François de Sales , à Madame de Chantai
Il la console dans ses seicheresses ; l'encourage à les supporter patiemment , surtout par une pensée qui luy estoit survenue dans l'orayson, sur ces parolles du Pater : Que oostre nom toit sanetijlé.
Si juillet 1615.
Ma tres-chere fille, un jour Magdelene parloit à Nostre Seigneur; et s'estimant séparée de luy, elle pleuroit et le demandoit, et estoit tant oppressée, que le voyant elle ne le voyou point (Joan. 20).
Or sus, courage! ne nous empressons point: nous avons nostre doux Jésus avec nous; nous n'en sommes pas séparez; au moins je Tespere fermement. De quoy pleurez-vous, ô femme? Non, il ne faut plus estre femme, il faut avoir un cœur d'homme; et, pourveu que nous ayons Tame ferme en la volonté de vivre et mourir au service de Dieu, ne nous estonnons ny des ténèbres, ny des impuissances, ny des barrières. Et à propos de barrières, Magdelene vouloit embrasser Nostre Seigneur, et ce doux Maistre met une barrière. Non, dit-il, ne me touchezpoint; car je ne suis pas encore monté vers mon Père, Là haut il n'y aura plus de barrières : icy il en faut souffrir. Nous suffise que Dieu est nostre Dieu, et que nostre cœur est sa mayson.
Vous diray-je une pensée que je fis dernièrement en l'heure du matin que je reserve pour ma chetive ame? Mon poinct estoit sur ceste demande de l'Orayson dominicale : Ton Nom soit sanctifié, 0 Dieu, disois-je, qui me donnera ce bon-heur de voir un jour le nom de Jésus gravé dans le fin fond du cœur de celle qui le porte marqué sur sa poictrine (1)? Je me ressouvins aussi des hostels de Paris, sur le frontispice desquels le nom des princes auxquels ils appartiennent est escrit; et je me resjouyssois de croire que celuy de vostre cœur est à Jesus-Christ. 11 y veuille habiter éternellement.
Priez fort pour moy, qui suis tant et si paternellement vostre.
(1) En 1609, Madame de Chantai s'imprima sur la poitrine le nom] de| Jésus avec un fer rouge, si profondément, qu'elle en courut risque de sa vie; et du sang qui sortit de sa plaie , elle écrivit de nouveaux vœux pour s'unicjà^ son divin Epoux irrévocablement.