de moy et de m'aymer toute sa vie.

DemAnDe X. — Si l’on doit se retirer de la communion pour les aridités et distractions?

Ne vous estonnez nullement de vos distractions, froydeurs et seicheresses, tandis que vostre courage est immobile et invariable aux resolutions que Dieu vous à données. Cela se passe en vous du costé des sens, et en la partie de vostre cœur qui n’est pas entierement en vostre disposition.

Il ne faut pas laisser la tres-saincte communion pour cette sorte de mal; car rien ne ramassera mieux vostre esprit que son Roy, rien ne l’eschauffera tant que son soleil, rien ne le destrempera si souëfvement (1) que son bausme. Nous avons renoncé aux consolations mondaines, et non contens de cela, il nous faut encore renoncer aux spirituelles, puisque telle est la volonté de celuy pour lequel nous devons vivre et mourir.

DEMANDE XI. — Comment interpreter l'intention des directeurs au retranchement de la communion ?

Ne sçachant pas les motifs de ceux qui vous retranchent les communions, il ne faut pas que j'en die autre chose, ils ne sçavent peut-estre pas aussi les miens; c'est pourquoy ils ne les jugent pas dignes d’estre suivys. En cela chascun a son goust particulier; mais pour vous, je vous asseure que vous ne perdrez rien, car ce que vous ne gaignerez pas en la suavité de la communion, vous le treuverez en l'humilité de vostre sousmis sion, si vous acquiescez simplement à leurs volontez.

Mais de cette crainte qu'on vous donne que vos frequentes communions vous pourroient tourner à mal, je pense que vous

(1) Suavement.

ne vous en devez pas mettre en peine, et qu’on ne vous a pas dit cela par discernement de l’estat de vostre cœur, mais pour vous morüfier, ou peut-estre simplement par maniere de deffaite, comme quelquesfois il arrive aux personnes, mesme fort sages, de ne peser pas bien toutes choses.

DEMANDE XIT. — Si l’on peut communier sans entendre la messe ?

J'admire que monsieur N. se soit persuadé cette opinion, que l'on ne puisse pas communier sans oùyr la messe. Non-seulement elle est sans raison, mais elle est sans apparence de raison; puisque toutesfois 1l faut que vous passiez par là, multipliez tant plus les communions spirituelles , que nul ne peut vous refuser. Dieu vous veut sevrer, et vous faire manger des viandes solides, c'est-à-dire des viandes dures ; car de plus solides, il n’y en a point au ciel, ny en la terre, que la saincte communion : mais son refus, qui est plus dur à vositre ame, requiert aussi des desirs plus forts. /

DEMANDE XIIT. — Si la faim spirituelle de la communion suffit pour en approcher souvent, et quelle est la bonne digestion de cette saincte viande ?

Vous me dites que vous vous sentez affamée plus qu'à l’ordinaire de la tres-saincte communion. Il y a deux sortes de faim, l’une qui est causée de la bonne digestion, l’autre du desreglement de la force attirante de l’estomach.

Humiliez-vous fort, et eschauffez fort vostre estomach du sainct amour de Jesus-Christ crucifié, affin que vous puissiez bien digerer spirituellement cette celeste viande. Et puisque assez demande du pain, qui se plaint de la faim, je vous dy de communier les mercredys et vendredys de caresme, et le jour de Nostre-Dame, outre les dimanches.

Mais qu'entendez-vous que l’on fasse digestion spirituelle de Jesus-Christ ? Ceux qui font bonne digestion corporelle, ressentent un renforcemept par tout le corps, par la distribution generale qui se fait de la viande en toutes les parties : ainsi ceux qui font bonne digestion spirituelle, ressentent que Jesus-Christ, qui est leur viande, s’espanche et communique à toutes les parties de leurs ames et de leurs corps. Ils ont Jesus-Christ au cerveau, au cœur, en la poictrine, aux yeux, aux mains, en la langue, aux oreilles, et aux pieds.

Mais ce Sauveur, que fait-il par tout là? Il redresse tout, il purifie tout, il vivifie tout : il ayme dans le cœur, il entend au cerveau, il anime dans la poictrine, 1l voit aux yeux, il parle

en la langue, et ainsi des autres ; 1l fait tout en tout, et alors nous vivons, non point nous-mesmes, mais Jesus-Christ vit en nous.

O! quand sera-ce, mon Dieu, quand sera-ce? Je vous monstre à quoy il faut pretendre, bien qu’il faille se contenter d'y atteindre petit à petit.

Tenons-nous humbles, et communions hardyment : peu à peu nostre estomach interieur s’apprivoysera avec cette viande, et apprendra à la bien'digerer. C'est un grand poinct de ne manger que d’une viande, quand elle est bonne; l’estomach fait bien mieux son devoir. Ne desirons que le Sauveur, et j'espere que nous ferons bonne digestion.

DEMANDE XIV.— Si l’on doit travailler le jour de la communion, et de quoy l’on doit s'abstenir precisement?

Le jour qu'on s’est communié, il n’y a nul danger de faire toute sorte de bonne besongne et travailler : il y en auroit plus à ne rien faire. En la primitive Eglise, où tous communioient tous les jours, pensez-vous qu'ils se tinssent les bras croisez pour cela ? Et sainct Paul, qui disoit la saincte messe ordinairement, gaigaoit neantmoins sa vie au travail de ses mains. :

De deux seules choses se doit-on garder le jour de la communion, du peché et des voluptez et plaisyrs recherchez : car, pour ceux qui sont deus et exigez, ou qui sont necessaires, ou qui se prennent par une honneste condescendance, ils ne sont nullement deffendus ce jour-là; au contraire, ils sont conseillez, moyennant l'observation d’une douce et saincte modestie.

Non, je ne voudrois pas m'abstenir d’aller en un honneste festin, en une honneste assemblée ce jour-là, si j'en estois prié, bien que je ne voudrois pas le rechercher.

Il y a un autre exemple aux gens mariez, qui, ce jour-là, peuvent et doivent rendre leur devoir, mais non pas l'exiger, sans quelque indecence, laquelle neantmoins ne seroit pas peché mortel. Je mets cet exemple expres.

DEemanDe XV. — Quel fruict doit-on tirer de la privation de la communion?

Je ne treuve pas mauvais que vous soyez un peu privée de la tres-saincte communion, puisque c’est l’advis de vostre confesseur, pour voir si le desir de retourner à la frequentation d'icelle ne vous fera point un peu prendre garde à vostre amendement ; et vous ferez bien de vous humilier tousjours fort aux advis de vostre confesseur, qui voit l’estat present de vostre ame, lequel,

quoyque je m'imagine assez sur ce que vous m'en dites par vos lettres, si est-ce qu'il ne me peut pas estre cognu si particulierement comme à celuy à qui vous rendez compte.

Or, j'entends qu’encore que vous esloigniez un peu vos communions, vous ne laisserez pas pour cela de bien suivre la frequente communion : car, de celles-cy, il n’y peut avoir aucune raison de les esloigner; au contraire, elles vous seront utiles pour assujettir vostre esprit qui, de soy-mesme, n’ayme pas la subjetion, et pour l’humilier et luy faire mieux discerner ses fautes.

DEmanne XVI. — Comme quoy Nostre-Seigneur est une tablette cordiale en la communion.

Toutes les deux prinses que vous ferez sont tablettes cordiales, surtout la premiere, composée de la plus excellente poudre qui fut jamais au monde. Oui, N., car Nostre-Seigneur a prins une vraye chair, qui est, en somme, poudre; mais en luy, elle est si excellente, si pure, si saincte, que les cieux et le soleil ne sont que poussiére au prix de cette poudre sacrée.

Or, la tablette de la communion est cela mesme qui a esté mis en tablette, affin que nous la puissions mieux prendre, bien que ce soit la tres-divine et tres-grande table que les cherubins et les seraphins adorent, et de laquelle ils mangent par contemplation reelle comme nous le mangeons par reelle communion.

O Dieu! quel bonheur que nostre amour, en attendant cette manifeste unyon que nous aurons avec Nostre-Seigneur au ciel, s’unysse par ce mystere si admirablement à luy.

DEMANDE XVII. — Quelle condition est requise pour lu communion de huict jours?

Je veux bien, puisque vous en avez le desir, que vous fassiez la sacrée communion tous les huict jours, m’asseurant qu’à mesure que vous approcherez plus souvent de ce divin sacrement, vous tascherez de luy rendre aussi plus d'amour et de fidellité en son service; et que le jour de vostre communion vous vous garderez de donner subjet à ceux avec lesquels vous conversez, de penser que vous n’estimez pas assez l'honneur de la reception de vostre salut.

DEmAnDE XVIII. — Quelle instruction il faut donner au peuple touchant l’ablution apres la communion, et dans quoy la donner?

Ayant sceu que vous prenez quelque sorte de scandale de ce que l’on vous donne l’ablution dans un verre apres que vous

avez communié, je vous ay voulu faire ces deux mots pour vous exhorter de ne vous point faire ce tort à vous-mesme, que de croire que ce que l'Eglise nostre mere ordonne puisse estre mauvais ou inutile. Or, elle ordonne que les laïques reçoivent la communion és especes du pain seulement, par lesquelles ils participent neantmoins parfaictement au corps et au sang de Nostre-Seigneur, tout autant comme s'ils la recevoient encore sous l’espece du vin, puisque ce mesme Sauveur a dit : Qui me mangera, il vivra pour moi; et qui mange ce pain, il vivra eternellement.

En sorte que ce qui se boit apres la communion par le peuple, ce n’est pas le sang du Sauveur, mais seulement du vin qui se prend pour laver la bouche, et faire plus entierement avaler le precieux corps et sang desjà receu en la tres-saincte communion : c'est pourquoy, cela ne doit pas estre presenté dans le calice, mais dans un autre vase, ou de verre, ou autrement. Que si, par cy-devant, il a esté autrement fait, ç’a esté par abus, et par la nonchalance et paresse des officiers de l'Eglise, et contre l'intention de la mesme Eglise.

DemanDe XIX. — Si les fonctions conjugales peuvent empescher la frequente communion?

Communiez tout asseurement selon le conseil de messieurs de Berule et Galemant, puisque vous vous y sentez inclinée et consolée ; et ne vous mettez nullement en peine de l'apparence qu'il y a de quelque irreverence pour l'exercice de la condition en laquelle vous estes : car il n’y a nulle irreverence, mais seulement une apparence.

Cet exercice-là n’est nullement deshonneste devant les yeux de Dieu; au contraire, il luy est aggreable, il est sainct, il est meritoire, au moins pour la partie qui rend ce devoir, et n’en recherche pas l’acte, mais seulement y condescend, pour obeyr à celuy à qui Dieu a donné l’authorité de se faire obeyr pour ce regard. :

Il ne faut pas juger des choses à nostre goust, mais selon celuy de Dieu : c’est le grand mot. Si nous sommes saincts selon nostre volonté, nous ne le serons jamais bien ; il faut que nous le soyons selon la volonté de Dieu. Or, la volonté de Dieu est que pour l'amour de luy vous fassiez librement ainsi, et que vous aymiez franchement l’exercice de vostre estat : je dy que vous l’aymiez et cherissiez, non point pour ce qui est exterieur, et qui peut regarder la sensualité en elle-mesme; mais pour l'interieur,

parce que Dieu l’a ordonné, parce que sous cette vile escorce la saincte volonté de Dieu s’accomplit.

Mon Dieu, que nous nous trompons souvent! Je vous dy encore une fois qu'il ne faut point regarder à la condition exterieure des actions, mais à l’interieure, c'est-à-dire, si Dieu les veut ou ne les veut point. Les conceptions mondaines se broüillent et meslent tousjours parmy nos pensées.

En la maison d’un prince, ce n’est pas tant d’estre soüillon de cuisine comme d’estre gentil-homme de la chambre; mais en la maison de Dieu, les soüillards et soüillardes sont les plus dignes bien souvent, parce qu'encore qu'ils se soüillent, c’est pour l’amour de Dieu, c’est pour sa volonté et son amour; et cette volonté donne le prix à nos actions, non pas l'exterieur.

Je me confonds souvent en cette consideration, me voyant en une condition si excellente au service de Dieu. O Dieu! faut-il donc que l’action, qui, en l'exterieur, est si basse, soit si haute en merite, et que mes predications, mes confirmations si relevées en l’exterieur, soient si basses en merite pour moy, faute d'amour et de dilection ?

J'ay dit cecy de la sorte, affin que vous sçachiez que la communion n’est nullement incompatible avec l'obeyssance, en quelque sorte d'action qu'on l’exerce, En l’ancienne Eglise, on communioit tous les jours; neantmoins, S. Paul ordonne aux mariez qu'ils ne se defraudent point l’un l’autre pour le devoir du mariage. Cela soit dit pour une fois, et qu'il vous suffise que c’est la vraye verité.

Mais la partie peche-t-elle point, si elle sçayt que l’autre ayt communié? Je vous dy que non, nullement, surtout quand les communions sont frequentes : ce que j'ay dit de l'Eglise primitive en fait foy, et la raison y est toute claire. Il y a plus, si la partie communiée recherchoit elle-mesme, le jour de la communion, le peché ne seroit que veniel et tres-leger, à cause d’un peu d'irreverence qui interviendroit; mais ne recherchant pas, ains (1) correspondant, c'est grand merite, et la grace de la communion s’en accroist, tant s’en faut qu elle s’en amoindrisse.

DEMANDE XX. — Si, pour la paix de la famille, on peut se pris quelquesfois de la communion ?

Exemple remarquable à ce subjet.

Quand vous pouvez communier sans troubler vos deux superieurs, faites-le selon l’advis de vos confesseurs; quand vous

(4) Mais.

craignez de les troubler, contentez-vous de communier d'esprit; et croyez-moy, cette mortfication spirituelle, cette privation de Dieu aggreera extremement à Dieu, et vous le mettra bien advant dans le cœur. Il faut quelquesfois reculer pour mieux sauter : je veux dire que pour un peu Dieu sera servy, si, pour regaigner l'esprit de ces deux superieurs qu’il vous a establys, vous souffrez la privation de la communion reelle ; et ce me sera une bien grande consolation, si je sçays que ces ordres que je vous donne ne mettent point vostre cœur en inquietude.

Croyez-moy, cette resignation, cette abnegation vous sera extremement utile : vous pourrez neantmoins gaigner des occasions secrettes pour communier; car, pouveu que vous deferiez et compatissiez aux volontez de ces deux personnages, et que vous ne les mettiez point en impatience, je ne vous donne point d'autre regle de vos communions que celles que vos confesseurs vous diront : car 1ls voient l’estat de vostre interieur, et peuvent cognoistre ce qui est requis pour vostre bien.

Je respons de mesme pour vostre fille : laissez-luy la tressaincte communion jusqu’à Pasques, puisqu'elle ne la peut recevoir sans offenser son bon pere, avant ce tems-là. Dieu rescompensera cette attente.

Vous estes, à ce que je voy, au vray estat de la resignation et indifference, puisque vous ne pouvez pas servir Dieu à vostre volonté.

Je cognois une dame des plus grandes ames que j'aye jamais rencontrées, laquelle a demeuré long-tems en telle subjection sous les humeurs de son mary, qu'au plus fort de ses devotions et ardeurs il falloit qu’elle portast sa gorge ouverte, et qu'elle fust chargée de vanitez à l'exterieur, et qu’elle ne communiast jamais, sinon que ce fust à Pasques, qu’en secret, et à l’insceu de tout le monde; autrement elle eust excité mille tempestes en sa maison : et par ce chemin elle est arrivée bien haut, comme je sçay, pour avoir esté son pere de confession bien souvent.

DEMANDE XXI. — Si les imperfections peuvent empescher la frequente

communion, et quelles?

Encore que plusieurs imperfections et mauvaises inclinations de tems en tems vous surprennent, ne laissez pas de faire la communion le jeudy et les festes sur semaine, et le mardy du caresme; mais cela n’en doubtez plus, ains employez vostre cœur à estre bien fidelle en l'exercice de la pauvreté parmy les richesses, de la douceur et tranquillité parmy les tracas, et de la resigna-

tion du cœur et de tout ce qui vous doit arriver, en la providence de Dieu. Qu’est-ce qui vous peut manquer ayant Dieu?

DEMANDE XXII. — Si {4 communion d’un mois doit empescher un plus frequent usage de la confession?

Quant à l'usage des sacremens, vous ne devez nullement laisser escouler aucun mois que vous ne communiiez, et mesme dedans quelque tems, selon les progrez que vous aurez faits au service de Dieu, et selon l’advis de vos peres spirituels, vous pourrez vous communier plus souvent. Mais quant à la confession, je vous conseilleray bien de la frequenter encore plus, principalement s’il vous arrivoit quelque imperfection de laquelle vostre conscience fust affligée, comme il en arrive bien souvent au commencement de la vie spirituelle. Neantmoins, si vous n'avez pas la commodité requise pour vous confesser, la contrition et repentance suppleera.

DEMANDE XXII. — À qui l’on doit se rapporter suivant le desir de la frequente communion ?

Quant à la saincte communion, j’approuve que vous continuiez à la desirer fort frequente, pourveu que ce soit avec la sousmission que vous devez avoir à vostre confesseur, qui void l’estat present de vostre ame, et est si digne personnage.

DEmanNDE XXIV. — Quelle raison on peut rendre du frequent usage

de la communion?

Laissez philosopher les autres sur le subjet que vous avez de communier ; Car il suffit pour vostre conscience, que vous et moy scachions que cette diligence de revoir et de reparer souvent vostre ame, est grandement requise pour la conservation d’icelle. Si vous en voulez rendre compte à quelqu'une, vous luy pourrez bien dire que vous avez besoin de manger si souvent cette divine viande, parce que vous estes fort foible, et que, sans ce renforcement, vostre esprit se dissiperoit aysement. Cependant, continuez à bien serrer ce cher Sauveur sur vostre poictrine; faites qu'il soit le beau et suave boucquet de vostre cœur, en sorte que quiconque vous approche sente que vous en estes parfumée, et cognoisse que vostre odeur est l'odeur de la myrrhe.

DEMANDE XXV. — Ce qui peut consoler en la privation ou delay de la communion ?

Conduisez-vous en la communion au gré de vostre confesseur, car il luy faut donner cette satisfaction; et vous ne iperdrez rien

pour cela, car ce que vous n'aurez pas par la reception du sacrement, vous le rencontrerez en la sousmission et obeyssance.

DEMANDE XX VI. — Quelle intention on doit avoir en la saincte communion?

Tenez-vous dans le train de la communion que nous vous dymes, et dressez vostre intention à l’unyon de vostre cœur tout ensemble ; puis ne vous amusez pas à penser quelles sont les pensées de vostre esprit pour cela, puisque de toutes les pensées il n'y en a point qui soit vostre pensée, que celle que deliberement et volontairement vous avez acceptée, qui est de faire la communion pour l’unyon, et comme une unyon de vostre cœur à celuy de l’espoux.

DEMANDE XX VII. — Si l’on doit porter quelque emulation à celles qui communient plus souvent ?

Que celles qui communient plus souvent n’estiment pas moins les autres qu’elles, puisqu'on s'approche maintesfois plus de Nostre-Seigneur en se retirant avec humilité, qu’en s’en approchant selon nostre goust propre; et que celles qui ne commu nient pas si souvent ne se laissent pas emporter à la vaine emulation.

DEMANDE XX VIII. — Ce que l’on doit croire de la tres-saincte communion, et les sentimens de respect qu'on y doit avoir?

Qui reçoit la tres-saincte communion, il recoit Jesus-Christ vivant. C’est pourquoy son corps, son ame et sa divinité sont en ce divin sacrement; et d'autant que sa divinité est celle-là mesme du Pere et du Sainct-Esprit, qui ne sont qu'un seul Dieu avec luy, qui reçoit la tres-saincte Eucharistie reçoit le corps du Fils de Dieu, et par consequent la saincte Trinité.

Mais neantmoins ce divin sacrement est principalement institué, affin que nous recevions le corps et sang de nostre Sauveur” avec sa vie vivifiante, comme les habillemens couvrent principalement le corps de l’homme; mais parce que l'ame est unye au corps, ils couvrent par consequent l'ame, l’entendement, la memoire, et la volonté. Allez bien simplement en cette creance, et saluez souvent le cœur de ce divin Sauveur, qui, pour vous tesmoigner son amour, s’est voulu couvrir des apparences du pain, affin de demeurer tres-familierement et tres-intimement en nous et pres de nostre cœur.

Voyez en esprit les saincts anges qui environnent ce tressainct sacrement pour l’adorer, et en cette saincte octave res-

pandent plus abondamment des inspirations sacrées sur ceux qui, avec humilité, reverence et amour, s’en approchent.

Ces divins esprits vous apprendront comme vous ferez pour bien celebrer ces jours solemnels, et surtout l'amour interieur qui vous fera cognoistre combien est grand l’amour de nostre Dieu, qui, pour se rendre plus nostre, à voulu se donner en viande, pour santé spirituelle de nos cœurs, affin que, les nourrissant, ils fussent plus parfaicts.

DEMANDE XXIX. — Quelles sont les preparations requises à la saincte communion ?

Puisque le seul deffaut de preparation est la cause pour laquelle, recevant si souvent les sacremens de Penitence et de l’'Eucharistie, nous ne recevons pas tousjours les graces qu'ils ont accoustumé de produire dans les ames qui sont bien preparées, 1l importe de sçavoir comment il se faut preparer pour bien recevoir ces deux sacremens.

DEMANDE XXX. — Quelle doil estre la pureté d'intention, et ses marques?

La’‘premiere preparation est la pureté d’intention ; la seconde, l'attention ; et la troisiesme, l'humilité.

La pureté d'intention est totalement necessaire, non-seulement à la reception des sacremens, mais encore en tout ce que nous faysons. Or, l'intention est pure lorsque nous recevons les sacremens, ou faysons quelque autre chose, quelle qu'elle soit, pour nous unyr à Dieu, et pour luy estre aggreables, sans aucun meslange de propre interest.

La marque de cecy est, si, desirant communier, l’on ne le permet pas, ou si apres la communion, ne sentant pas de consolation, vous ne laissez pas de demeurer en paix; car l’inquietude de n'avoir pas communié, ou de n’avoir pas eu de consolation en la communion, est une marque que vostre intention estoit impure, et que vous ne recherchiez pas de vous unyr à Dieu, mais aux consolations, puisque vostre unyon avec Dieu se doit faire sous la vertu de l’obeyssance.

DEMANDE XXXI. — Quelle doit estre l'attention?

La deuxiesme preparation, c’est l'attention, qui est requise, tant pour la grandeur de l’œuvre, comme pour ce que chaque sacrement demande de nous : ainsi, allant à la confession, nous y devons porter un cœur amoureusement douloureux , et à la saincte communion, il faut y porter un cœur ardemment amoureux.

DEMANDE XXXII, — Quelle doit estre l'humilité ?

La troisiesme preparation, c’est l'humilité, vertu tout-à-fait necessaire pour recevoir abondamment les graces qui descoulent par les canaux des sacremens, parce que les eaux coulent bien plus fortement et promptement, quand les canaux sont posez en des lieux penchans et tendant en bas.

DEMANDE XXXIII. — Quel doit estre l’abandonnement à la volonté de Dieu?

Une quatriesme preparation, c’est l’abandonnement total à la volonté de Dieu, sousmettant sans reserve nostre volonté et toutes nos affections à sa domination : je dy sans reserve, parce que l’'amour-propre se reserve tousjours quelque chose. Les personnes spirituelles, par exemple, allant à la communion, se reservent la volonté d’avoir des vertus : les unes la prudence, pour sçavoir vivre honorablement ; les autres un grand courage, pour faire des œuvres excellentes pour son service; d’autres, l'humilité, si necessaire pour donner le bon exemple; les autres, des consolations à l’orayson; mais de simplicité, de douceur. de cœur, de vraye humilité de cœur, qui font aymer la propre abjection, ou de vraye mortification, point de nouvelles.

Le vray moyen donc de faire cette unyon est que, Nostre-Seigneur se donnant tout à nous, nous nous donnions aussi reciproquement tout à luy, affin de pouvoir dire veritablement : Je ne vy plus moy, mais c’est Jesus-Christ qui vit en moy.

DEuanpe XXXIV. — Quel doit estre le denuèment du cœur à cet effect?

La cinquiesme preparation est de vuider son cœur de toutes choses, affin que Nostre-Seigneur le remplisse de tout luy-mesme, une seule communion bien faite estant capable de nous rendre saincts et parfaicts. La cause pourquoy nous ne recevons point cette grace de sanctification, n’est autre chose, sinon que nous ne laissons pas regner Nostre-Seigneur en nous, comme sa bonté le desire. Il vient en nous, ce bien-aymé de nos ames, et il treuve nos cœurs tout pleins de desirs, d’affaires et de petites volontez, qui l'empeschent de s’en rendre le maistre et le gouverneur.

Le cœur est vuide, à la verité, absolument parlant, parce que l’on a rejetté et detesté le peché mortel et toutes sortes d’affections mauvaises; mais tous les coings et recoings de nos cœurs sont pleins de mille choses indignes de paroiïstre en la presence de ce Roy souverain, qui luy lient les mains, et l’empeschent de

nous departir les biens et les graces que sa bonté avoit desir de nous faire, s’il nous eust irouvez preparez.

DEMANDE XXXV,. — Quelles fins el intentions peut-on avoir, principalement en la communion ?

L'on peut communier pour diverses fins.

1. Pour demander à Dieu la delivrance de quelque tentation ou affliction, soit pour nous, soit pour nos amys.

2. Pour demander quelque vertu, sous cette condition de nous unyr par ce moyen plus parfaictement à Dieu, quoyque d’ordinaire l’affliction le fasse plus efficacement, parce que l’on se ressouvient plus souvent de Dieu, et qu’il est meilleur pour nous de produire les actes des vertus que de les avoir en habitude, la respugnance qu'on ressent à les prattiquer servant davantage à nous humilier, et que l'humilité vaut mieux que tout cela.

DEMANDE XXXVI. — Quelles sont les marques qu’on profite de la communion ?

La marque qu'on profite de la reception des sacremens, est si l’on advance par les vertus qui leur sont propres : comme si, de la confession on tire l'amour de sa propre abjection et l’humilité, parce que la mesure de l'humilité est la bonne marque de nostre advancement, car quiconque s’humilie, sera exalté : estre exalté, c'est estre advancé; si, par la saincte communion, l'on devient plus douce, puisque la vertu de ce divin sacrement, qui est tout doux, tout suave, et tout miel, est la douceur. Mais si, au contraire, vous ne devenez pas plus humble ni plus douce, vous meritez qu'on vous leve le pain, puisque vous ne voulez pas travailler (Entret. 18).

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