François de Sales, à Madame de Chantai
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Ma trei-chere Mère, voicy le compte de ma jouraée. Ayant pas.T*: toute la rnatin^^e à Sainct-Gerraain . et deux heures tant au chemin qu'en chaire, et une heure et demie avec des dames «qui me sont venu voir; après le sermon, j'ay treuvé le bon M. Berger, qui ira voir M. le grand Vicaire pour luy annoncer et fayre treuver bon le jour auquel vous commencerez à paroistre, estimant que ce compliment estoit nécessaire. De là, je suis allé chez Madame la marquise de Verneuil, que j'ayme certes bien, car elle est à mon advis bien franche. Or, elle m'a dit enfin qu'il falloit prendre la mayson qui est près de Thostel de Guyse et qui est, ce dit-elle, à Mademoiselle de Creil: et qu'elle la nantira d'une rente, qu'elle respondra de valoir 24 mille escus : dont par âpre:? vous luy tiendrez compte à commodité, ce qu'elle veut donner de traict. Elle dit plus, que l'hostel du cardinal de Guy^e, qui est proche de ceste mayson, nous sera encor vendu si nous voulons. Mais prenez garde neantmoins qu'on ne luy desrobe pas ses tapisseries. Ne voilà pas une bonne négociation? Dieu soit au milieu de nostre cœur, ma tres-chereMere.
DCVI.
S. François de Sales, à Madame de Chantai,
Le Salnct lay fait pftrt d'une malaïUe qu'il avoit esânyée >i Mantes, du remède qu'y avolt
apporté une femme, et de sa convalescence.
Avant le 31 juillet 1619.
Ma tres-chere Mère, il est vray que je suis revenu tout gay, à mon advis. Les cinq premiers jours de mon séjour à Mantes je
(1) Un exemplaire de la Règle : on peut croire que nos saints fondateurs étaient ensemble à Bourges, et qu'il s'agissait de donner quelques expUcations qui devaient aider le monastère de cette vUle.
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fus travaillé de foiblesse et d'iaquieltude. La femme de Port- Royal, qui est une archimedecine, me traitta, tout à fait comme il le falloit, avec de Teau de rhubarbe que je meslois avec mon •vin, qui me purgea et me restreignit insensiblement. Depuis, je me porte bien, non pas pour aller faire encore de grans efforts , mais pour me renforcer de jour en jour.
Si je puis, je vous iray voir ceste apres-disnée, non toutesfois pour vous entretenir, mais c'est après avoir confessé des dames qui n'attendent que cela pour s'en aller aux champs; et je ne voy pas que passé cela je me trouve fort occupé , que pour aller dire mes adieux tout bellement. Bonjour, ma chère Mère, Nostre Seigneur soit au milieu de nostre cœur. Amen,
DCVII.
S, François de Sales, à Madame de Chantai,
n luy apprend qu'il a obtenu du clergé une pension de trois cens livres pour une personne
de sa cognoissance.
31 jaillet i619.
Les lettres sont de Monsieur de Muchere , vostre nepveu bienaymé, qui me fît la faveur d'une requeste que j'avois addressée au clergé pour M. Boucard, et a obtenu cent escus de pension annuelle; reste que je m'essaye de gaignerceux qui doivent les deslivrer.
Ce matin à quatre heures le flux de ventre m'a reprins, et m'a mené huict ou neuf fois jusqu'à disner : il semble que cela soit un peu accoysé maintenant; c'est pourquoy j'ay envoyé à ces bonnes dames leur dire que sur les deux heures je pourray avoir l'honneur de leur visite; et si Monsieur de MennevÙle venoit sur les quatre heures, j'en serois bien ayse. Cependant il faut avoir patience de demeurer sans vous voir pour cejourd'huy, et de demeurer sans rien faire ; car j'ay contremandé partout où j'avois promis de prescher; et, ce qui m'a bien fasché, j'ay contremandé le Père Recteur du noviciat des Jésuites , qui a les Quarante-Heures et les octaves du bien-heureux Ignace, duquel j'avois désir de parler; mais il faut demeurer en paix en tout nostre cœur, et unis en la tres-saincte volonté de Nostre Seigneur.
Bonsoir, ma tres-chere Mère : j'ay grand désir de vous entretenir et apprendre de vous les pensées de vostre bon seigneur de Lyon.
La bonne Mere de Port-Royal (1) me prie de la recommander derechef à vos prières; je le fay de tout mon cœur. Dieu soit à jamais vostre vie , ma tres-chere Mere , Amen; et de toute vostre petite trouppe.
DCVIII.
S. François de Sales, à Madame de Chantai ^ à Paris.
Les religleusee de la Yisitatlon peuvent admettre & la profession les personnes Infirmes, .
et oelles mesme qui ont des diflormltez de corps.
Ma tres-chere Mere , puisque le Révérend Père et vous treuvez bon de donner la somme que vous me marquez, je Tappreuve grandement , puisque cela est plus conforme à la douceur que Nostre Seigneur enseigne à ses enfans. Je voudrois pourtant bien que ceste chère fille prattiquast de son costé ce mesme enseignement, et j'espère qu'elle le fera un jour. 0 que la paix est une saincte marchandise qui mérite d'estre acheptée chèrement!
Je ne croy pas que Monsieur le curé de Sainct-Paul vous fasse aucune sorte d'ennuy, puisqu'il n'y a point de religion qui porte tant de respect aux curez que la vostre , ny qui ayt tant de convenance avec Testât ordinaire de l'Eglise.
J'ay treuvé fort bon que la supérieure puisse ester, quand bon luy semblera, les offîcieres , comme c'est à elle de les establir.
Je suis bien ayse aussi que vous aymiez les boitteuses, les bossues, les borgnes et mesme les aveugles, pourveu qu'elles veuillent estre droictes d'intention ; car elles ne laisseront pas d'estre belles et parfaictes au ciel; et, si l'on persévère à faire la charité à celles qui ont ces imperfections corporelles, Dieu en fera venir contre la prudence humaine une quantité de belles et aggreables , mesme selon les yeux du monde. Ma tres-chere Mere,* je suis tres-parfaictement vostre , etc.
(1) Madame Angélique Arnauld, abbesse de Port-Royal. Nous verrons plus loin la correspondance de notre Saint avec cette femme trop célèbre .
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