François de Sales, à une Religieuse de la Visitation
Le Sainct la console sur la mort de son perc.
29 may 1017 (1).
Ma tres-chere fille , hyer nostre Mère me fit voir vostre dernière lettre , et la nouvelle du trespas de Monsieur vostre père. Ne doublez point que je ne prie pour luy, car c'estoit le père de ma tres-chere fille, qui m'est, je vous asseure, infiniment chère , et aux desplaysirs et playsirs de laquelle mon cœur participe tres-affectionnement. Mais icy, hors le sentiment naturel, il y a occasion de saincte consolation , puisque ce bon gentilhomme s'en est allé en une bonne vieillesse, et, ce qui importe, en une bonne disposition spirituelle. Donc, ma tres-chere fille, demeurez consolée.
(1) Lundi après la Fête-Dieu.
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Et nous rendez la pareille par vos prières pour mon pauvre cher frère de Thorens, lequel estant allé en Piedmont avec un régiment de mille hommes, y fut ensevely mardy passé, comme on vient de m'escrire, et comme je m'attendpis il y a trois jours, sçachant la qualité de la maladie. Or, pensez, ma tres-chere fille, où ceste affliction me touche, et voyez si la mienne n'est pas surchargée de celle de sa pauvre petite (1) et de nostre Mère, à qui il faut que ce matin j'aille oster le peu d'espérance qui leur estoit restée après les premières nouvelles de cest accident , sur lesquelles nous avons mille et mille fois adoré le décret de la Providence divine, et avons jette nos cœurs entre les mains de Dieu avec esprit et sousmission , répétant i Oui, Seigneur; car ainsi il a esté aggreable devant vous (Matth. i2). Et nous n'avons aussi à dire autre chose en tout ce que Dieu fait, sinon, Amen.
Ce pauvre garçon est mort le premier jour de son arrivée en ce pays-là, d'une fiebvre pestilentielle, dans le sein de l'Eglise, muny des sacremens reçeus avec de grands sentimens de religion, sous la direction du bon Père dom Juste (2). Helas! qu'il est heureux , ce me semble ! Mais il est pourtant impossible que je ne pleure sur luy. Vous ne sçauriez croire combien il estoit accomply, combien il s'estoit rendu aymable 4 chacun, combien il s'estoit signalé aux yeux du prince , en l'occasion de Fannée passée : et sur cela le voilà emporté. Mais Dieu est bon, et fait toutes choses en sa bonté. A luy soit honneur, gloire et bénédiction.
Le pauvre Chevaher (3) est encore là, qui aura esté spectateur de ce triste trespas , et peut-estre en sera-t-il le sectateur.
Dieu soit beny en la vie et en la mort des siens. Amen.
(1) Sa femme, Marie- Aimée de Chantai.
(2) Barnabite , qui a été depuis évéque de Genève , et deuxième successeur du Sainct dont il était parent.
(3) Janus de Sales.
DLXVI.
S, François de Sala, à une Religieuse de la Visitation,
n faat seirir et aymer Diea parfaictemcnt sans a'estonner des difficoltez.
30 juin 1617.
Vous pouvez penser, ma tres-chere fille, ma sœur, et jecroy que voslre cœur vous le dit assez, que j'ay une extrême consolation dans le mien, quand vous m'escrivez de vos nouvelles; car, puisqu'il a pieu à Dieu, je suis le cher frère et le père tout ensemble, mais le plus affectionné et sincère que vous sceussiez imaginer.
Or, faites bien, ma chère ame, vos petits efforts doux, paysibles et aymables, pour servir ceste souveraine bonté, qui vous y a tant obligée par les attraicts et bienfaicts dont elle vous a favorisée jusqu'à présent : et ne vous estonnez point des diffîcultez; car, ma tres-chere fille, que peut-on avoir de précieux sans un peu de soing et de peyne? Il faut seulement tenir ferme à prétendre à la perfection du sainct amour, affin que l'amour soit parfaict; l'amour qui cherche moins que la perfection ne pouvant qu'estre imparfaict.
Je vous escriray souvent ; car vous sçavez le rang que vous tenez dans mon esprit, le tout joygnant nostre Mère à laquelle je vous prie de me recommander : car, bien que je luy escrivé, si est-ce qu'il faut un peu employer vostre entreprinse pour la recréer et resjouyr ; d'autant qu'elle prend playsir à sçavoir que vous estes tres-parfaictement ma tres-chere fille, et que vous me chérissez en ceste qualité-là. Dieu soit au miheu de vostre cœur et de celuy de nostre chère sœur, qui est,'certes, ma fille de tout mon cœur, au moins je le croy, et le veux toujours croire pour mon contentement.
DLXVII.
S. François de Sales, à une Supérieure de la Visitation,
Exhortation à la pureté d'intention ot à une courageuse humilité.
Avant le 30 aousl 1617.
Ma tres-chere fille, ce m'a esté une grande satisfaction de vous sçavoir auprès de ma sœur N., où vous estes cooperatrice en l'establissement de ceste nouvelle mayson. Tenez vostre cou-
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rage humblement eslevé en Dieu, ma tres-chere fille : servez-le fldellement, faites toutes vos œuvres pour son bon playsir ; car à cela estes- vous appellée. Donnez, le plus que vous pourrez, l'esprit d'une três-humble, mais courageuse simplicité, et de l'amour de la croix à ces âmes que vous nourrissez, affin qu'elles soient aggrables à celuy qui désire les rendre ses espouses. Dieu soit au milieu de vostre ame, ma tres-chere fille, et je suis eu luy vostre , etc.
DLXVIII.