‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 1 sur 185 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

BERCHE ET TRALIN, ÉDITEURS 69, Rue de Rennes, 69

DB

vu.

DKDXIESME PARTIE. — L'EVESODE.

(Snife.)

s. François de Sales, à M. Deshayes,

11 tesraoiçne le désir qu'il a et rimpuissance où il se trouve de prescher le Caresme à Paris en la paroisse de M. Deshayes ; et 11 fait entendre que cest empeschement venoit du soupçon qu*on avolt donné au prince que cela estoit suggéré par Messieurs de Charmolsy et Deshayes. Il dit que M. de Nemours va en France, et se plaint de l'incivilité d'un libraire qui, ayant fait Imprimer son ouvrage de la Croix sans sa participation, avoit changé le tiltre et supprimé l'avant-propos. H destine son livre de V Amour de Dieu à Rigaud de Lyon, mais 11 imprimera désormais b. Paris. Enfin, 11 espère voir dans peu M. de Charmoisy en liberté.

20 may 4613.

Monsieur, je receus à Turin vostre lettre du 30 mars avec une extrême confusion d'y voir le remerciement que vous me faites de ma persévérance au désir de servir vostre paroisse le Caresme prochain, puisque ma volonté, ma persévérance, mon espérance, demeurent frustrées et inutiles. Son Altesse ne m'ayant pas voulu accorder que je sorte d'icy pour les prédications, avec des parolles tant honnorables que rien plus, mais nullement favorables à mon intention; de sorte, Monsieur, que je vous supplie de ne plus vous amuser à moy en façon quelconque, puisque je suis si impuissant à vous rendre le service que je vous dois.

J'ay bien neantmoins encore un ressort en main , lequel je vay faire jouer dés demain, mais je ne m'en ose rien promettre. Si vous sçaviez. Monsieur, d'où vient l'empeschement, vous admireriez l'industrie du démon qui s'oppose à nos désirs. Pour Dieu, Monsieur, croyez bien, je vous supplie, que mon cœur est totalement dédié au vostre, et mes désirs à vos affections, et que si je sçavois faire mieux pour faire réussir vos intentions, je le ferois.

Je VOUS diray ce mot en la confiance que j'ay de vostre prudence : M. Trouillons, qui sert Son Altesse es affaires de France, dit à Turin , sur le propos de la recherche qui a esté faite cydevant de me faire aller à Paris : C'est Charmoisy et le sieur Deshayes qui ont ce dessein, nul autre n'y eust pensé qu'eux. De là on passe à d'autres pensées. Jusques à quand sera-ce que l'on vivra ainsi? Hors ceste particularité, que vostre seule considération me faysoit avoir plus à cœur qu'autre chose quelconque de celles que j'avois à traitter, Son Altesse m'a comblé de tesmoignages d'estime et de faveur, autant que l'action de la guerre, en laquelle je le treuvay, le pouvoit permettre.

M. de Nemours va en France dans huict jours.

Je treuve très-mauvais la procedeure du libraire qui a osé, sans ryme ni rayson, mettre un tiltre si impudent au livret de la Croix (1). Hors le tiltre etl'obmission del'avant-propos, sans lequel ce livre semble un songe, je n'en serois pas si fasché, bien que tousjours ce seroit une incivilité commise en mon endroict; et, s'il m'eust adverti, je luy eusse rendu ce livret mille fois plus vendable, par la correction et amendement que j'y eusse faits. Mais pour tout cela je ne vous supplyeray point de prendre la peine de faire faire les deffenses qui seroient requises pour en empescher la débite; car ce vous seroit une trop grande importunité. Je me contenteray bien qu il vous playse luy faire dire qu'il me donne ceste satisfaction de remettre le tiltre. Rien tie m'est plus à contre-cœur que l'ambition des tiltres.

Je hay l'archi-relieur qui, privé de rayson, Fait le portail plus grand que toute la mayson.

J'ay promis le livre de F Amour de Dieu à Rigaud de Lyon, et certaine petite besongne pour ce diocèse à un autre. Passé cela, si jamais je mels la main à la plume, ce sera pour Paris à vostre gré; mais certes, je ne sçay ce que je pourray jamais faire. J'espère dans cinq ou six jours voir M. de Charmoisy en liberté. J'escris à Madame de Charmoisy, qui vous fera sçavoir ce qui en est, et l'advis que je luy donne, puisque je suis pressé de finir. Monsieur, je suis plus qu'homme qui vive, vostre, etc., qui vous souhaitte, et à Madame vostre moitié, tout le bonheur du ciel et de la terre.

(1) Panthologie ou Thresor précieux dz la Sainote Croix,

A Son Excellence le marquis de Lans, gouverneur

de la Savoy e,

s. François donne cognoiasance à S. Exe des mouvemens des trouppes françoises

dans le pays de Grex.

Annessy, 3i jaillet 1643.

Monsieur, comme je vous donnay cognoissance de ce petit voyage de Gex, aussi veux-je donner advis à V. E. de mon retour, et qu'hier environ les trois heures que j'en partis, je laissay le baillif de Nion et quelques autres Bernois, qui vinrent prier M. Le Grand de France de faire revenir ses trouppes, attendu qu'ils estoient asseurez que vous, Monsieur, ne desarmiez point, et que les trouppes piedmontoises et espagnoles passoient les monts. A quoy M. Le Grand respondit, qu'il les remercioit de Tadvertissement, mais qu'avant que rien remuer il altendroit M. Demanzé qu'il avoit envoyé par de çà auprès de V. E., pour apprendre ce qui est du desarmement.

Je n'estois pas présent quand cecy se passa, mais je le sçeus soudain. Au reste, il est impossible que ceux qui ont veu l'honneur et le respect que ce seigneur porte au nom de S, A. S. puissent le taire. Il a couché ce soir à Sainct-Claude, ce matin il y a fait ses pasques, ce soir il couche à Chastillon, dimanche il doit estre à Belley pour l'accommodement de quelques difBcultez publiques; et sa compaignie, qui estoit la dernière demeurée à Gex, se retire du costé de Bourgoigne.

Je prie N. S. qu'il comble V. E. de toutes bénédictions et suis. Monsieur, vostre tres-humble et tres-affectionné serviteur. — François, evesquede Genève.

P. S, Monsieur, et quant au subjet de mon voyage, nos ecclésiastiques et catholiques sont demeurez consolez par l'accommodement que nous avons fait de toutes les diffîcultez suscitées par nos adversaires, grâces à Dieu.

A monseigneur de Belley.

.Sur la renonciation à la dignité episcopale.

Annessy, le 14 aoost iG13.

Monseigneur, il y a environ un mois seulement que je receus la lettre qu'il vous pleust de m'escrire le second du mois de juillet; depuis j'ay tousjours esté ou en voyage ou malade, et n'ay sceu vous rendre la response que vous desiriez, ou, pour mieux dire, la response que vous ne desiriez pas, si j'ay bien sceu cognoistre l'inclination en laquelle vous estiez, lorsque vous me fîstes la faveur de m'escrire. Maintenant vous pouvez penser si je puis bien satisfaire à vostre demande, puisque, à la foiblesse ordinaire de mon esprit, l'extraordinaire de mon corps accablé des lassitudes que la fiebvre m'a laissées, apporte un nouveau surcroist d'imbécillité. Mais un si bon entendeur, comme vous estes, verra assez mon intention, quoyque mal estalée.

« Prima propositio. Velle deponere onus episcopale ob causas » rationi congruas, non modo nuUum est peccatum, sed eliam » actio est virtutis, vel modesties, vel humilitatis, vel justitiee, » vel charitatis.

» 2* propositio. Is censetur rationibus veris moveri ad episco- » patum deponendum, qui bona fide suum de se judicium, suum » de deponendo episcopatu desiderium, suasque denique quibus » nititur rationes, vel consilio prudentis, velsaltem judicio supe- » riorum paratus est submittere, ac in utramque partem eadem » alacritate suum obsequium conferre.

» Z"" propositio, Quamvis cogitatio desiderium ve episcopatum » deserendi, eo quo licet modo, nuUum sit peccatum, plerumque » tamen non caret hujusmodi propositum magna tentatione, » acceditque frequentissime daemonum opéra : ratio est, quia » dum in procuranda oneris depositione tempus impenditur, vix » ac ne vix quidem satis in eo sustinendo satis operse insumitur, » et qui de repudianda uxore cogitât, vix intérim de ea recte di- » ligenda sollicitus est; satius ergo fuerit se ipsum ad meliorem » navandam operamdeincepsexcitare, quam, quiatibinon videris » recte hactenùs navasse, omnem operam velle abjicere. Porro » meliùs est levare oculos in montes, unde veniat auxilium nobis » et sperare in Domino, libenterque gloriari in infirmitatibus nos- » tris, ut inhabitet in nobis virtus Christi, quam more fîliorum

» Ephrem converti retrorsum in die belli : qui enim confidunt in » Donaino assument pennas velut aquilae, volabunt et non defi- » oient : déficientes autem quemadmodum fumus déficient : et » qui ad sarcinas formidolosus revertitur, otium quidem habet, » sed non majorem quam qui praeliatur securitatem.

» 4' /?ro;}osi7io.VideormihiaudireChristumdicentem: Simon » Joannis, aut Petre Joannes , diligis me? Petrumque Joannem » respondentem : Tu scis quia amo le; tum demum Dominum » graviter prœcipientem : Pasce oves meas; nuUa major pro- » balio dilectionis quam exhibitio hujus operis. »

Au demeurant, une jeune fille de Chamberi s'estant laissée porter trop avant en Tamour d'un jeune homme de vostre ville, et se deffiant que les père et mère d'iceluy n'apportent quelque difficulté au maryage nécessaire pour couvrir son honneur et pour accomplir les mutuelles promesses sous lesquelles elle proteste d'avoir encouru le hazard de sa resputation , elle m'a fait prier d'intercéder vers vous, Monseigneur, affin qu'il vous playse

d'employer vostre charité vers les père et mère du jeune

homme pour les disposer à consentir à une honnorable conclusion de l'amour d'iceluy et d'elle. Attendu mesme qu'elle est d'une parenté fort raccommandable , fille de la sœur de M. Boursier, ancien secrétaire de S. A. Le gentil-homme, son cousin-germain, vous déduira mieux que je ne vous sçaurois escrire ses intentions, lesquelles estant bonnes et raysonnables, à mon advis, je ne fay nulle difficulté de vous supplyer derechef de les avoir en recommandation, et moy surtout en vos saincts sacrifices, puisque je suis'plus que nul homme du monde. Monseigneur, vostre tres-humble, tres-obeyssant frère et serviteur. — François, evesque de Genève.

P, S. Helas ! Monseigneur, on m'a adverti que le grand ancien archevesque de Vienne, est trespassé ; de medio terras siiblatiis est justus f justus vivat et requiescat et pro illo alius superveniat. Je me resjouys de la réciproque consolation que vous et M. Le Grand aurez eue en vostre entreveue.

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