‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 118 sur 185 · DLI · texte numérisé non relu

DLI

S. François de Sales , au Cardinal Bellarmin.

11 sollicite le nom de religion et quelques autres grâces pour les dames de la Visitation, et entre, à cest cffect , dans le détail des principaux exercices de cest institut.

Urbi et orbi ignotiis, orbi et urbinotissimum et amantissimun cardinalem , secundùm eam quœ in Christo est charitatem, precibus confîdenter aggredior

Habemus hîe et Lugduni unam et alteram virginum et viduarum congregationem , quae , licet veriùs oblat8e quàm veri nominis religiosœ aut moniales censendae sint, tamen castitatem ac sacram pudicitiarn sanctissimè colunt, obedientiam simplicissimè amplectuntur, paupertatem religiosissimè sequuntur; et quamvis ex earum ritu clausurae non sint addictœ, eam nihilominùs ex animi fervore propemodùm servant perpetuam, quandoquidem nunquàm, nisi gravissimis et piissimis causis impellentibus, extra domum pedem efferunt; sed statutis horis, iisque apte per totum diem dispositis, officium parvum beatissimse Virginis simul in choro recitant, cantu ad pietatis régulas tara féliciter formate , ut vix diciqueat, num gravi-

(1) Rome.

Annessy, 10 juillet 1606.

Incogneu dans la ville (1) et l'univers entier, je me présente à un illustre cardinal, que Tunivers et la ville cognoissent et révèrent, et c'est avec conGance que je luy addresse mes humbles demandes, au nom de ceste charité qui est en Jesus-Christ.

Nous avons, tant icy qu'à Lyon, deux communautez de filles et de veufves , lesquelles , ■ sans estre religieuses, ou, pour mieux m'expliquer, estant simplement oblates, ne laissent pas d'observer tres-religieusement et tres-sainctement la chasteté , la pauvreté et l'obeyssance. Elles ne sont pas non plus obUgées à la clausure, et cependant on peut dire qu'elles la gardent perpétuellement avec une grande ferveur, veu qu'elles ne sortent jamais que pour des causes très-graves, tres-sainctes et tres-necessaires. Elles ont des heures assignées chaque jour pour reciter ensemble , dans le chœur, le petit office de la bienheureuse Vierge. Cela se fait avec une si noble décence, et d'un ton qui respire tant la pieté, que l'on seroit en peyne de dire laquelle des deux, de la douceur du chant ou de la gravité , remporte sur l'autre. Elles employent à Texercice angelique de l'orayson mentale

deux heurf»s par jour, une le malin et l'autre le soir, et en retirent un fruict merveilleux. En un mot, elles me remettent daii:* la mémoire ces sainctes femmes dont .S. OreL'oire de Nazianze, escrivanta Hellenius, ne fit point de difliculté de dire, dans des termes magniHques, qu'elles estoient des astres du firmament et de tresiirillantes estoiles de Jerfus-Christ.

Il n'y a paslong-tems qu'estant allé saluer M. le Reverendissime Archevesque de Lyon, entre autres discours que nous tinsmes sur nos affaires ecclésiastiques , nous tombasmes sur ces deux communautez de femmes, qui sont en si bonne odeur en Tun et l'autre diocèse, à cause de leur pieté, que Ton juge qu'il est de la dernière importance qu'elles soient gouvernées sagement.

Il me fit entendre qu'il seroit à propos qu'elles prinssent quelqu'une des Règles qui sont approuvées par l'Eglise, qu'elles gardassent la clausure , et qu'elles fissent des vœux solemnels. Je consentis volontiers à ses propositions, tant à cause de l'authorité que ce grand homme a sur mon esprit , de sa science et de sa pieté, qui le font admirer de tout le

tatem suavitas, vel suavitatem gravitas superet. Orationi verù illi anirelicae, quam mentalem vocanl, duabus item horis, unà matutinà, aliâ vespertinà, maxime cum fructu operam navant, ac, ut uno verbo concludam , illa> mihi referre videntur fœminas, de quibus sanctus Gregorius Nazianzenus ad Hellenium tam magnifiée loquitur, ut eas cœlestia et pulcherrima Christi sidéra nominare non vereatur.

Verùm cùm nonitàpridem reverendissimun dominum archiepiscopum Lugdunensem salutandi gratià adiissem, verbaque siraul de rerum nostrarum ecclesiasticarum statu misceremus, incidit inter alia sermo de istis duabus congregationibus mulierum, quarum odor suavissimus est in utrùque diœcesi, ut proindè earum recta gubernatio maxirai omninù videatur essemomenti.

Cùmque ille suggereret opcrœ pretium fore, ut imprimis eas ad Regulam aliquam religiosam , ex iis quœ ad Ecclesiâ approbatae sunt, et ad clausuram , ac vota soiemnia amplectenda induceremus, ergo quoque in eara sententiam facile descendi, tum ob viri singularem in me auctoritatem , at-

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que perspectam omnibus peritiam et pietatem, tuin ob nominis religiosi splendorem, quem magno ornamento islis, alioquin piissimis , congregationibus futurum existimabam.

Ità ergo inter nos statutum est; atque ubi id aggredi cœpimus, miram in eis et suavissimam ad obediendum animorum promptitudinem et facilitatem invenimus.

Tria tantum habent in usu peculiaria pietatis officia, quae summoperè illis cordi éunt, et quae, si ab Apostolicâ Sede concedantur, nihil in hâc status mutatione durum, nihil insuave futurum est.

Ea autem sunt ejusmodi, quae , quantum existimo , cum clausurâ , aut statu religioso mulierum, minime pugnent, quaeque peritis rerum nostrarum Gallicarum aestimatoribus non solùm non imminuere, sed etiam plurimùm promovere pietatem videantur.

Primum est , ut ad offîcium cléricale, quod magnum vocant, non obligentur, sed tantùm ad offîcium parvum beatissimae Virginis.

Huj us autem harum desiderii ratio est, quia in illis congregationibus , plerumquè recipiuntur mulieres jam adultae, quae offîcium magnum, cum illius rubricis,

monde, qu'à cause de la gloire attachée au liltre de religion, que j'ay tousjours estimé tres-honnorable à ces dévotes congrégations.

Ce fut donc là nostre conclusion ; et quand ce vint à Texecution de ce dessein, et que nous eusmes commencé à y travailler, nous trouvasmes en elles une trèsgrande promptitude et une admirable facilité à obeyr.

Entre leurs exercices de pieté, il y en a trois qui leur tiennent fort au cœur. Si le Sainct-Siege daigne les leur permettre, il n'y aura rien de dur ny de desaggreable dans ce changement d'estat : ils sont tels qu'ils ne respugnent nullement, à mon ad vis, à la clausure et à la vie religieuse des femmes; et tous ceux qui sçavent comment on se gouverne en France, jugeront que la pieté en tirera un grand accroissement, bien loin qu'elle en reçoive la moindre diminution.

Le premier de ces exercices est la recitation du petit office de Nostre-Dame; car elles ne sont pas obligées au grand office. La rayson de cela est qu'elles reçoivent souvent des femmes aagées qui ne peuvent apprendre le grand bréviaire avec toutes ses rubriques, ny le reciter distinctement avec les pauses et les accens convenables , au lieu qu'elles pratti-

quent tout cela facilement en recitant le petit office. Geste rayson est sans double cligne de considération, parce <|ue, parmy le grand nombre de monastères de femmes qui sont respandus par tout le monde, il n'y en a pas qui prononcent plus mal le latin que les Françoises. Il seroit donc impossible qu'elles observassent les règles de la prononciation dans une si grande variété d'offices, de leçons et de psaumes. En etfect, c'est une grande pityé que l'ignorance de la prononciation latine dans la pluspart des couvens de femmes : car elle va si loing que les plus dévots mesmes ont de la peyne à s'empescher de rire, et que les impies et les demi-savans s'en mocquent et s'en scandalisent.

La seconde espèce d'obligation consiste à permettre aux veufves de demeurer quelquesfois des années entières avec elles, et de faire les offices de la congrégation en habit séculier, mais tres-modeste.

Au reste , elles ne font point ceste faveur à toutes sortes de veufves , mais seulement à celles qui, désirant entrer en religion, pendant qu'elles songent sérieusement à mettre ordre à leurs affaires temporelles, à renoncer au monde,

vix ac ne vix quidem addiscere possent, deindè quia brève illud officium beatœ Virginis, magnà vocum, accentuum, pausarumque dislinctione célébrant, quod nequaquam, si longius officium recitandum foret, prcpstare possent. Quod ideô maximà consideratione dignum est, qnia inter omnes totius orbis mulieres, nullae sunt qu8B ineptiore latini sermonis pronunciatione utanturquàmGaIlicae;quasproindù impossibile esset accentuum, quantitatum, et rectœ pronuncialionis leges, iû tanta officiorum, lectionum et psalmorum varietate, observare. Undè dolendumest, lantam in plerisque monasteriis mulierum pronunciationis imperitiam audiri, ut etiam alioquin cordatis auditoribus interdùm risum, sciolis vero et hseresi infecti?

cachinnum moveant et scandalum.

Secundum est, quod viduas interdùm etiam aliquot annis, in habitu seeculari, sed tamen modestissimo, secum ad congregationis pia officia exercenda habitare permittant : verùm non sanè quidem omnes viduas, sed eas tantùm quœ, cùm religionem ingredi cupiant; intérim dùm de nuntio sœculo ac nuptiarum interpellatoribus remittendo serio cogi-

LE FONDATEUR D ORDRE

tant, thesaurum castitatis, quem in vasis fictilibus portant, abscondere prudenter quœrunt, ne in manibus illum portantes in conspectu filiorum hominum , latronum deprœdationi objiciant.

Hujus autem desiderii ratio est , quia in istis regionibus tantâ libertate viri viduas , quamvis piissimas , colloquiis et irritamentis saecularibus infestant, ut quse veram viduitatem colère volunt, vix id tutô praestare possint : quibus hâc via optimè consulitur. Cùmque hujusmodi viduee obedientiam et exactam propemodùm clausuram observent (vix enim semel bisque quotannis, ad domestica negotia componenda, illis egredi contingit) , nihil omninù dispendii, plurimùm verô compendii huic consuetudini inesse existimandum est.

Immo verô multù minus ea periculum habet, quàm quae in plerisque piissimis monasteriis viget, ut sorores conversse , negotiorum gerendorum gratiâ, egredi et regredi possint ; neque multù plus difficultatis quàm illa, quae tamen satis tri ta est, ut puellae educationis gratià in monasteriis recipiantur.

Quid enim interest num

et à esviter la poursuitte de ceux qui les vôudroient faire passer à de secondes nopces, taschent de cacher avec prudence le thresor de leur chasteté, qu'elles gardent dans des vases d'argile , de peur qu'en le portant dans leurs mains, à la veuë des enfans des hommes, elles ne l'exposent pas à devenir la proie des voleurs.

Le fondement de ceste prattique est que, dans ces pays-cy, les hommes tendent des pièges aux veufves, mesme aux plus devotes, avec une telle liberté et dissolution, par les cajoleries et les amorces ordinaires aux gens du monde, que, bien qu'elles soient résolues de demeurer dans Testât d'une parfaicte viduité, à grande peyne le peuvent-elles exécuter. C'est pour remédier à ces inconvéniens qu'on leur procure un moyen si salutaire ; et comme elles observent l'obeyssance et une exacte clausure (car à peyne sortent-elles une ou deux fois l'année pour régler leurs affaires domestiques) , il n'en peut arriver de dommaige , mais, au contraire, il resuite un grand bien de ceste conduitte. On peut mesme advancer qu'il y a moins de péril en cela qu'en ce qui se prattique dans un grand nombre des plus saincts monastères, où les sœurs converses sortent et rentrent, vont et viennent pour les affaires de leurs maysons. llya aussi moins d'inconveniens que de recevoir de jeunes filles pour les instruire, ce qui est neantmoins

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LE FONDATEUR D ORDRE

Porrô si aliqua causa pia subsit, propter quam mulieres raonialium claustra ingredi possint (sunt autem aliquot), haec duae inter praecipuasnumerandae sunt; quas tamen ita obtinere sequum est, si ab ordinario ejusve vicario generali scripte probentur, et quamdiù ex hujusmodi praxi nihil detrimenti disciplinée regulari accedet. .

Quôdsi ex preeterito de prœsentibus et futuris .conjectura sumenda sit, nihil omninô sanctius, nihil utilius; quin immô, quia res felici^simum hactenùs habuit successum , in posterum eumdem habituram' sperandum est.

Caeterùm habet Reverendissimus Dominus Archiepiscopus Lugdunensis intercessorem potentissimum, christianissimi scilicet régis oratorem. Habent etiam sorores hujas civitatis validissimas preces serenissimae Ducissse Mantuaeviduse, queeeas plurimùm diligit. Ego verô, cardinalis amplissime , te unico intercessore utor, tum quia te solum éx augustissimo illo apostolico CoUegio novi , tum quia de rébus istis nostris cis-montanis optimè judicare potes , et plerisque illud suggerere, aliter hic, aliter ibî rem divinam esse

sir avec quelqu'une des sœurs.

Or, s'il y a quelques pieux motifs pour lesquels les femmes puissent entrer dans les monastères, ces deux-cy doivent estre du nombre; bien entendu qu'on doit demander et obtenir par escrit l'approbation de l'ordinaire, ou de son vicaire gênerai , et que cela ne peut avoir lieu qu'au cas qu'il n'en arrive aucun préjudice à la discipline régulière.

Que si on peut tirer du passé une conjecture pour le présent et l'advenir, il n'y a rien de plus sainctement estably ny de plus utile que ceste prattique; car, comme jusqu'à ceste heure elle a eu un tres-heureux succez, on doit espérer qu'elle l'aura encore par la suitte.

Au reste, Monseigneur le Reverendissime Archevesque de Lyon a un très -puissant intercesseur auprès de Sa Saincteté, sçavoir l'ambassadeur du roy tres-chrestien; les sœurs de ceste ville, qui ont gaigné TafiFection de la Serenissime duchesse de Mantouë , sont soustenues par ses prières, qui sont d'un grand poids; et moy, tres-illustre Cardinal , je ne veux que vous pour intercesseur, tant parce qu'il n'y a que vous du sacré Collège que j'aye l'honneur de cognoistre, que parce que vous estes instruict et en estât de juger parfaictement des affaires de ces contrées qui sont en deçà des monts, et de faire sentir au

plus grand nombre de nos seigneurs vos confrères , qu'on doit traitter les affaires de la religion diversement, suivant la diversité des mœurs et la différence de régions. De plus, votre livre des Controverses me respond de vostre charité compatissante pour ce pauvre diocèse, et cest aymable Benjamin que vous venez de mettre au jour ne me permet pas de doubter de votre bien-vueillance envers les âmes dévotes.

C'estpourquoy,m*appuyantsur ceste forte inclination de vostre Illustrissime et Revendissime Seigneurie à favoriser les pieuses entreprinses, je la supplie tréshumblement, et je la conjure d'employer toute sa prudence et toute son authorité pour faire reiissir celle-cy, pour laquelle je m'intéresse. Je vous prie de m'excuser et de m'aymer pour l'amour de Jesus-Christ, trèsgrand, tres-illustre et très-excellent prélat, vostre, etc.

promovendam, pro morum ac regionum varietate ; tum quia de tuâ erga hanc diœcesim miserabilem commiseratione, libri tui Controversiarum , de tuâ verô ergà pias animas benevolentiâ novissimus ille et amabilis nimis tuus Benjamin , dubilare non sinunt.

Quare, de eximià illâ lUustrissimse Dominationis vestree in bonos bonorumque conatus confîsus , eam enixè rogo et obtestor, ut pro suâ prudentiâ , negotium , suâ quâ pollet auctoritate promoveat et conficiat. Vale, clarissime , amplissime et illustrissime praesul ; et me

Jesu Christi amore excusatum et amatum velis, rogo supplex et obtestor.

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