DIT
GE, 45 SRE
tion de lumiere. L’honneur de cette vaine, frivole et legere marque, est receu en l’Escriture : combien plus l’honneur des images permanentes et solides, comme est la croix !
Enfin je produis l'honorable rang que le serpent d’airain, figure de la croix, tenoit parmy les Israëlites, pour monstrer qu'autant en est-il deu aux autres images de la croix, qui sont parmy le christianisme. La raison est considerable, comme je vay faire voir par les repliques que j'opposeray à ce qu'en dit le traitteur, lequel, avec un grand appareil, produit ce mesme serpent d’airain contre nous , affin qu'il nous morde, en cette sorte :
« Mais ce qui est allegué du deuxiesme chapitre des Nombres » ne doit estre passé legerement; car s’il y a exemple qui rabatte » formellement et fermement l’abus commis touchant la croix, » c'est celuy du serpent d’airain. Iceluy avoit esté basty par le » commandement de Dieu, pourtant (1) ce n'estoit pas une idole; » car combien (2) que, par la loy generale, Dieu eust deffendu de » faire image de chose qui fust au ciel, en la terre, ny és eaux » sous la terre, si est-ce que n’estant astreint à sa loy, ains estant » au-dessus d’icelle, 1l a peu dispenser : comme de fait il a dis- » pensé luy-mesme de sa loy, et commandé de faire ce serpent, » qui à esté figure de l’exaltation de Jesus-Christ eslevé en croix, » comme luy-mesme le tesmoigne en S. Jean, chapitre 3. »
Et peu apres : « Or voyons ce qui est advenu depuis cela, » jusques au tems du bon roy Ezechias, c’est-à-dire, par l’espace » d'environ sept cent trente-cinq ans; 1l n’a point esté parlé de » ce serpent d’airain. Et estant advenu qu'alors le peuple luy » faysoit des encensemens, c'est-à-dire, l’adoroit; quoy qu'il eust » esté faict par Moyse, et eust esté conservé par l’espace de sept » cent trente-cinq ans, Ezechias le rompit et brusla, dont nous » recueillons du moindre au plus grand, si les images en ge- » neral, et specialement celles de la croix, ne se font point par » l'ordonnance de Dieu, ains par outre-cuidance et defiance des » hommes, qui ont pensé que Dieu neles voyoit, ny oyoit, sinon » qu'ils eussent telles images devant leur sens, voire des images » introduittes depuis je ne sçay combien de tems, combien doi- » vent-elles estre mises au loing ? De faict, quand les choses de- » viennent en tel poinct, qu'elles n’ont peu estre commencées » par tel et mesme poinct, il les faut oster, comme Ezechias a » osté le serpent, qui n’a peu estre dressé au commencement, » pour estre encensé; et à cause de l'abus survenu touchant » iceluy, il a bien faict de l’oster du tout, car l'idolastrie n’est
(1) Cest pourquoi. — (2) Quoique.
» pas de ce genre des choses dont on puisse dire : Corrigez » l'abus, et retenez l'usage, d’autant qu'en quelque sorte qu'on » prenne l’idole, elle ne vaut rien. » Voilà toute la deduction du traitteur.
Mais, mon Dieu, que d'inepties! 1° Vous dites, à traitteur! que le serpent d’airain a esté fait par le commandement de Dieu, qu'il l’a dit à Moyse; mais je dy que les croix se font par le commandement de Dieu, qui le suggere à l'Eglise, et le luy a enseigné par la tradition apostolique. Vous me monstrerez que Dieu a parlé à Moyse : je vous monstreray qu'il enseigne et assiste perpetuellement l'Eglise, en façon qu'elle ne peut errer.
2° Vous dites que le commandement de faire ce serpent d'’airain a esté une dispense du commandement prohibitif de faire images. Donc, de faire des images, n'est pas idolastrie, ny les images ne sont pas idoles, car l'idolastrie est mauvaise en toute facon, et est impossible qu’elle puisse estre loysible, d'autant qu'en quelque sorte qu'on prenne l’idole, elle ne vaut rien. Dieu donc n’eust jamais dispensé pour faire ces images, si cela eust esté idolastrie, sinon que Dieu peust dispenser pour estre renié.
3° Vous dites que depuis cela jusques au tems du bon roi Ezechias, c'est-à-dire, par l'espace d'environ sept cent trentecinq ans, il n’a point esté parlé de ce serpent d’airain : que n’avez-vous aussi bien remarqué pour vostre edification, que, quoy qu'il n’en soit parlé en l’Escriture, si ne laissoit-il pas d’estre gardé et conservé precieusement, et qu'ayant esté fait hors et bien loin de la terre de promission, il ne fut pas laissé où il fut fait, mais fut transporté avec les autres meubles sacrez? Item, que n'ayant esté dressé, quant à ce que porte le seul texte de l’Escriture, sinon affin qu'il fust remede à ceux qui estoient mordus des serpens au desert, il ne laissa pas d’estre soigneusement conservé en la terre de promission parmy le peuple d’Israël, avec une honorable memoire, l'espace d'environ sept cent trente-cinq ans, comme vous le dites.
En bonne foy, faire ce serpent, estoit-ce une dispense du commandement prohibitif de ne faire aucune image? Vous le dites ainsi : or la joüissance de dispenser doit estre limitée par le tems et la condition pour laquelle on l'accorde; car la cause estant ostée, il ne reste plus d’effect. Le peuple donc estant arrivé sain et sauf en la terre de promission, ne pouvoit plus prendre aucun fondement en lEscriture de garder cette image, puisque la cause de la dispensation estoit ostée.
Partant, confessez que cette image demeura honorablement
parmy le peuple, sans aucune parolle de Dieu escrite, un grand espace de tems. Donc, avoir des images hors et outre l'Escriture, n'est ny idolastrie, ny superstition.
Et ne soyez pas si effronté de dire que la conservation et garde du serpent d'airain fust superstition ; car vous accuserez de connivence, lascheté, et irreligion les plus saincts et fervens serviteurs que Dieu ayt eu en Israël, Moyse, Josüé, Gedeon, Samüel, David, sous l’authorité et regne desquels cette image a esté transportée et conservée tant d'années, outre le tems pour lequel Dieu l'avoit commandée. N'’estoit-il pas à leur pouvoir de l'oster, si c’eust été mal fait de la garder hors l'usage pour lequel elle avoit esté faite? Ces esprits si roides et francs au service de leur maistre eussent-ils dissimulé cette faute ?
Item, que n’avez-vous remarqué que cette image n’eust pas esté conservée si longuement, si on n’en eust eu quelque conception honorable : quelle raison y pouvoit-il avoir de la retenir, ny pour sa forme, ny pour sa matiere ? Certes, elle ne pouvoit avoir autre rang que d'un recommandable et sacré memorial du benefice receu au desert, ou d’une saincte representation d'un mystere futur de l’exaltation du Fils de Dieu, qui sont deux usages religieux et honorables, mais beaucoup plus propres à l’image de la croix, qui sert de remembrance du mystere passé de la crucitixion, et du mystere à advemir du jour du jugement.
Mais que n’avez-vous consideré que celuy qui abattüt le serpent d’airain estoit establi roy sur Israël, et luy appartenoit de faire cette execution, et qu'au contraire, les brise-croix de nostre aage ont seditieusement commencé leur ravage, sans authorité ny pouvoir legitime ?
Item, que le peuple faysoit une grande irreligion autour du serpent d’airain : 1° En ce que l’encens est une offrande propre à Dieu, comme 1l est aysé à deduire de l'Escriture, et toute l’antiquité l’a noté sur l’offrande faite par les roys à Nostre-Seigneur, d’or, d’encens, et de myrrhe. L’encens, disent-ils tous, est à Dieu. Apres que l’on a offert et dedié l’encens à Dieu, on le jette vers le peuple, non pour le luy offrir, mais pour luy faire part de la chose sanctifiée. On en jette vers les autels, mais c’est à Dieu, comme à celuy qui est adoré sur l'autel; on en jette vers les reliques et memoire des martyrs, mais c'est à Dieu, en acüon de graces de la victoire qu'ils ont obtenuë par sa bonté: on en jette és temples et lieux de prieres, pour exprimer le desir que l’on à que l’oraison des fidelles monte à Dieu , comme l’encens (Matth. 2; Levit. 16; Exod. 30): En quoy un grand per-