‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 2 sur 185 · TRADUCTION DES PROPOSITIONS DE LA LETTRE · texte numérisé non relu

TRADUCTION DES PROPOSITIONS DE LA LETTRE

A l'évéque de BELLEY.

4^^ Proposition : Vouloir déposer la charge épiscopale pour des causes que la raison approuve, non-seulement ce n*est pas péché, mais ce peut être acte de vertu, savoir, de modestie, ou d'humilité, ou de justice, ou de chanté.

2' Proposition : Celui-là est censé avoir de bonnes raisons pour déposer l'épÎGCopat, qui en loute bonne foi est prêt à soumettre l'apprëcialion qu'il fait de sol-même, son désir d'abdication et les raisons qui le déterminent, soit au conseil d'un homme prudent, soit du moins au jugement de ses supérieurs, et est disposé à suiïre indifféremment et avec une égale joit l'uti ou l'autre avis qui lui sera donné.

3' Prapotilion : Quoique la pensée ou le désir même d'abandonner l'épiscopat d'une fagon régulière ne soit pas pécbé, c'est un dessein toutefois qui n'est pas ordiaairemenL sans grande tentation et qui vient le plus souvent du diable. Pendant qu'on s'occupe à se décharger, on néglige le soin de son ministère, et songeant à répudier son épouse on n'a guère souci de l'aimer comme il faut : il vaudrait donc mieux e'exciter & remplir son office avec plus de zèle , que de chercher à s'en décharger, parce qu'on reconnaît n'avoir pus bien travaillé jusqu'alors. Il est mieui , certes , de lever les regards vers les montagnes d'où nous viendra le secours, et d'esjiérer au Seigneur et nous glorifier volontiers en nos infirmités pour que la vertu de JèsUs-Christ habite en nous, que de nous tirer derrière au jour du combat, comme des fîis d'Ephrem : car ceux qui se confient dans le Seigneur preu' dront les ailes de l'aigle, ils voleront et ne manqueront pas de force ; mais ceux qui se seront abandonnés disparaîtront comme la fumée : et celui qui , craignant le fardeau, ae relire, s'il trouve quelque repos, n'a pas plus de sécurité que celui qui comhal.

4' Proposition : Il me semble entendre Jésus-Christ, disant : Simon Gis de Jean, ou Pierre-Jean, m'aimes-tuî — Et Pierre-Jean répondant : Vous savez que je vous aime. — Et alors le Seigneur commandant gravement : Pais mes brebis; il n'ya pas de meilleure preuve de dilection que l'accomphssement de ce ministère.

A S. A. Charles-Emmanuel l", duc de Savoye.

iinyon du prieuré du aainct-SepulfUre (rinnocï su Chaiiitre de l'egliae eatlit

Monseigneur, le pauvre Chapitre de Teglise cathédrale de Genève a demeuré, il y a tantost un siècle, en ceste ville de Neci, sans y avoir ny mayson ny eghse que de louage : mainlenatit il se présente une occasion de luy faire avoir l'église et le prieuré du Sepulchre, par la résignation de celuy qui en est pourveu; mais, Monseigneur, avant toutes choses, le bon playsir de V. A. est requis, lequel ledit Chapitre la supplie Iros-humblement de luy octroyer, comme une aumosne à des pauvres bannys et dejettez de leur siège par les enneniys de Dieu et de V. A. S., laquelle, certes, pour cela, ne les rendra pas riches, puisque ledit prieuré n'est que de cent ducatons de revenu ; mais elle les

es J

accommodera beaucoup, ce bénéfice estant en ceste ville et fort à la bien-seance de ceste conipaignie, qui ne cessera jamais non plus que moy de souspirer et aspirer devant la divine Majesté jusques à ce que sous les auspices de V. A. elle retourne en son ancien séjour : ce sont les souhaicts perpétuels. Monseigneur, de vostre tres-humble, tres-obeyssant et tres-fidelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

ce VI.

S. François de Sales, à un amy.

Il se plaint de ne pouvoir s'adonner à l'estude.

Annessy, 12 septembre 4613.

Monsieur, je regrette que vous et Monsieur de N. soyez à Paris pour un si fascheux exercice; mais, puisqu'il n'y a remède, il faut en adoucir la peine par la patience.

Et moy. Monsieur, je suis en un conlinuel tracas, que la variété des affaires de ce diocèse me produict incessamment, sans que j'aye un seul jour auquel je puisse voir mes pauvres livres, que j'ay tant aymez quelquesfois , et que je n'ose plus aymer maintenant, de crainte que le divorce auquel je suis tombé contre eux ne me fust plusaspre et plus ennuyeux.

Nous avons bien un petit quartier où depuis peu on a restabli l'exercice de TEglise par l'authorité du roy, et selon l'edict de Nantes; mais cest exercice me met plus en exercice de disputer contre les ministres pour les biens temporels de l'Eglise qu'ils nous retenoient, que de leur persuader, ny au peuple, la vérité des biens spirituels auxquels ils doivent aspirer; car c'est merveille comme ces serpens bouchent leurs aureilles pour n'ouyr point la voix du charmeur (Ps. 57), pour sagement et sainctement qu'on les veuille charmer.

Il y a là nombre suffisant de forts bons pasteurs, et de bons Pères Capucins, qui, n'estant point ouys des hommes, sont veus de Dieu, lequel sans double aggrée bien leur saincte inutilité présente, laquelle il récompensera par après d'une moisson planteureuse , et s'ils sèment en pleurs , ils moissonneront en joye (Ps. 125). C'est bien assez, Monsieur, vous avoir entretenu pour ce renouvellement de nostre commerce, que je veux. Dieu aydant, continuer, et ne point cesser de vous ramenlevoir souvent que je suis invariablement. Monsieur, vostre tres-humbK; et tres-obeyssant indigne frère, et serviteur inutile, etc.

i 0 LETTRES.

s, François de Sales, à M, l'Ëvesque de Montpellier,

II 8'excuse de ne pouvoir prescher à Toulonsc.

iO janvier 1614.

Monseigneur, je vous vay rencontrer en esprit au passage que vous devez faire à Lyon : et ces quatre parolles vous asseureront, s'il vous piaist, que s'il m'estoit aussi aysé de me porter moy-mesme sur le lieu en effect, comme il Test à ce porteur, vous me verriez plein de joye et d'amour, le plus empressé de tous autour de vous. Il n'y a remède, il faut accommoder nos souhaicts à nos nécessitez, d'où qu'elles viennent.

J'ay toute ma vie grandement prisé la ville de Tholose, non pour sa grandeur et noblesse, mais, comme dit sainct Chrysostome de son Constantinople, à cause du service de Dieu qui y est si constamment et religieusement maintenu.

Et pensez, Monseigneur, de quel cœur je voudroîs les servir; mais vous sçavez mes lyens, que rien jusqu'à présent n'a peu rompre. S'il vous piaist donc, respondez à la demande qu'ils vous ont faite de moy. Je vous supplie tres-humblement de leur faire sçavoir que ce n'est ny faute d'estime que je fasse de leurs mérites, auxquels je ne sçaurois jamais correspondre, ny faute de pouvoir que vous ayez sur moy, qui suis tres-entiereraent vostre, mais faute de pouvoir que j'aye moy-mesme sur moymesme, que je ne seconde pas leurs désirs, plus honnorables cent fois pour moy que je ne devrois prétendre.

Au demeurant, Monseigneur, quand vous serez avec le grand et le parfaict amy, ressouvenez- vous parfois de moy; car ce m'est un playsir incomparable de m'imaginer que, ne pouvant jouyr du bonheur de vostre présence, je ne laisse pas de vivre en vostre bien-vueillance de tous deux. J'escris sansloysir, mais plein de l'invariable affection que j'ay d'estre sans fin. Monseigneur, vostre, etc;

ce VI H.

A Son Altesse Charles-Emmanuel I'^, duc de Savoy e.

Sur l'establissemeut de la Congrégation des PP. Barnabites à Aiinecy.

Aoneàsy, le 25 janvier 1614.

Monseigneur, Tesperance que ce peuplade Neci et de Gèneveys a conçeue, de voir ce collège, qui est maintenant presque en friche, rennis à la Congrégation des Pères Barnabites, n'a ny rayson ny fondement que sur la bonté paternelle de V. A. S., laquelle en a eu aggreable le project, non-seulement parce qu'il estoit propre pour le proffit public temporel de ses tres-humbles subjets, mais aussi pour l'utilité qu'il rapporteroit au salut des âmes. A ceste occasion, Monseigneur, je supplye derechef V. A. S., en toute humilité, de le faire puissamment réussir à la gloire de Dieu, que je prie incessamment la vouloir à jamais prospérer, et suis. Monseigneur, vostre tres-humble, tres-obeyssant et tres-fidelle orateur et serviteur. — François, evesque de Oeneve.

S, François de Sales, à Monseigneur Hildebrand Josse ,

evesque de Sion.

Il le félicite sur sa promotion, et luy fait mille offres de services et d'amitié.

Intima sanè ac peculiari mœstitiâ illustrissimi ac reverendissimi domini Adriani, praedecessoris vestriobitus animum meum exagitavit et affecit, non solùm propter eam , quâ tantum praesulem colebam, venerationem, aut illam, quâ me vicissim ornabat, benevolentiam ; sed ideô maxime quôd celeberrima Sedunensis Ecclesia, ac universa Vallesiorum gens, insigni illo principe et pasto-

Anuessy, 22 febviier 1613.

Monseigneur, on ne peut asseurement avoir plus de regret que j'en ay eu de la mort de l'illustrissime et reverendissime prélat Monseigneur Adrien , vostre prédécesseur, non-seulement à cause du respect que j'avois pour luy, et de la bien-vueillance dont il m'honnoroit, mais principalement parce que la tres-illustre église de Sion, et tout le pays de Vallais se sont veus privez de la protection de ce grand prince, et du zèle de cest excellent pasteur, dans

' le tems qu'on y pensoit le moins,

et qu'on en avoil le plus de besoin pour confondre les hérétiques :

car il faut advotier qu'il n'y avoît personne dans ces contrées, aussi attaché que luy à l'ancienne religion, aussi ardent pour la propagation de la foy catholique, et aussi propre à Taire teste aux ennemys de l'Eglise.

Cependant nous n'eusmea pas plus tost apprins la promotion de Voatre Illustrissime et Reverendissime Seigneurie, e.t le détail de ses qualitez eminentes, par un des vénérables chanoines de vostre église, qui est venu icy pour recevoir les Ordres sacrez, que nos- Ire tristesse se changea en joye, et nos airs lugubres en des chants d'allégresse. Nous rendismes à Dieu de grandes actions de grâces de ce qu'il n'avoit pas permis que sa lampe fust esteincte en Hierusalem, et de ce qu'il avoit remplacé le père par le Bis pour l'eslablir sur la ville de Sion.

Geste heureuse nouvelle, Monseigneur, ne nous permit pas de différer plus long-tems de vous en marquer nostre satisfaction, et de vous en féliciter par nos amys.

entre lesquels M, Quartier tient un des premiers rangs depuis longtems, Vostre Seigneurie , de son té , a eu la bonté de me faire

re orbata iniquo tempore et pra>maturè remansisset, cùm religionis avilie tuendœ, ageodeeve calholicœ fidei zelo ac peritià, neminem cum defuncto prœsule comparandum illis in partibus esse putaremus.

Verùm, ubi de Illustrissimœ et Révérend issinife Dominationis vestr» promotione à révère ndissimo ecclesiie veslrte canonico, qui hùc ordinationis gratià accesserat , deque cumulatissimis persouEB vestne ilIustrissimEedotibus, paulù fusiiis ac uberiùs audivimus, tùm verù tristitia noslra versa est in gaudium {Joan. 16), et luclus noster versus est i}i cylharam (Job. 31), ut nimirum Deo ingénies gratias ageremus, quôd litcernam suam in Hierusalem extingui non esse( passus {il Reg. 21), sed pro patrft flhum excitasset, quem constitueret super civilatem illam Sedunensem, quam el nos Sion appellamus.

Hinc per amicos (inter quos nobilis vir dominus Quarteriua in primis !ocum jampridem obtinet) lllustrissimam ac Reverendissimam Dominationem vestramsalutavimus : et illa vicissim per muitum illustrem et admo- (iùra reverendum abbalem

Agaunensem, me quoque amicissimèsalverejussit. Sic igitur, Illustrissime et Reverendissime Praesul , quae intercepta videbatur anlecessoris tui erga me amicitia, tua, quam ex litteris tuis video, propensione, in eoque ingenti desiderio rediviva, nunc lœtior ac firmiop futura est, ac duratura.

Sic enim, quod ad me spectat , me tibi tuisque rationibus addictissimum semper fore polliceor, ut non modo pro communi nostrsB utriusquevocationis vinculo, fraterna quaeque obsequia à me expectare debeas ; sed etiam omnem , quem optare placuerit, servi fldelissimi et humillirai accuratis simam operam. Itaqua sive Vestrae Illustrissimae ac Reverendissimœ Dominationis consecrationi celebrandse, sive, ubi occasio sese dederit, omnibus aliis offîciis, quae è re suà suorumquo fore existimaverit , me semper paratissimum et obsequentissimum habebit.

Intérim non desinam impensiùs à Domino Salvatore nostro petere , ut tibi mittat aurilium de sancto (Psal.

29) , quo navem illam tuam gravissimis procellis agitatam, ad optatum pacis ac felicissimae pietatis portum salvam perducas.

Illustrissimae ac Reveren-

ses remerciemens, par Tabbé de Sai net-Maurice. Ainsi je m'apperçois, Monseigneur, que Tamitié de vostre prédécesseur envers moy, qui sembloit esteincte pour tousjours, va revivre plus que jamais par vostre inclination pour moy, dont vos lettres me sont garantes , et par le désir extrême que j'ay d'y correspondre en toutes manières.

Pour moy, j'ay Thonneur de vous asseurer que je suis prest à vous rendre non-seulement tous les services fraternels qui despendent de nostre commun mi* nistere, mais encore tous ceux que vous pourriez attendre d'un tres-fidelle et tres-humble serviteur, estant plus qu'aucun homme du monde attaché à vostre personne et à vos interests. Si donc Vostre Illustrissime et Reverendissime Seigneurie a besoin de moy, ou pour sa consécration , ou pour quelque autre chose que ce soit, elle en peut disposer absolument dans tout ce en quoi elle me jugera capable d'estre de quelque utilité, soit à elle-mesme, soit à ceux qu'il vous playra de me recommander.

Cependant, je ne cesseray de conjurer nostre divin Maistre et nostre Sauveur qu'il vous envoyé de son sanctuaire un puissant secours pour conduire sans danger, jusqu'au port si désiré de la paix et de la bien-heureuse éternité, vostre vaisseau qui est agité des plus furieuses tempestes.

J'ayl'honneurd'estre avec beau-

coup de respect. Monseigneur etc.

tlissiinre Domioalionis vestra?, etc.

S. François de Sales, à Monseigneur Hildebrand Josse,

evesçue de Sion.

Il lu)' promet d'aller le Ireuver un Jour iiii'il liiy uurqucni poai; le coiUMrer evmiuo. Apt«! le ti lelmia IGU.

MoKSElQMEUR, ce seratousjours Gratissimum raihiseraper

pourmoyunechosetres-aggreable erit. si Vestrœ Araplissimte de me treuver dans le cas de et Revet-endissimcc Domirendre quelque service à vnslre nationi obsequium aliquod Seigneurie Illustrissime el Rêve- prœstare contingat : id eiiim rendiasime : au reste , je ne feray rien en cela qui ne soit selon l'intention et la volonté de Dieu nostre Sauveur, puisqu'il n'a permis que' nous fussions si qu'affin que nous supportassions mutuellement les fardeaux l'un de l'autre. Je vous le dois encore, Monseigneur, àtUtre de recognoîs- 9ance,àcausedelabien-vueillance que vous me tesmoignez depuis si long-lems. Enfin, pourrois-je me dispenser d'obliger en toutes façons une personne qui a tousjours eu une souveraine affection et un attachement constant el inviolable pour l'Eglise catholique?

C'est pourquoy, aussitost que Vostre Seigneurie Illustrissime et minatio reverendissima c Reverendissimem'auraassignéun dixerit, non deero quin lujour, je ne manqueray pas de me bentissimè officio consecrarendre auprès d'elle pour faire sa tionis suée, amantissimi uticonsecration, et de m'y transpor- nam el amatissimi promnter avec tout le zèle dont je suis toris munere fungar. Sic capable. C'est ainsi qu'en toute enim apud me constilutum occasion je pretens vous donner est, Dominationem Vestrara des preuves de mon amitié sin- lllustrissimam et Reveren-

à me Deus Salvator, qui nos nobis invicem finitimos conslituit, ut invicem aller alterius , quoad Beri polest , onera portemus; id Veslrœ Dominalionis ergà me jampridem conlestata benevolentia, id vester ergà rempublicam catholicam oplimus et conslans animus, jure suo postulare videnlur.

Quare ubi diem Vestra Do-

dissimam omni veneratione ac sincerâ dileclione semper et ubique prosequi. Intérim vale in Christo, Illustrissime ac Reverendissime Prsesul, et eumdem Dominum Salvatorem habeto ppopitium. Dominationis Vestrae Ulustrissimse et Reverendissimee , etc.

cere, et du respect que je vous porte.

Cependant, je supplie Jesus- Christ nostre Sauveur de vous estre tousjours propice. J'ay l'honneur d'estre vostre, etc.

S. François de Sales, à Monseigneur Gibsert, evesque de Bois-le-Duc,

Le Sainct luy tesmoigne le désir d'entretenir avec luy un commerce d'amitié par lettres.

QuAM fuerit in usu inter priscos illos Ecclesiae pastores scriptionis epistolarum oftîcium, nemo sanè est qui nesciat; et tu, Reverendissime Pater, id omnium minime ignoras : charitas mutua sola scribendi causa, cujus sacrum perfectionis vinculum nulla locorum distantia solvit.

Ea ergo mihi primo causa scriptionis satis esse visa est, quae majoribus unica propemodùm esse solebat; praesertim cùm non tantùm dignitatis ecclesiasticae , sed etiani afTectionis (contrario licet génère), communione conjungamur.

Monseigneur, il n'y a personne qui ne sçache que c'estoit l'usage des anciens prélats de TEglise, de s'escrire mutuellement des lettres, et vous le sçavez mieux que qui que ce soit. On ne sçauroit assigner d'autre cause à ceste prattique, sinon la charité qu'avoient ces saincts personnages les uns pour les autres, ce lyen de la perfection que la distance des lieux n'a jamais peu rompre.

Ceste seule rayson, qui estoit Tunique motif de nos pères, m'a paru plus que suffisante pour entretenir avec vostre Reverendissime Seigneurie ce pieux commerce; d'autant plus qu'il y a entre nous uneunyon particulière, fondée, non-seulement sur la dignité ecclésiastique dont nous sommes esgalement revestus , mais encore sur l'affection compatissante qui nayst des disgrâces où nous sommes tous deux expo-

sez, quoyque d'une manière toute contraire.

11 est vrai, Monseigneur, que nos peines procèdent d'un mesme principe, sçavoir, des hérétiques :

mais au lieu que vous jouyssez de vostre seule ville episcopale» qu'ils tiennent assiégée, et où vous estes renfermé, à ce qu'on dit, sans en pouvoir sortir, moy, au contraire, je possède presque tout mon diocèse, et ils ne me permettent pas l'entrée de ma ville. S'il y a quelque différence entre l'exil et la prison, ce sont tousjours deux maux aussi insupportables l'un que l'autre, et qui me donnent lieu de faire ceste reflexion : c'est, Monseigneur, que, selon l'Evangile , je vous dois visiter, et que vous me devez l'hospitalité. Je m'asseure, par ceste rayson-là, qu'en vous saluant et en vous visitant autant et en la manière que je le puis, je veux dire par lettres, vous me recevrez de bon cœur, et vous m'embrasserez avec joye.

Il y a un autre motif qui m'engage à vous escrire : j'ay à vous recommander M. Rodolphe, fils du sieur Jean de Dungen, vostre diocésain, qui, le premier, m'a fait naystre l'envie d'honnorer Vostre Reverendissime Seigneurie; car, au grand nombre de choses qu'il publie d'elle, et dont il asseure qu'elle est tres-digne, il adjouste, Monseigneur, qu'encore que ses concitoyens fussent tresattachez à leurs princes, leur ville a l'obligation à vostre vigilance de ce qu'elle n'est point

Namtuquidem, Reverendissime Domine , ab haereticis, ut audio, obsidione conclusus, civitate solâ potiris :

ego contra, ab hsereticis exclusus, solâ propemodùm careo civitate. Dissimile, sed non insequale malum, exilium et carcer, ut me tibi jure christiano visitationis , te mihi hospitalitatis officia persolvere sit sequum. Me ergô tu , quo pbssum modo , per Htteras nimirùm salutatus, laetis, opinor, excipies oculis, et pro tuà charitate complecteris.

Accedit et alia scriptionis causa, commendandi scilicet dominum Rodulphum, filium Joannis à Dunghen, tuaB diœcessis virum , qui et ipseprimus Reverendissimae Paternitatis vestrae colendse animum injécit, cùm inter multas laudes , quibus te dignum saepè praedicat, hanc adjiceret, mullam quidem suorum civium erga principes suos devotionem, tua tamen prœsertim operâ effectum quôd urbs illa to-

lies tam inusitatis quoque stratagematibus tentata, in hostium potestatem nondum venisset; illud nimirùm tuura esse eloquium , ac vim dicendi, ut cùm buccinœ clangore rauri Hierichuntini sint eversi, tubae tuae evangelicae sonitu Boscoducensia raœnia et propugnacula sarta tecta hue usque. permanserint.

Cùm ergô discessurus addidisset hic tuarum virtutum cultor, existimare se, si aliquod vitae suae apud nos laudabiliter actae testimonium ad te deferret, plurimum hoc illi in omni vitae génère subsidii allaturum ; ego , pro eâ quâ praesentem complexus sum amiciliâ, non potui'quin ei discedenti hoc amoris officium lubens impenderem , eumque tibi , quanto possum studio, commendarem.

Jara triennium ferè in domo ac contubernio illustris et clarissimi viri Antonii Fabri, ducatûs Gebennensis praesidis, vixit, mensae ejusdem et sermonis ac disciplinée particeps : quo toto tempore mitto quanta cura jurisprudentiam et litteras coluerit; sed quod apud me caput est, pietatis et religionis officia, semper diUgentissimè amplexus est, ut

tombée sous la puissance des ennemys , nonobstant tous les stratagèmes inouys dont on a usé pour corrompre leur fîdeUité ; parce que vostre éloquence, que Ton peut bien nommer une trompette evangelique, bien d^Herente de celles au son desquelles tombèrent les murs de Jéricho, est cause que les murailles et les fortifications de Bois-le-Duc subsistent aujourd'huy dans leur entier.

Cest honneste homme, qui a autant à cœur d'imiter que d'admirer vos vertus, estant sur son despart, me fit cognoistre que si je luy donnois une attestation de la vie qu'il a menée parmy nous, pour vous la présenter, cela luy séroit d'un fort grand secours, dans quelque situation qu'il peust se trouver ; je n'ay peu luy refuser ce playsir et ceste marque de mon amitié dans ceste conjecture, après Tavoir tant chery pendant qu'il estoit icy. C'est pourquoy je vous le recommande de la manière la plus forte, et avec tout le zèle dont je suis capable.

Il a vescu pendant près de trois années dans la mayson et à la table d'un tres-illustre et tres-excellent homme, messire Antoine Fabre , président de Genevois ; il a jouy de ses entretiens, et areceu ses leçons. Je vous laisse à penser Monseigneur, s'il a profitté avec un si habile homme, et avec quel seing il s'est appliqué à la jurisprudence et aux belles-lettres :

mais ce que j'estime le plus, sans comparaison, c'est qu'il a em-

brassé avec ferveur tous les exercices de la pieté et les devoirs de la religion , en sorte que vous le verrez revenir avec une provision de toutes sortes de vertus, et comme un navire chargé d'une riche cargaison. -

Je ne doubte pas, Monseigneur, que cela ne vous fasse un tresgrand playsir, et que vous n'accordiez tres-volontiers vos bonnes grâces à un homme qui mérite tant d'estre aymé. .Cependant, si mon suffrage peut adjouster quelque chose à ces considérations, je le luy donne avec la plus grande joye du monde, et je supplie en mesme tems vostre Reverendissime Seigneurie de croire très-fermement que je suis dévoué à son service en tout ce qu'il luy playra m'ordonner.

Je prie Dieu qu'il vous donne une santé parfaicte , et qu'il vous soit tousjours propice. Je vous conjure de me recommander aussi

nunc redeuntem sicut omni virtutum et pietatis génère onustam navim institoris videre liceat.

Quod et tibi, Reverendissime Pater, gratissimumfore non ambigo, et hominis plurimùm diligendi causam per se acceptissimam. Si quid tamen ad haec meum adjicere potest sufifragium, illud spontè ac lubens confère ; et me tibi, Reverendissime pater, tuisque omnibus rationibus ac voluntatibus addico.

Bene vale, et Christum habeto propitium, meque illius misericordiae precibus pro tua charitate concilia.

à sa miséricorde dans vossainc-

tes prières animées de la plus ardente charité. J'ay l'honneur

d'estre, etc.

S. François de Sales y au duc de Savoy e.

H luy tesmoigne sa satisfaction de ce que le duc de Savoye, ayant consenti àestablir les

Chartreux dans son diocèse , leur destine l'abbaye de Ripaille , et le presse d'exécuter son

Project au plus tost.

Annessy, 12 juin 1614.

Monseigneur, lorsque j'eus l'honneur de faire la révérence à Vostre Altesse, il y a un an, je luy proposay de faire loger les Révérends Pères Chartreux en l'abbaye de Filly en Chablais, pour l'accroissement de la dévotion qu'un si sainct Ordre feroit en ce pàys-là, et pour l'ornement que la réparation d'une abbaye si remarquable y apporteroit.

l'evesque. 19

Mais depuis, ayant sçeu que Vostre Altesse avoit jette ses yeux et son désir sur Ripaille pour le mesme effect, je m'en suis infiniment resjouy; et en toute humilité je la supplie d'en ordonner au plus tost l'exécution, aftîn que nous voyons en nos jours la pieté restablie en un lieu qui a esté rendu tant signalé par celle que messeigneurs les prédécesseurs mesmes de Vostre Altesse y ont SI sainctement et honnorablement prattiquée.

Asseurant qu'en meilleures mains le généreux et pieux dessein de ceste restauration no pourroit estre confié, qu'en celles d'un Ordre si ferme et constant, comme est celuy des Chartreux, lequel, ayant tousjours esté dés son commencement fort obligé à la Serenissime mayson de Vostre Altesse, luy a aussi réciproquement tousjours esté et est tres-aSectionné et dédié. Et tandis, je continue de supplyer incessamment la divine Majesté qu'elle respande à jamais toutes ses plus chères bénédictions sur la personne et la couronne de Vostre Altesse, de laquelle je suis. Mon seigneur, tres-humble, etc.

A Son Altesse Emmanuel I^^ duc de Savoy e.

Sur l'establissement des Pères Barnabites à Annessy.

Annessy, 8 jaillet 1614.

Monseigneur, le bien de la venue des Pères Barnabites en ceste ville est de si grande considération, que V. A., laquelle l'a si sainctement désiré, le fera sans doubte puissamment réussir, nonobstant les petites difGcultez qui se présentent, qui ne procèdent que d'une bonne affection, à laquelle V. A. donnera, s'il luy plaist , la mesure et discrétion , en sorte que si le Père gênerai des Barnabites ne pouvoit octroyer la dispense qu'on requiert, sa Congrégation ne laissast pas pour cela d'estre introduitte dans ce collège, où en tous evenemens elle apportera une utilité incomparable, plus désirable que tout ce qui s'y est fait jusquesà présent. J'en supplie donc en toute humilité V. A. S., que Dieu fasse à jamais prospérer selon l'extrême et continuel souhaict, Monseigneur, de vostre tres-humble, et tres-obeyssant serviteur et orateur. — François, evesque de Genève.

Page 1