François de Sales, à Madame la comtesse de San Secondo
née de Challant,
Sainct François luy envoyé les Bogies des Sœurs de la Yisitation , et l'entrotient de l'approbation que l'on sollicite à Rome de Sa Saincteté.
Annessy, 25 avril i617.
Madame, bien que je n'aye pas le bonheur d'estre cogneu de vous, si est-ce que je ne laisse pas de recognoistre en vous les qualitez par lesquelles vous méritez d'estre honnoréé de tous ceux qui font profession de l'honneur, dequoy madame la baronne de Giez, ma cousine, se rendra, je m'asseure bien, ma caution. Mais laissons cela à part. Le subjBt de vostre lettre qu'il vous a pieu de m'escrire, me tesmoigne assez que vous avez dédié vostre amour à Dieu, et que faut-il davantage pour m'obliger à vous dédier mon service? je le fay donc de tout mon cœur, et à Madame la signera dona Genovefa, bénissant la bonté souveraine de N. S. qui , par ses célestes attraicts, vous a donné de si désirables affections. Or voyla les Règles de la Visitation, esquelles neantmoins on n'a pas entendu les derniers articles, parce que ils comprennent des formulaires assez longs, et qui ne regardent pas tant les actions communes des sœurs, comme les particulières formes et cérémonies dont on use en leurs réceptions seulement. Mais si vous les desirez encor, je vous les
envoyeray au premier advis que vous m'en ferez donner, comme encor les pratliques des Règles, qui est une besoigne à part, bien qu'après tout cela il faut que vous sçachiez que les Règles sont à Rome, où Ton sollicite pour réduire ceste Congrégation en Religion, et peut-estre que S. S. fera adjouster quelque chose, ce que je ne pense toutefois pas devoir estre chose d'importance, puisque, comme nous escrit celuy qui a l'affaire en main, il n'y a point d'autre difGculté sinon pour le regard de l'Office que les Messieurs qui ont l'intendance de cela veulent estre le grand office du Bréviaire, et nous désirerions que ceste Congrégation ne fust obligée qu'au petit Office, affîn qu'elle continuast à le chanter avec la gravité , distinction, tranquillité, et pour le dire en un mot, avec la saincteté que ces âmes le prononcent maintenant ; et pour obtenir ceste grâce nous employons la faveur de Monsieur l'Ambassadeur, qui, avec le nom de Madame la S"® Infante, fera à mon advis reiissir heureusement l'affaire en quoy la signera dona Genovefa n'a pas peu de crédit. Cependant vivez et l'une et l'autre toutes en Dieu, hors lequel la vie est une mort, et auquel la mort est une heureuse vie. Que si vous me faites la faveur de demander à sa divine Majesté une pareille grâce pour moy, ce sera m'obliger de plus en plus à vouloir estre pour jamais, Madame, vostre plus humble et tres-affectionné serviteur en N. S. — François, ev. de Genève.
DLXV.