François de Sales, à Son Eminence le Cardinal de Savoye
Il luy tesmoigne sa Joye à l'occasion de la canonisation du duc Amedée, et il luy recommande les Barnabites.
Annessy, 10 mars 1616.
Monseigneur, je loue Dieu et bénis son sainct nom, du bon acheminement qu'on a donné à la canonisation du glorieux et bienheureux Amé. Nul, comme je pense, ne sçauroit désirer la perfection de ce sainct project avec plus d'affection que moy, qui prevoy que tout ce peuple de deçà en recevra une extrême consolation et un grand accroissement de dévotion; spéciale-
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ment à Thonon, lieu de la naissance de ce grand prince, où l'année passée, lors des premières appréhensions de la peste de Genève, je remarquay un mouvement universel de confiance es intercessions de ce bien-heureux amy de Dieu, lorsque je leur representay le juste subjet qu'ils en avoient, pour l'honneur que leur air avoit eu d'avoir servi à la première respiration de ce grand prince.
Et plust à Dieu que le tres-sainct Père eust esté supplyé d'accorder une troisiesme messe solemnelle avec indulgence pleniere pour ce lieu-là; car je m'asseure qu'en ceste contemplation Sa Saincteté l'eust volontiers accordée. Mais puisque cela n'a pas esté fait, je veux espérer en la bonté et équité de Vostre Altesse, que nous ne serons pas laissez en oubly pour la distribution des médailles; et cependant. Monseigneur, je la supplie tres-humblement d'embrasser fermement la protection de l'introduction des Pères Barnabites en la saincte mayson de ce lieu-là de Thonon, et au prieuré de Contamine. Vostre Altesse fera sans double en cela une œuvre grandement aggreable à la divine Majesté, et laquelle il me semble que le bienheureux esprit du glorieux prince Amé luy recommande dés le ciel tres-sainctement; estimant que comme,. par ses prières, Dieu fortifia le cœur de Son Altesse pour establir la saincte dévotion par le moyen de ces bons religieux, qui assisteront et arroseront les vieux arbres affin qu'ils multiplient en fruicts de pieté, et esleveront les enfans comme jeunes plantes, à ce que la postérité devance, s'il se peut, les prédécesseurs, et sçachent tant mieux révérer leur sainct prince Amé, et obeyr en toute sousmission au sceptre et à la couronne qu'il a laissée en sa serenissime mayson, que Dieu veuille faire à jamais prospérer, Monseigneur, selon les souhaicts continuels du tres-humble, etc.
S. François de Sales ^ à Son Altesse le Duc de Savoy e.
Il Iny recommande les afEaires des Barnabites , introdulcts depuis peu à Thonon ,
et parle de la canonisation du B. Amedée.
\ Annessy, 13 mars 4616.
Monseigneur, Vostre Altesse aime sans double chèrement son pauvre Thonon, et elle a rayson; car il est doublement sien, puisqu'il la doit recognoistre pour son souverain prince, comme fait tout cet estât ; pour son tres-honnoré et tres-aymable parrain,
puisque c'est entre ses bras paternels que ce peuple perdu par Theresie a fait une nouvelle naissance dans le giron de la tressaincte Eglise : obligation non-seulement immortelle, mais éternelle, puisqu'elle prend son origine d'un bienfaict qui demeure es siècles des siècles.
Or, Monseigneur, pour la perfection de ceste bonne œuvre, Vostre Altesse me commanda de procurer l'introduction des Pères Barnabites en ce lieu là; ce qui fut traitté ce mois de septembre passé, par le moyen de la remise du prieuré de Contamine auxdits Pères, pour l'entretenement dudit collège et autres exercices propres à leur vocation et à l'affermissement de ce bon peuple en la religion.
Mais du depuis sont survenues des difGcultez que nul ne peut vaincre, que la pieté et le cœur invincible de Vostre Altesse, laquelle je supplie en toute humilité de faire réussir ce tres-bon et pieui project, et mesme en considération du glorieux et bienheureux Amé, duquel la canonisation, que tout ce pays attend en grande dévotion, comblera bientost de consolation et bénédiction toute la serenissime mayson de Vostre Altesse, et lequel print naissance et fui eslevé en ce lieu-là. Ainsi prie-je la divine Majesté qu'elle protège vostre couronne, de laquelle je suis infiniment. Monseigneur, très, etc.
A S. A, Charles-Emmanuel F", duc de Savoy e (1).
Salnct François recommande à S. A. les Barnabites de Thonon , et parle de la canonisation
du bienheureux duo Amedée.
Annessy, 12 mars 1616.
Monseigneur, je scay que la charité et pieté de V. A. est bien ferme, au project qu'elle a , pour Tintroductioa des Peres Barnabites à Thonon ; à laquelle est attachée la conservation du prieuré de Contamine à la saincte Mayson de ce lieu-là, pour Tusage et entretenement desdits Peres et de leur collège. Neantmoins, puisque c'est mon devoir, je fay derechef ma tres-humble supplication à V. A. pour ces mesmes fins, luy ramentevant seulement, que Thonon est le lieu de la naissance du bien-heureux Amé, de la prochaine canonisation duquel je me resjouys infiniment , présageant en icelle beaucoup de tres-sainctes bénédictions sur la couronne qu'il porta en ce monde, et sous laquelle il alla si heureusement estre couronné en l'autre.
(1) Ne parait étrequ'une pactie de la précédente.
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Je fay Ires-humblement , la révérence à V. A. et suis immortellement , Monseigneur, son tres-humble , tres-obeyssant et tres-fidelle orateur et serviteur. — François , evesque de Genève.
A S. A. Charles-Emmanuel I^, duc de Savoy e.
Sainct François recommande à S. A. les habîtans de la Savoye , et lay tesmolgne sa recognoissanoe pour l'introduction de l'industrie de la soye.
Annessy. le Vendredi-Saioct , 29 mars 1616.
Monseigneur, la charité et bonté que V. A. a tesmoignées envers ces bons peuples de deçà, par la seing qu'elle a eue de faire réussir les projects de Tintroduction de Tart de la soye en ces pays, et des PP. Barnabites, à Thonon, ne peut jamais estre assez dignement remerciée; mais, à la faveur de la Saincteté de ce jour, j'en fay neantmoins tres-humblement la révérence et l'action de grâces à V. A., la supplyant de continuer sa dilection protection sur ceste province, en laquelle Tadvancement de la gloire de Dieu est de si grande conséquence, et plein de mérite pour V. A., que Sa divine Majesté fasse à jamais prospérer es bénédictions que luy souhaitte. Monseigneur, voslre Ireshumble et tres-obeyssant orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.
A U7i gentil-homme de la Cour du duc de Savoye.
Sainct François Iny parle des entretiens qu'il a avec les evesques qui vont le visiter : il le prie de le protéger auprès de S. A. contre les calomnieuses accusations.
Annessy, 4 avril 1616.
Monsieur, j'ay receu la lettre de S. A. par laquelle elle tesmoigne d'aggreer que je fasse les sermons du Caresme venant à Grenoble; et ay veu parcelle qu'il vous a pieu m'escrire le seing que vous avez eu de lire ce que j'escrivois à Saditte A. sur le subjet de la venue de Monsieur l'archevesque de Lyon en ceste ville. Dont je vous rens grâces. Monsieur, d'autant plus affectionnement et humblement, que ces bons offices n'ont origine que de vostre bonté et courtoysie, laquelle je vous supplie de vouloir exercer en toutes telles occasions, qui m'arrivent plus souvent que je ne desirerois pas, plusieurs prélats de France me
faysant l'honneur de m'aymer, et de me vouloir visiter, encore qu'ils ne nie cognoissenL pas , peut eslre par ce qu'ils ne me cognoissent pas. Mais, Monsieur, ce sont visites de simple pieté et afTecUon spirituelle, n'ayant, grâces à Dieu, jamais rien eu à desmeler avec homme de monde, ny ne m'estant jamais meslé de chose quelconque qui regarde les affaires séculières; et en vérité, oncques il ne m'est advenu d'avoir esté seulement essayé par homme qui vive, ny qui ayl esté de cecosté-là, qui me read d'autant plus eslonnê quand on me dit que les visites de ces seigneurs ecclésiastiques sont considérées comme suspectes , ne pouvant seulement deviner ny pourquoy ny en quoy, puisque raesme je suis en toutes façons savoyard, et de naissance et d'obligation, qui ti'ay ny n'eus jamais, ny pas un des miens , ny orGce, ny bénéfice, ny chose quelconque hors de cest estât, et qui ay vescu tellement lyé aux exercices ecclésiastiques, qu'on ne m'a jamais treuvé hors de ce train, et qui suis meshuy tantost envielly dans la naturelle et inviolable fldellité que j'ay vouée et jurée à S. A.
Or, Monsieur, je vous donne la peine de lire tout cecy, affln que, s'il vous plaist de me favoriser en ces occurrences, vous sçachiez ces generalitez de mes conditions , qui sont fonderaens , comme je croy, bien solides pour bastir sur'iceux les deffenses dont j'auray besoin, si ce malheur continue, qui m'a desjà si souventfasché tousjours sans ma coulpe. grâces à Dieu, ainsi que le tems -a fait voir, qui de plus en plus descouvrira l'invariable ingénuité et franchise que j'ay en mon devoir de subjestion naturelle envers la couronne sous laquelle je suis nay el nourri.
Ces jours passez. Monsieur l'archevesque de Bourges, estant à Nantua, vint icy rae visiter et une sœur religieuse qu'il y a. De quoy j'advertis soudain Monsieur le marquis de Lans, et je croy qu'il aura fait passer l'advis vers S. A. Tout cela, Monsieur, sont offices d'amitié, de civilité et de pieté rendus à la bonne foy, par ces prélats et que je ne puis empescher par aucune sorte de légitime prétexte, puisque je n'oserois seulement penser de leur faire semblant de la peine que mon esprit a de quoy leur visite rae fait regarder. Voslre charité, Monsieur, me protégera, s'il luy plaist, etje l'en conjureparcelle de Nostre-Seigneup, que je supplie vous estre propice et vous combler de ses bénédictions, demeurant pour tousjours. Monsieur, vostre treshumble et affectionné serviteur. — FR.iNçois, evesque de Ge-
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A Son Altesse Charles-Emmanuel f^ , duc de Savoy e.
Sur le prieuré de Contamine pour la dotation des PP. Barnabltes de Thonon.
Annessy, 16 iTril 1616.
Monseigneur, les grâces que la bonté de V. A. nous a faites me donnent confiance d'en requérir tousjours de nouvelles; puisque mesme elles tendent toutes à la gloire de Dieu, que vostre pieté ne se lasse jamais de servir etaccroistre. Les PP. Barnabites sont establis à Thonon ; reste de les y conserver, et pour cela il est requis que le prieuré de Contamine, sur lequel leur entretenement est principalement assigné, soyt mis en asseurance pour eux , et deslivré de la conteste que le sieur abbé Scaglia en fait : ce que la prudence de V. A. fera fort aysement par les moyens convenables. Dieu soyt à jamais au milieu du cœur de V. A. pour le remplir de bénédictions, et je suis invariablement, Monseigneur, vostre tres-humble , tres-fidelle et tres-obeyssant orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.
A Son Altesse Victor-Amedée , prince du Piedmont,
Salnct François présente à S. A. un homme qui désire proposer quelque dessein pour Genève.
Annessy, 93 aoust 1616.
Monseigneur, V. A. aura mémoire, que je luy dys dans sa chambre, qu'il y avoit un homme, lequel dés quelques années avoit désiré de proposer quelque dessein pour Genève à S. A. Maintenant donc il est revenu à moy, qui le rens porteur de ceste lettre, affin que V. A., si le treuve à propos, l'escoute sur ce subjet. Car à ceste seule intention je Tay renvoyé vers elle, à laquelle faysant tres-humblement la révérence , je suis , Monseigneur, vostre tres-humble et tres-obeyssant orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.