‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 124 sur 185 · DLVII · texte numérisé non relu

DLVII

Le Cardinal Bellarmin, à S. François dédales.

Besponse à la lettre du 10 Juillet 1616. — Le Cardinal fait cognoistre à nostre Sainct que sa demande a des difflcultez ; il adjouste cependant qu'il s'y intéressera de tout son pouvoir.

Rome , 29 décembre 1616.

Etsi fortassè non multis QuoYQUEpeut-estre dans Rome

in Urbe Reverendissima Am- VostreSeigneurieReverendissime

plitudo vestra notasit, raihi ne soit cogneue que d'un petit

tamen à multis annis virtu- nombre, pour moy, je cognois et

tes vestree multae et magnae révère depuis longues années vos

notissimee sunt; neque mihi vertus sinombreusesetsigrandes;

tantùm , sed etiam Sanctis- et nostre Tres-Sainct Père aussi

simo Patri nostro nota est est instruict de vostre vigilance

vigilantia pastoralis et cha- pastorale, et de la charité avec

(1) n n'y avait alors que trois monastères : Annecy qui avait pour supérieure S'« Chantai; Lyon, confié à la Mère Fabre, et Moulins qui vouait cPétre fondé par la Mère de Bréchard.

laquelle vous gouvernez vostre trouppeau.

Pour venir aux vierges et aux veufves que Voîître .Seigneurie me recommande, je vou^ ad voue que je suis fort en peyne, tant parce qu'il n'y a personne icy, que je s<jache, qui s'intéresse dans ceste négociation, que parce qu'il est certain qu'on ne pourra jamais obtenir du Sainct-Siege l'establissement en tiltre de religion avec les trois conditions énoncées dans vostre lettre. Quoy qu'il en soit, je suis prest à entrer de tout mon pouvoir dans les veues de Vostre Reverendissime Seigneurie, pourveu que quelqu'un ^'^enne icy solliciter ceste affaire ; car jusqu'à présent je n'ay veu personne, et je ne sçay mesme à qui donner la lettre que j'escris.

Je veux cependant vous donner un conseil , que je prendrois pour moy-mesme si j'estois dans le cas où vous estes : je laisserois ces filles et ces veufves dans Testât où elles -sont, et je ne changerois point ce qui est bien fait. Avant Boniface VIII il v a voit des religieuses, tant en Orient qu'en Occident. Nous en avons pour garans les Saincts Pères, àsçavoir : parmy les Latins, S. Cyprien, S. Ambroise, S. Hierome et S. Augustin; entre les Grecs, S. Athanase, S. Chrysostome, S. Basile, et plusieurs autres. Or, ces religieuses n'estoient point tellement enfermées dans leurs monastères, qu'elles ne sortissent dehors quand

ritas in gregem prcpriam ReverendissimaB E»«jminationis vestrae.

Sed quod attinet ad negotium virginum et viduanim, quod mihi Amplitudo vestra comraendat. non scio prorsùs quid agara : tum quia nerao hic est, quod sciam, qui CHusara sollicitet; tum quia certum est cum illis tribus conditionibus obtineri non posse ab Apostolicà Sede, ut conSrmetur vera monasticaprofessio. Egoquidem paratus sum pro viribus adjuvare propositum Reverendissimae Dominationis vestrœ, si quis sit qui ad me veniat, et negotium urgeat.

Hactenùs enim neminem vidi, nec satis scio oui litteras tradam quas nunc scribo.

Sed tamen intérim consilium dabo, quod mihi ipse acciperem , si res mea ageretur. Ego igitur retinerem virgines et viduas istas in statu in quo sunt, nec mutarera quod benè se habet.

Nam ante tempora Bonifacii VIII, erant in Ecclesià sanctimoniales , tum in Oriente , tum in Occidente , quarum ssepè mentionem faciunt sancti Patres : ex Latinis, Cyprianus, Ambrosius, Hieronymus, Augustinus ; et ex Grcecis, Athanasius, Basilius, Chrysostomus, et alii. Sed illee non erant ità clailsœ in monasteriis, ut non exirent

LE FONDATEUR D ORDRE

quando opus erat, Nec ignorât Amplitudo vestra, coram Deo vota simplicia non minus obligare, nec minoris meriti esse, quàm solemnia ; solemnitas enim, ut etiam clausura, inchoata est ecclesiastico instituto ab eodem Bonifacio VIII.

Et nunc etiam Romae floret valdè monasterium nobilium feminarum à sanctâ Franciscâ Romanâ institutum, in quo tamen, neque clausura est, nec solemnis illa professio.

Proindè , si in istâ regione sine clausura et sine professione virgines et vidues tam sanctè vivunt, ut audio , et simul prodesse possunt saBcularibus, non video cur ista ratio vivendi mutari debeat. Hoc tamen consilium meum meliori judicio libenter submitto.

Accepi, dùm hanc epistolam scriberem , alias litteras Reverendissimaô Dominationis Vestrse pro negotio Avenionensi, pro quo laborabo quantum potero. His benè valeatReverendissimaDominatio vestra, meî memor in sanctis precibussuis. Admodùm IllustrissimaB et Rev.

Dominationis Vestrœ addictissimus , atque ad obediendum promptissimus.

ilestoit nécessaire. Et VostreReverendissime Seigneurie n'ignore point que les vœux simples n'obligent pas moins et ne sont pas de moindre mérite devant Dieu que les vœux solemnels; puisque la solemnité, aussi bien que la clausure, a commencé depuis le décret ecclésiastique du mesme Pape.

Aujourd'huy mesme, le monastère des nobles dames, institué par S*® Françoise Romaine, qui fleurit merveilleusement dans Rome, nous fournit un exemple de cest ancien usage; car ses religieuses n'ont ny clausure ny profession solemnelle.

C'est pourquoy, si dans vostre pays sans la clausure et la profession, les filles et les veufves vivent aussi sainctement que je Tentens dire, et peuvent en mesme tems estre utiles aux personnes du siècle, je ne voy pas pourquoy ceste façon de vivre devroit estre changée. Toutesfois, si quelqu'un a un meilleur advis à vous donner, j'y sousmets volontiers le mien.

En escrivant ceste lettre, j'en ay receu de vostre part qui regardent l'aflaire d'Avignon : je m'y emploieray de tout mon pouvoir.

Je désire que Dieu conserve Vostre Seigneurie Revendissime; et je la prie de se souvenir de moy dans ses sainctes prières, estant, Monseigneur, vostre tout aflectionné et tout prest à vous servir.

i82 LETTRES.

DLVIU.

S. François de Sales, à Madame dWiguebellette,

«or L'eremité ; et sat raicac île ioaté de V.-nIami* de Channal.

Or bien, ma tres-chere QUe, nous finissons ceste année en un jour; à la suite de la bonne dame de Fruité, nous finirons nos années pour commencer nostre éternité.

Ahl ma fille, c'est ceste éternité que surtout je vous souhaitte très- heureuse, et à cause d'elle vous vivez tousjours présente à mon cœur qui se resjouyt de voir que vous persévérez à vouloir de tout le vostre servir sa divine Majesté en saincteté et pureté. Faites bien cela , ma chère fille , et parmy les orages des affaires importuns de ce misérable siècle, affermissez- vous souvent auprès de ce Sauveur, qui est venu apporter la paix , la douceur, la tranquillité aux gens de bonne volonté. Xostre pauvre M"* de Chantai a eu une attaque pareille à celle du moys d'aoust dernier; mais maintenant elle est presque guérie. Et toute ceste petite trouppe fait bien devant Dieu et devant les hommes. Nostre Chatel, particulièrement la chère cousine, fait de mesme, et je ne manqueray pas à luy faire vos recommandations.

Bonjour et tres-bon an , ma tres-chere fille , je vous escris sans haleyne et loysir, et suis entièrement tout vostre . etc.

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