‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 42 sur 355 · LIVRE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE V

» les chrestiens se sont estudiez à la decorer. A cette cause, ils » apposolent la croix en toutes choses, et en tous lieux, comme » une marque honorable par laquelle ils monstroient en effect » qu'ils vouloient avoir part à l’opprobre de Christ, dont ils se » glorifioient. Et pourtant Chrysostome dit que telle enseigne » honoroit plus que toutes les couronnes et diademes ne pou- » volent faire. De fait, les empereurs et roys l'ont appliquée » à leurs couronnes et sceptres, pour tant plus confondre et » honnir les Juifs et payens. A cette mesme occasion, ils ont » dit que la croix estoit l’arbre beau et luisant, orné de la » pourpre du roy, et plus resplendissant que les astres. Et » Theodoret, au troisiesme livre de son histoire , chap. 26, escrit » que partout on portoit la croix pour testifier du triomphe de » Christ. Mais cependant ils n’attribuoient rien à la seule croix, » ou au seul signe d’icelle; car Constantin faysoit recognois- » sance de la victoire à luy advenuë, non à la croix, ains à » Christ; car aussi il fit escrire sur les croix par luy erigées ces » trois mots : Jesus-Christ surmonte : tant s'en faut qu'il ayt » fait des prieres à la croix. Et Helene adora le Roy et non le » bois ; car c’eust esté une erreur payenne, et vanité meschante, » dit S. Ambroise. En cette maniere peuvent les chrestiens hono- » rer la croix. »

Que pourroit-on mieux dire à la catholique? Et que disonsnous autre chose, sinon qu'il faut honorer la Croix, pour la protestation de nostre foy? qu'il la faut decorer, d'autant plus que ses ennemys la mesprisent; qu'il la faut apposer en toutes choses, eten tous lieux , comme une marque honorable que l’on honore plus, et par conséquent plus honorable que tous les diademes et couronnes; qu'il la faut mettre sur les couronnes et sceptres; que c’est un arbre beau et luisant, orné de la pourpre du roy, et plus resplendissant que les astres. Et qu'ayje protesté cy-devant, sinon qu'il ne faut rien attribuer à la seule croix, et au seul signe d’icelle? Qu'elle ne vaut sinon comme un outil sacré, et sainct instrument de la vertu miraculeuse de Dieu; que la croix n’est rien, si elle n’est croix de Jesus-Christ; que sa vertu ne luy est pas adherente, mais assistante, c’est à sçcavoir, Dieu mesme. Si Constantin a surmonté en la Croix, suivant la divine inscription : /n hoc signo vinces, c'a esté par Jesus-Christ, agent principal et premier. S'il a surmonté par la Croix, ç’a esté en Jesus-Christ, comme en la vertu assistante de la Croix. Et d’adorer le bois, c’est une sottise trop extravagante.

Ce n’est la pourpre ny le bois Que le catholique adore;

Mais le Roy qui, mort en croix, De son sang la croix honore.

Si donc le traitteur tenoit parolle, et demeuroit ferme à confesser qu’en cette maniere peuvent les chrestiens honorer la croix, et surtout que partout on portast la croix pour tesmoigner du triomphe de Christ, comme il confesse que l’on faysoit anciennement, au recit de Theodoret, et qu'on l’apposast, en toutes choses et en tous lieux, commeune marque honorable, je confesserois de mon costé, avec tous les catholiques, qu'il auroit bien entendu la vertu de la croix, et la maniere de l’honorer, et que comme il s’est vanté, il auroit presché Jesus-Christ crucifié. Mais le pauvre homme n’arreste gueres en cette demarche. Il à dit cecy pour amuser son lecteur, et quand ce vient au joindre (1), il renverse tout ce qu'il avoit estably, piece apres piece, et va sans jugement contredire à tout ce qu’il avoit dit, avec des miserables exceptions et limitations.

1° Il avoit dit qu’en tous lieux et toutes choses on pouvoit apposer la croix, comme une marque honorable; maintenant, pour se dedire honnestement, il partage toutes les choses en deux, en politiques, et non politiques, etpuis limite lagenerale proposition: que la croix doit seulement estre apposée és choses politiques.

« S'il est question, dit-il, que nous conversions parmy les » Juifs ou Mahumetans, nous pouvons porter nos enseignes et » armes croisées, pour monstrer ouvertement aux infidelles que » nous sommes chrestiens, et que nos adversaires sont infidelles » et mescreans : ainsi peut-on graver la croix en la monnoye, » pour monstrer qu elle est battuë au coing d’un prince chrestien ; » ainsi la croix peut estre mise és portes des villes, chasteaux et » maisons, pour monstrer haut et clair que les habitans de tels » lieux font profession du christianisme ; ainsi jadis fut ordonné » que les instrumens des contracts, qui se passoient devant no- » taires publics, devoient avoir le signe de la croix, comme il en » est parlé au livre du Code. Et en pareilles choses politiques, » nous ne rejettons l'usage de la croix materielle. » Voilà sa premiere.

La seconde est qu’elle ne soit mise és temples : « Enfin, dit-il, » les choses sont allées si avant , que la croix a esté mise és » temples. ». [Il avoit dit que la croix estoit une marque hono-

(4) A la conclusion, à tirer les conséquences.

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