‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 325 sur 355 · AUTRES EXERCICES DEVANT ET APRES LA COMMUNION · texte numérisé non relu

AUTRES EXERCICES DEVANT ET APRES LA COMMUNION

Meditalion pour le commencement de chaque mois avant la saincte Communion.

Mettez-vous en la presence de Dieu : priez-le qu'il vous inspire. Imaginez-vous que vous estes une pauvre servante de Nostre-Seigneur, et qu’il vous a mise en ce monde comme en sa maison.

4° Demandez-luy avec humilité pourquoy il vous y à mise; et considerez que ce n'est pas pour aucun besoin qu'il eust de vous, mais affin d'exercer en vous sa liberalité et bonté; car c'est pour vous donner son paradis, et affin que vous le puissiez avoir, qu'il vous a donné l’entendement pour le cognoistre, la memoire pour vous ressouvenir de luy, la volonté et le cœur pour l’aymer et le prochain aussi, l'imagination pour vous le representer et ses bienfaicts, tous vos sens pour le servir, les oreilles pour ouyr ses louanges, la langue pour le loüer, les veux pour contempler ses merveilles, et ainsi des autres.

2° Considerez qu'estant creez à cette intention, toutes actions contraires à cela doivent estre entierement esvitées; et celles qui ne servent de rien à cela, doivent estre mesprisées.

3° Considerez quel malheur c'est au monde de voir que les

hommes, pour la pluspart, ne pensent point à cela; mais il leur est advis qu'ils sont en ce monde pour bastir des maisons, agencer des jardins, avoir des vignes, amasser de l'or, et semblables choses transitoires.

4° Faites reflexion sur vostre misere, qui a esté si grande quelque tems, que vous avez esté de ce nombre.

AFFECTIONS ET ESLEVATIONS.

Helas! Seigneur, que pensois-je, quand je ne pensois pas en vous? De quoy me ressouvenois-je, quand je vous avois oublié? Qu'aymois-je, quand je ne vous aymois pas? N’estois-je pas miserable de servir la vanité, au lieu de la verité? Helas! le monde, qui n’est fait que pour me servir, dominoit et maistrisoit mes affections. Je vous renonce, pensées vaines, souvenances inutiles, amytiez infidelles, services perdus et miserables.

Vaîtes resolution de vacquer cy-apres plus fidellement à ce que Dieu

desire de vous.

Ah! Seigneur, vous serez cy-apres l’unique lumiere de mon entendement : vous serez l’objet de ma souvenance, qui ne s'occupera plus qu'à se representer la grandeur de vostre bonté si divinement exercée en mon endroict; vous serez les seules delices de mon cœur, et l’unique bien-aymé de mon ame; vous, mon Seigneur, qui, pour me faire un abregé de tous vos dons et liberalitez, vous renfermez et vous donnez à moy en cet adorable et tres-auguste sacrement.

Application particuliere.

Ah! Seigneur, j'ay telles et tellés pensées, mais je m'en abstiendray cy-apres : j'ay trop de memoire des picques et injures, je la perdray dorenavant; mon cœur est encore attaché à telle et telle chose qui est inutile ou prejudiciable à vostre service et à la perfection de l’amour que je vous dois, je le retireray et degageray absolument, moyennant vostre grace, affin qu’il soit ‘pour jamais tout à vous. Faites-moy cette grace, à mon Dieul'et -pour preuve de ma fidellité, aggreez telle et telle prattique que je me propose en ce Jour.

Et puisque aujourd'huy jé dois participer au calice de vos -delices, que je participe aussi par recognoissance à celuy de vos amertumes, par l'acceptation volontaire des peines et contradic- -tions que vous permettrez m'arriver, me souvenant que personne

ne sera couronné de roses, qu'il ne le soit premierement de vos espines.

Choix du divin Amour en la saincte Communion.

O amour eternel de mon Dieu! mon ame vous requiert et vous choisyt eternellement. He! venez, Esprit-Sainct, et enflammez mon cœur de vostre dilection. Ou aymer, ou mourir. Mourir et aymer soit ma vie : mourir à tout autre amour pour vivre à celuy de Jesus, affin que nous ne mourions point eternellement, mais que vivant en vostre amour eternel, à divin Sauveur de nos ames, nous chantions eternellement : Vive Jesus, j’ayme Jesus; vive Jesus que j'ayme, j'ayme Jesus qui vit et regne és siecles des siecles. Amen.

Eslans et affections tres-devotes vers Nostre-Seigneur, en qualité d’Agneau en la saincte Eucharistie.

Je vous adore, o vray Agneau de Dieu, qui ostez les pechez du monde. O sainct et divin Agneau, que j'estois miserable sans vous! Helas! je ne suis revestu que de vostre layne, laquelle couvre ma misere devant la face de vostre Pere. En vostre passion, Seigneur, vous avez esté fait comme une brebis que l’on tond. Mais qui est cette divine toison, sinon le merite, sinon les exemples, sinon les mysteres de la croix ? Mais qu'est cette divine croix, sinon la belle quenouille de la saincte Espouse, à laquelle la layne de cet innocent Agneau est precieusement liée, ce merite, cet exemple, ce mystere? Ah! puissé-je filer continuellement par considerations, aspirations et saincts exercices, et tirer par une saincte imitation dans le fuseau de mon cœur toute cette blanche et delicate layne, affin que le drap qui s’en fera, me couvre et me garde de confusion au jour de ma mort, et me deffende en cette vie des froydeurs de la neige, je veux dire de l’estat de la tepidité mortelle, si contraire à la ferveur de amour que vous desirez de moy, particulierement en ce divin sacrement.

Sentimens d'humililé sur le retardement et la privation, pour quelque tems, de la saincte Communion.

Ah ! Seigneur, c’estavec un veritable sentiment de ma propre abjection que je demeure un peu en la posture de la Cananée. Oùüy, Seigneur, je ne suis pas digne de manger le pain des enfans; je suis vrayment une chienne qui rechigne et mord le prochain sans subjet, par mes parolles d'impatience. Mais si les chiens ne mangent pas le pain entier, au moins ne leur refuse-t-on pas les miettes de la table de leur maistre : ainsi, à mon maistre tres-

debonnaire! je vous demande, sinon vostre digne corps, au moins les benedictions qu’il respand sur ceux qui en approchent par amour.

C’est le sentiment que vous pourrez faire aux jours que vous deviez communier, et ne communierez pas.

Eslans d'amour vers le Sainct Sacrement, en presence de cette sacrée humanité, dans le desir de la recevoir.

O Jesus, à tres-cher Sauveur de nos cœurs! puisque nous sommes tous les jours à vostre table, pour manger non-seulement vostre pain, mais vous-mesme, qui estes nostre pain vivant et sur-essentiel, faites que tous les jours nous fassions une bonne et parfaicte digestion de cette viande tres-parfaicte, et que nous vivions perpetuellement de vostre sacrée douceur, bonté et amour. Augmentez en mon tres-chetif cœur ce tresdesirable desir; mais aussi favorisez-le, s'il vous plaist, de quelque effect correspondant à ce desir.

J'espere que vostre Sainct-Esprit me comblera un jour de son sainct amour; mais, en attendant cette grace, j'espereray perpetuellement, et feray place à ce feu sacré, vuidant mon cœur de moy-mesme, autant qu'il me sera possible. Ah! que je seray heureuse, si je puis changer ce moy-mesme à cet amour qui, me rendant plus une, me vuidera parfaictement de toute multiplicité, pour n'avoir au cœur que la souveraine unité de la tres-saincte Trinité, qui soit à jamais beniste aux siecles des siecles. Amen.

Eslans d'amour à Nostre-Seigneur se donnant à nous en qualité de viande en lu Communion.

O mon ame ! que rendrons-nous à ce celeste Espoux, qui, pour s'unir plus intimement à nous, est venu jusqu'à cet excez d’amour, que de s’aneantir et se rendre viande pour nous, qui ne sommes que la pasture et la viande des vers? Je ne puis, Seigneur, mieux correspondre à cet amour, que de communier en vostre esprit, m'aneantissant pour vous, et vous disant que vous me mangiez, que vous m'avaliez, que vous me digeriez et convertissiez en vous ; affin que cessant d’estre moy-mesme, je ne sois plus que ce que vous voulez que je sois.

Eslans à Nostre-Seigneur dans le desir d’estre uny à lui, et de le recevoir au Sainct-Sacrement de l'autel.

O doux Jesus, mon Sauveur et mon Dieu, que je vous suis redevable pour l’amour que vous me tesmoignez en ce divin sacrement d'amour, où vous vous rendez plus mien que je ne suis

vostre, et que je ne suis mienne à moy-mesme. Ah! qui me fera la grace, pour une bonne fois, de vous serrer et coller sur ma poietrine, et que je ne sois fait qu’une mesme chose avec vous? Oh! qu'à jamais Jesus soit en mon cœur, qu’il y vive et regne eternellement, que tousjours son sainct nom soit beny et celuy de sa saincte Mere qui nous a donné un tel Fils! Vive Jesus ! et que le monde meure, s'il ne veut vivre à Jesus, qui, pour nous donner la vraye vie, s’est livré à la mort pour nous.

Saillie de l'ame fidelle, desireuse de s'unir à Nostre-Seigneur en la divine Communion.

Jesus, tres-doux Sauveur de mon ame, venez à la bonne heure aujourd'huy reposer sur mon sein, comme un sacré faisceau de myrrhe, et y soyez comme un epitheme (1) souverain pour tous les tremoussemens de mon cœur. Pere eternel, je vous offre vostre cœur en vous presentant vostre Fils : veuillez en sa faveur recevoir tous les nostres; que son seul amour leur serve à jamais de rendez-vous general pour toutes consolations parmy les traverses et amertumes de cette vie.

Affections devotes à Nostre-Seigneur exposé sur nos autels, durant l’octave, ou en quelque autre solemnité.

Saincts anges et esprits bien-heureux , qui environnez cetressainct Sacrement pour l’adorer, et qui, en cette saincte octave, respandez plus abondamment les inspirations sacrées sur ceux qui, avec reverence et amour, s'en approchent, apprenez-moy comment je feray pour bien celebrer ces jours solemnels , et surtout l’amour interieur qui me fasse cognoistre combien est grand

d'amour de ce divin Sauveur qui, pour se rendre nostre, a voulu se donner en viande pour la santé pee de nos cœurs, affin que, les nourrissant, ils fussent plus parfaicts.

Hé! Seigneur, comment ne le suis-je pas, apres avoir tant de fois receu dans ma poictrine et tenu sur mon cœur un si divin epitheme? Helas! si j'avois mon cœur bien creux par humilité et bien abaissé par abjection, j'’attirerois plus souvent ce sacré gage.en moy, et il se seroit caché dedans moy; car il est si amoureux de ces sainctes vertus, qu'il s’eslance amoureusement où il les void.

Sentimens que doit avoir un prestre portant Nostre-Seigneur à la procession, ou apres lavoir receu en la saincte Communion.

O Dieu! si je mets en comparayson le grand-prestre de Fan- ‘cienne loy, avec le bonheur que je possede maintenant; si je

(1) Topique.

considere ce riche pectoral qu'il portoit sur sa poictrine, orné de douze pierres precieuses , où se voyoient les noms des douze tribus des enfans d'Israël, puis-je pas estimer mon pectoral incomparablement plus riche, quoy qu'il ne soit composé que d’une seule pierre, qui est la perle orientale que la mere-perle a conceue en ses chastes entrailles de la precieuse rosée du ciel! 0! puisse mon nom estre gravé à jamais dans le cœur sacré de mon Sauveur, avec celuy de tous les eslus!

O mon ame! ne te glorifieras-tu pas maintenant d’estre chevalier de l’ordre de ton Dieu, portant sur ta poictrine ce mesme Fils qui vit eternellement en la sienne? Ah! qui me fera la grace que mon cœur s'ouvre maintenant pour recevoir ce precieux Sauveur, comme fit autrefois celuy d’un de ses plus fidelles amans? Mais helas ! je n’a pas le cousteau qui luy fendit le sein; car il ne se fendit que par l'effort d’un puissant amour. C'est pourtant le plus grand de tous mes desirs, de posseder cet amour.

Eslans d'amour, d'actions de graces et d’offrande à Nostre-Seigneur

apres la suincte Communion.

O Jesus! mon tres-cher Sauveur, qui m'avez nourry dés ma tendre jeunesse, mais plutost qui m'avez formé et receu, comme une aymable nourrice , entre les bras de vostre divine Providence dés linstant de ma conception; c’est vous qui m'avez rendu vostre par le baptesme, et m'avez nourry tendrement selon le cœur et selon le corps par un amour incomprehensible, et qui, pour m'acquerir la vie, avez supporté la mort, et m'avez repeu de vostre chair et de vostre sang. Hé! que reste-t-il done, à mon ame, pour recognoissance de tant de graces? sinon que ceux qui vivent ne vivent pas à eux-mesmes, mais à celuy qui est mort pour eux; c’est-à-dire que nous consacrions au divin amour de la mort de ce cher Sauveur tous les momens de nostre vie, rapportant à sa gloire toutes nos actions, toutes nos œuvres, toutes nos pensées et toutes nos affections.

Voyons-le , Ô mon ame, ce divin Redempteur, estendu sur la croix comme sur un buscher d'honneur, où il meurt d’amour pour nous, mais d’un amour plus douloureux que la mort mesme, et d’une mort plus amoureuse que l'amour mesme. Hé! jettons-nous done.en esprit sur luy pour mourir sur sa croix avec luy, qui, pour l’amour de nous, a bien voulu mourir le premier.

Je vous tiendray, ô Jésus, et ne vous quitteray jamais: je veux mourir, avec vous, et brusleray dedans les flammes de vostre

amour. Un mesme feu consumera mon divin Createur et sa chetive creature.

Mon Jesus est tout mien, et je suis toute sienne : je vivray et mourray sur sa poictrine : ny la mort ny la vie ne me separera jamais de luy.

Autres eslans à Nostre-Seigneur, apres l’avoir receu en la saincte Communion.

Mon Dieu, quelle joye a mon chetif cœur, quand je considere que le passereau treuve un repaire, et la tourterelle un nid, où elle met ses poussins. O chere Reine du ciel! chaste tourterelle, est-il possible que vostre poussin ayt maintenant pour son nid ma poictrine ? Saincte Espouse, puis-je pas dire avec vous que vostre bien-aymé est tout mien, et que je suis toute sienne? Ah! puisque Je le tieus maintenant, qu’il demeure à jamais sur mon sein, et que jamais il ne s’en separe.

Mettez-vous donc, Seigneur, comme un cachet sur mon cœur; et lorsque vous en serez osté, faites que l’impression y demeure, et qu'il soit à jamais recognu pour vostre. Amen.

Eslans et sentimens de respect sur la presence de Nostre-Seigneur apres la Communion.

Mon Dieu, quelle confusion pour moy de me voir encore si pleine de moi-mesme, apres avoir si souvent communié? Hé, cher Jesus! soyez l'enfant de nos entrailles, affin que nous ne respirions ny ressentions partout que vous. Helas! vous estes si souvent en moy, pourquoy suis-je si peu souvent en vous ? Vous entrez en moy, pourquoy suis-je tant hors de vous? Vous estes dans mes entrailles, mon Dieu! hé! pourquoy ne suis-je dans les vostres , pour y recueillir ce celeste amour qui enivre les cœurs, et qui, comme un vin tout nouveau, faisoit bouillonner de toutes parts cette affection amoureuse dans les entrailles de sa sacrée Mere ?.

Aspiration à la transformation de l'amour sacré, en la divine Communion.

O Dieu! quand me ferez-vous cette grace que m'ostant mon chetif cœur, vous mettrez le vostre à sa place, sinon en ce divin sacrement, qui est le souverain gage de vostre amour? Mais ce sera plus tost fait, à mon Dieu, de rendre le mien tout vostre, je dy purement, absolument etirrevocablement, en le transformant tout au vostre bien-aymé.

O Jesus , faites-moy cette grace, je vous en conjure par le vostre propre et l'amour que vous y reufermez, qui est amour

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