‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 40 sur 355 · LIVRE 11, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE 11, CHAPITRE IV

personnes qui accompagnoient le roy : dequoy le general de l’armée de Pansus rendant raison, il asseura qu’au commencement de l’escarmouche, apparurent autour du roy des hommes d’une façon plus auguste que l'ordinaire, marquez du signe de la croix, et environnez d’une tres-claire lueur, combattant tresasprement, dont les soldats de Pansus estant espouvantez, avoient pris tout aussi-tost la fuite, et que par-là, recognoissant qu'il n'y avoit point d'autre Dieu que celuy des chrestiens, il prioit qu'on le baptisast avant qu’on le fist mourir (comme il pensoit que l’on feroit), ayant esté pris prisonnier. Alphonseluy accorda le baptesme, et luy fit grace de la vie, à la charge qu'il s’employeroit à servir au temple de la saincte Croix peu auparavant edifié en la ville d’Ambasse.

Quand Albuquerque reprit la ville de Goa., les infidelles demandoient tres-curieusement aux Portugais qui pouvoit estre ce brave capitaine qui portoit une belle croix dorée et des armes resplendissantes, lequel avoit fait un si grand massacre, que les grandes troupes des Mahumetans avoient esté contraintes de ceder à la petitesse des chrestiens. Or certes les Portugais n’avoient point de capitaine ainsi paré : qui leur fist cognoistre que c’estoit une vision divine, par laquelle Dieu les avoit voulu secourir, et quant et quant espouvanter et tromper leurs ennemys.

Au demeurant, apres tant d’apparitions de l’image et figure de la croix, que Dieu a faites et fera jusques à la consommation du monde, pour consoler les amys de la croix, et effrayer les ennemys d'icelle; au grand jour du jugement, quand le Crucifié sera mis au throsne de sa Majesté, en l'assistance de tous les bien-heureux , il fera paroistre de rechef ce grand estendart et signe de la croix, lequel paroistra lorsque le soleil et la lune se cacheront dedans une bien grande obscurité. C’est ce que dit Nostre-Seigneur en S. Matthieu 24, en termes siexprez, qu’il n’est possible de doubter de cette verité, sinon à ceux qui ont juré le parti de l’opiniastreté. Tous les Peres anciens, d’un commun consentement, l'ont presque ainsi entendu.

L'interpretation qu'on y veut apporter, de dire que lors apparoistra le signe du Fils de l’homme, c’est-à-dire le Fils de l’homme mesme, qui, par sa majesté, se fera regarder de toutes parts comme une enseigne , est trop forcée et tirée. On void à l'œil qu’elle ne sort pas, ny ne coule des mots et parolles de l’Escriture; mais d’un prejugé auquel on veut accommoder les sainctes parolles. C’est une conception qui ne suit pas l’Escriture, mais qui la veut tirer apres soy. Et certes le Sauveur met trop evidem-

ment à part l'apparition de son signe d’un costé, et de l'autre sa venuë. Alors, dit-il, paroistra le signe du Fils de l’homme au ciel, et alors pleureront toutes les tribus de la terre, et verront le Fils de l’homme venant és nuées du ciel, avec une grande vertu et majesté (Matth. 24).

Or, combiensoit grand l'honneur qui revient de cecy à la croix, lu 7 a celuy qui en puisse doubter : tant parce qu elle est appellée signe du Fils de l’homme, et que les enseignes, armoiries, signes et estendarts des princes et roys sont tres-honorables et dignes derespect, comme tesmoigne Sozomene , et avant luy Tertullien, et l'experience mesme nous le montre; qu'aussi parce que, comme remarquent doctement les anciens, elle consolera les bons, estant le signe de leur salut , et espouvantera les mauvais, comme fait l’estendart d'un Roy vainqueur lorsqu'il est arboré sur les murailles d’une ville rebelle; et encore d'autant qu’elle sera comme le trophée du Roy celeste, mis au plus haut du temple de l’univers, et sera claire et lumineuse, lorsque la lumiere mesme s’obscurcira en sa propre source, comme tesmoignentS. Cyrille, Hyppolytele martyr, etS. Ephrem, qui dit qu’elle paroistra, et sera produite devant le Roy, comme le sceptre et verge de sa majesté.

Or, quel advantage est-ce, pour l'honneur et vertu de l'image de la croix, que Dieu s’en soit servy, et servira si souvent pour consoler les siens, effrayer ses ennemys, pour donner les victoires aux empereurs, et pour tesmoigner la sienne derniere, lorsqu'estant assis au throsne de sa Majesté, il foulera aux pieds tous ses ennemys!

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