‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 117 sur 185 · François de Sales , à Madame de Chantai · texte numérisé non relu

François de Sales , à Madame de Chantai

Il luy parle de la maladie d'une de ses sœurs. — Motifs d'espérer la guerison : ce qu'il faudra faire , en . cas de mort , pour sa profession et son enterrement.

A La Roche, le jour de Sainct-Jean 1616.

En vérité, matres-chere mere,etmoyestout(i) suisgrandement touché de la maladie de ceste pauvre chère fille, digne certes d'estre bien aymée. Il faut attendre ce que Dieu fera, et nonseulement l'accepter, mais, autant que nous pourrons, il faudra l'accepter aggreablement et ainyablement. J'espère qu'il la nous

(1) Aussi.

laissera; il y en a tant d'autre? qui sont eschappées, après avoir jette le toc (1); et qui ont esté moins assistées qu'elle ne sera. Toutesfois je resplique : Ainsi que la volonté de Dieu sera au ciel, soit faite en terre.

Si elle esloit preste à passer, on pourroit luy faire faire la profession simplement, en luy lisant devant Toblation et les vœux qu'elle confirmeroit, sinon qu'elle-mesme la peust prononcer. On la pourroit enterrer à Teglise, car elle est assez bénite en la bénédiction des fondemens que nous tlsmes en la position de la première pierre. 11 faudroit faire venir le vicaire de Sainct-Maurice et trois ou quatre preslres avec luy, pour faire Toffice et mettre simplement quatre cierges blancs aux quatre coings du corps. Vous pourrez donner audit vicaire un ducaton, et aux autres prestres à chacun huict sous d'aumosne, affin qu'ils disent messe pour elle. Pour le reste, vous vous conseillerez. Mais qu'elle vive ou meurre, je luy donneray on la saincte Messe que je vay dire la sacrée bénédiction de Dieu et de son Eglise. 0 ma tres-cliere Mère, mon cœur, mes esprits et mon ame s'esmeuvent en disant cecy; car j'ayme toutes nos filles tres-cordialement et celle-là avec une spéciale tendreté.

Mais surtout, en pleurant, deschargez bien vostre cerveau; reposez-vous convenablement et vous divertissez le plus doucement que vous pourrez; prenez bien souvent des raysins un peu amollis au vin et eau chaude, et en somme ayez soing de vous conserver-là, caricy ne doubtez point, je suis un certain homme qu'il n'y a rien à craindre, sinon quand je le diray moy-mesme, ma tres-chere Mère. Saluez et bénissez mille fois ceste chère fille de ma part, et ma sœur M. Michel.

Dieu soit à jamais nostre tout, et sa volonté nostre amour. Amen,

P, S, On ne peut partir que le tems ne s'accoise à cause des ruisseaux; mais soudain qu'il sera remis, je feray porter la présente.

(1) Jeter le toc, être à l'agonie.

LE FONDATEUR D ORDRE

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