LIVRE IT, CHAPITRE XII
sonnage de nostre aage a parlé un peu bien rudement, disant que l’encens est offert aux creatures. Ce sont madvertances qui arrivent quelquesfois aux plus grands, Ut sciant gentes quoniam homines sunt (Psal. 9).
2° En ce qu'anciennement l’encensement estoit tellement conditionné, qu'il falloit qu’il fust offert par les prestres et levites, et qu'il fust bruslé sur le feu de l'autel, au seul temple de Hierusalem , où estoit l'autel du parfum destiné à cet usage (Deut. 36; x. Paral. 6; Psal. 77); ailleursil n’estoit pas loysible, comme vous confessez vous-mesme. Nadab et Abiu se treuverent mal d’avoir fait autrement (Levit. 10). Quelle merveille donc y peut-il avoir, si Ezechias, voyant ce peuple s’abestir autour de cette image, et l’honorer d’un honneur divin, la dissipa et mit à neant? Il falloit ainsi traitter avec un peuple si prompt à l’idolastrie.
Donc nous concluons au rebours de ce que vous avez fait, petit traitteur! Si les sainctes images en general, et specialement celle de la croix, sont dressées par l'ordonnance de l'Eglise , et par consequent de Dieu, quoy que vituperées par l’outre-cuidance et defiance des hommes, qui ont estimé que Dieu ne les pouvoit ny voir, ny ouyr, sinon qu'ils eussent renversé telles images, voire des images receues depuis un temps immemorable, combien doivent-elles estre retenuës et conservées? Ezechias fit bien d’abattre le serpent d’airain, parce que le peuple idolastroit en iceluy ; Moyse, Josué, Gedeon, Samüel et David firent bien de le retenir, pendant que le peuple n’en abusoit pas. Or l'Eglise, ny les catholiques, par son consentement, n’abusa jamais de la croix, ny autres images; 1l les faut donc retenir.
Ceux qui nous reprochent les idolastries ne sont pas des Ezechias, ce sont les raclures du peuple et des monasteres, gens passionnez, qui osent accuser d’adultere la Suzanne, que le vray Daniel a mille fois prononcée innocente en la saincte Escriture. Ny ne faut mettre en compte l'abus qui peut arriver chez quelque particulier ; cela ne touche point à la cause publique : il n’est raisonnable d'y avoir egard au prejudice du reste. Le moyen de redresser l’usage de la croix ne gist pas à la renverser, mais à bien dresser et instruire les peuples.