‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 324 sur 355 · ASPIRATIONS A LA SAINCTE COMMUNION · texte numérisé non relu

ASPIRATIONS A LA SAINCTE COMMUNION

O saincte et glorieuse vie, c’est en la communion du corps et du sang de mon divin Sauveur que je treuve des gages de ton eternité bien-heureuse. Faites, Ô mon tres-cher Sauveur, que dés maintenant et à l'heure de mon depart de cette vie, vous me serviez de soutien et de viatique pour me rejoindre i iusepara-

blement à à vous, et que vous y soyez à jamais ma vraye vie.

Aspiration devote au Sainct-Sacrement de l'autel, et à lu vision bien-heureuse dont il est le gage.

Dans le ciel, ah! mon Dieu, quelle faveur! vostre divinité s’unyra elle-mesme à nostre entendement, sans entremise d’espece ny de representation quelconque; mais elle s’appliquera et joindra elle-mesme d'une unyon si parfaicte, que cette intime presence tiendra lieu de representation et d’espece. O vray Dieu! quelle suavité à l’entendement humain d’estre à jamais uny à son souverain object, recevant, non sa representation, mais la propre essence de sa divine verité et majesté!

C'est là, à mon Dieu, que vostre bonté paternelle ne se contente pas de faire recevoir sa propre substance en nostre entendement, c’est-à-dire de nous faire voir sa divinité; mais, par un abysme de vostre douceur, vous appliquerez vous-mesme vostre substance divine à nostre esprit, affin que nous l’entendions, non pas en espece ou representation, mais en elle-mesme et par elle-mesme, en sorte que vostre substance paternelle et eternelle serve d’espece aussi bien que d’object à nostre entendement.

Bonheur infiny, qui ne nous à pas seulement esté promis en l'autre vie, mais dont nous avons des arrhes au tres-sainct Sacrement de l’Eucharistie, en ce festin perpetuel de la grace divine; car c’est là où nous recevons le sang du Sauveur en sa chair, et sa chair en son sang; son sang nous estant appliqué par sa chair, sa substance par sa substance à nostre propre bouche corporelle, affin que nous sachions qu'ainsi il nous appliquera son essence divine au festin eternel de la gloire. Il est vray qu'icy-bas cette faveur nous est faite reellement, mais à couvert, sous les especes ou apparences sacramentelles; là où au ciel, la Divinité se donnera à descouvert, et nous la verrons face à face, comme elle est. Ainsi soit-il.

Eslans ou saillies de l’amour de bienveillance vers Nostre-Seigneur apres la saincte communion.

Que vous rendray-je, Ô Seigneur, pour toutes les faveurs dont vous comblez mon ame maintenant? Je vous ay dit : Seigneur, vous estes mon Dieu, qui, tout plein de vostre infinie bonté, ne pouvez avoir indigence, ny de mes biens, ny de chose quelconque; mais si, par imagination de chose impossible, je pouvois penser que vous eussiez besoin de quelque bien, je ne cesserois Jamais de vous le souhaitter au peril de ma vie, de mon estre, et de tout ce qui est au monde.

Que si, estant ce que vous estes, et que vous ne pouvez jamais cesser d’estre, il estoit possible que vous recussiez quelque accroissement de bien, à bon Dieu! quel desir aurois-je que vous l'eussiez! Alors, à Seigneur eternel! je voudrois voir convertir mon cœur en souhaits, et ma vie en souspirs, pour vous desirer ce bien-là. Ah! mais pourtant, 6 le sacré bien-aymé de mon ame! je ne desire pas de pouvoir desirer aucun bien à vostre majesté; au contraire, je me complays de tout mon cœur en ce supreme degré de honté que vous avez, auquel, ny par desir, ny mesme par pensée, on ne peut rien adjouster : mais si ce‘ desir

estoit possible, à divinité infinie, à infinité divine, mon ame

voudroit estre ce desir, et n’estre rien autre que cela, tant elle desireroit de desirer pour vous ce qu’elle se complaist infiniment de ne pouvoir pas desirer, puisque l'impuissance de faire ce desir provient de l'infinie infinité de vostre perfection, qui surpasse tout souhait et toute pensée.

Hé! que j'ayme cherement l'impossibilité de vous pouvoir desirer aucun bien, Ô mon Dieu! puisqu'elle provient de l’incomprehensible immensité de vostre abondance, laquelle est si souverainement infinie, que s’il se treuvoit un desir infiny, il seroit infiniment assouvy par l'infinité de vostre bonté, qui se convertiroit en une infinie complaysance.

Pensées tres-devotes pour la communion, ou recueillement interieur aupres de Nostre-Seigneur present.

0 Dieu, permettez-moy, à l’imitation d’un de vos tres-chers amans, que je vous die : Où vous allois-je cherchant, beauté tres-infinye? Je vous cherchois dehors, et vous estiez au milieu de mon cœur.

Imaginez-vous, Ô mon ame, la tres-saincte Vierge Nostre- Dame : lorsqu'elle eut conceu le Fils de Dieu, son unique amour, l'ame de cette mere bien-aymée se ramassa toute, sans doute, autour de cet enfant bien-aymé; et parce que ce divin amy estoit au milieu de ses entrailles sacrées, toutes les facultez de son ame se retirerent en elle-mesme, comme de sainctes avettes (1) dedans la ruche en laquelle estoit leur miel; et à mesure que la divine grandeur s’estoit, par maniere de dire, retrecie et raccourcie dedans son ventre virginal, son ame aggrandissoit et magnifioit les loüanges de cette infinie debonnaireté, et son esprit tressailloit de contentement dedans son corps, comme celuy de saint Jean dedans celuy de sa mere, autour de son Dieu qu’il sentoit. Elle ne lançoit point ny ses pensées, ny ses affections hors d’elle-mesme, puisque son thresor, ses amours et ses delices estoient au milieu de ses entrailles sacrées.

Advis ou reflexion.

Or, ce mesme contentement peut estre prattiqué par imitation entre ceux qui, ayant communié, sentent par la certitude de la foy ce que ny la chair, ny le sang, mais le Pere celeste leur à relevé, que leur Sauveur est en corps et en ame present d’une tres-reelle presence à leur corps et à leur ame par ce tres-adorable sacrement. Car, comme la mere perle, ayant reçu les gouttes

{!) Abeilles.

de la fraische rosée du matin, se resserre, non-seulement pour les conserver pures de tout meslange qui s’en pourroit faire avec les eaux de la mer, mais aussi pour l’ayse qu'elle ressent d’appercevoir l’aggreable fraischeur de ce germe que le ciel luy envoie; ainsi arrive-t-il à plusieurs saincts et devots fidelles, lesquels, ayant receu ce divin sacrement, qui contient la rosée de toutes benedictions celestes, leur ame se resserre, et toutes leurs facultez se recueillent, non-seulement pour adorer ce Roy souverain, nouvellement present d’une presence admirable à leurs entrailles, mais pour lincroyable consolation et le rafraischissement spirituel qu'ils reçoivent, de sentir par la foy ce BPARE divin de l’immortalité en leur interieur.

Et ce recueillement se fait par l’amour, qui, sentant 1 presence du bien-aymé par les attraicts qu'il respand au milieu de leur cœur, ramasse et rapporte toute l’ame vers luy par une tresaymable inclination, par un tres-doux contournement; et par un delicieux repli de toutes ses facultez du costé de ce bienaymé, qui les attire à soy par la force de sa suavité, avec laquelle il lie et tire les cœurs, comme on tire les corps par les cordes et De materiels.

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