‹ Œuvres complètes de saint François de SalesChapitre 69 sur 355 · LIVRE II, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XIII

les dimanches, et les tenir pour saincts plus que le jeudy? lfem, l'Eucharistie, si elle n’est autre chose qu’une simple commemoration de la passion, comme presupposent les reformez, on treuvera bien qu’il faut s’esprouver soy-mesme , et ne la manger pas indignement; mais qu'il y faille aucun honneur exterieur, où me le monstrera-t-on? Et pourquoy, je vous prie, aura-t-on plus de credit à brusler et briser les croix, les appeller idoles et sieges du diable, qu’à les dresser et honorer, el appeller sainctes, precieuses, triomphantes ? car si cecy n’est escrit, cela l’est encore moins.

Rejetter ce que l'Eglise reçoit, part d’une excessive insolence Je treuve en l’Escriture : Qu'il faut ouyr l'Eglise (Matth. 18), qu’elle est colomne et fermeté de verité (1. Timot. 3), que les portes d’enfer ne prevaudront point contre elle (Matth. 16); mais je ne treuve point en l'Escriture qu'il faille abattre ce qu'elle dresse, honnir ce qu’elle honore. Il faut croire aux Escritures, ainsi que l'Eglise nous les baille; il faut croire à l’Eglise, ainsi que l’Escriture le commande. L'Eglise me dit que j'honore la croix : il n'y a huguenot si affilé qui peust monstrer que l'Escriture le deffende ; mais l'Escriture, qui recommande tant l'Eglise, recommande assez les croix dressées en l'Eglise, et par l'Eglise.

Je dy, avec Nicephore Constantinopolitain : « Qu'il est com- » mandé d’honcrer la croix là où il est commandé d’honorer » Jesus-Christ, d'autant que l’image est inseparable de son pa- » tron , n'estant l’image et le patron qu'une chose, non par na- » ture, mais par habitude et rapport, et que l’image a commu- » nication avec son patron de nom, d'honneur et d’adoration : » non pas à la verité esgalement, mais respectivement. »

La verge de Moyse, d’Aaron, l'Arche de l'alliance, et mille telles choses, ne furent-elles pas tenuës pour sainctes et sacrées, et par conseqéent pour honorables. Ce n’estoient toutesfois que figures de la croix. Pourquoy donc ne nous sera honorable l'image de la croix? Disons ainsi : N'est-ce pas avoir en honneur une chose, de la tenir pour remede salutaire et miraculeux en nos maux? Mais quel plus grand honneur peut-on faire aux choses que de les avoir en telle estime , et recourir à elles pour tels effects? Or, les premiers et plus affectionnez chrestiens avoient cette honorable croyance de l'ombre deS. Pierre (Act. 5), neantmoins leur foy est loüée et ratifiée par le succez et par l’Escriture mesme. Et cependant l’ombre n’est autre chose qu'une obscurité confuse, et tres-imparfaicte image et marque du corps, causée, non d'aucune reelle application, mais d’une pure priva-

Page 1