‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 22 sur 185 · CCLXXXIX · texte numérisé non relu

CCLXXXIX

A Son Altesse Charles-Emmanuel l"", duc de Savoye.

A Ripaille.

Aniesii, Il rdiirâr I6IS.

Monseigneur, entre les saincts projects que Dieu inspira à V. A. tandis qu'elle fut icy, pour restablir le lustre du service divin en ce pays de deçà, l'un estoit de mettre les Pères Chartreux à Ripaille, qui de tous tems ont eu une tres-particuliere obligation et fidelle affection â la Couronne de Savoye, et desquels la vie et les offices sont d'une merveilleuse ediGcation. C'est pourquoy. Monseigneur, le P. Dom Laurens de Sainct-Sixt estant par delà, j'ay creu que ce seroit à propos d'en ramentevoir V. A., à ce qu'elle oye avec confiance ce qu'il luy en représentera, puisque non-seulement iia pource subjet la créance de son gênerai, mais aussi une spéciale Gdellité au service et à l'obeyssance de S. A., de laquelle 0 est nay subjet et vassal;

l'evesque. 1 07

et cependant je prieray Dieu qu'il comble de ses grâces V. A., à laquelle faysant tres-humblement la révérence, je suis, Monseigneur, tres-humble , tres-obeyssant et tres-fidelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

A S, A. CharleS'Emmanuel P^, duc de Savoy e.

s. François recommande à S. A. les affaires de la saincte maj'son de Thonon.

A Nostre-Dame de Myans , le 28 febvrier 1618.

Monseigneur, la saincte mayson de Thonon ne peut subsister que par la bonté et libéralité de S. A. qui en est la fondatrice, et laquelle partant est supplyée maintenant sur divers articles, desquels la resolution et exécution est nécessaire pour maintenir laditte mayson, ainsi que le sieur Gilette, présent porteur, représentera. Playse à V. A. S. d'estre favorable à ce bon œuvre, comme elle Test ordinairement à. tous : c'est la supplication seule que pour le présent je luy fay, et qu'elle me fasse la grâce de m'advoiier tousjours, Monseigneur, son tres-humble, tresobeyssant et tres-fîdelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

A S. A, Charles-Emmanuel F^, duc de Savoy e,

Sainct François intercède auprès de S. A . , pour la liberté du Père Angelo Galcagnio , gardien des Obserrantins de Playsance , destenu à Cbambery .

A Grenoble, 8 mars 1618.

Monseigneur, le Père Frère Angelo Galcagnio, gardien des Observantins de Playsance , est prisonnier dés il y a trois mois à Chambery, et parce que je Tay souvent veu à Annessy, où il a quelquesfois demeuré des mois entiers avec son frère, et n'ay jamais rien recogneu en luy contraire à la pieté et religion, je l'ay visité en sa prison où je Tay treuvé comme un homme que le tesmoignage de sa conscience tient asseuré, et parce qu'il m'a demandé pour l'amour de Dieu mon intercession auprès de V. A., je ne la luy ay peu refuser; c'est pourquoy, croyant fermement que rien ne se treuvera contre son innocence, je fay tres-humble supplication à V. A. de luy vouloir despartir sa faveur pour sa briëfve sortie , et son renvoy en son cloistre. Dieu fasse de plus

en plus abonder ses grâces sur la personne de V. A., à laquelle

je suis, Monseigneur, tres-humbie, tres-obeyssanl el tres-fidelle orateur et serviteur, — Fr.4kçois, evesque de Genève.

A S. A. Charles-Emmanuel I", duc de Savn/je.

Balnct Françala Oemutrle à S. A. le pHyement d'une peniilan de cent escatt assigiu

Il y a dix-sept ans, qu'à la poursuiltede l'evesquede Genève, fut obtenu un arrest du Sénat par lequel les cures d'Armoy et de Draillans furent adjugées à leurs curez et légitimes titulaires. Mats soudain après, par commandement exprès et absolu de S. A. S., pour certaines justes et extraordinaires considera- I tions , lesdites cures furent remises à la viUe de Genève, les cu-

z en demeurant privez; et parce que S. A., selon sa pieté, voulut que neantmoins l'exercice catholique fust continué es dittes deux paroisses; et à ces fins ordonna que cent escus d'or seroient deslivrez annuellement aux deux prestres qui feroient ledit exercice, assignation donnée sur la gabelle à sel, de laquelle somme neantmoins on n'a jamais peu estre payé que pour trois ans; de sorte que les ecclésiastiques desservants es dits bénéfices ont esté conlraincts de s'entretenir d'empruns faits tant par eux, que par ledit evesque, et parce que la pieté, équité et la justice requièrent qu'à l'avenir ledit exercice catholique soit continué, et par conséquent les prestres entretenus.

Son Altesse est supplyée en toute humilité de faire poser ce payement au bilan pour ceste année, et les suivantes, et comme encore pour arrérages.

A S. A. Charles-Emmanuel I" , duc de Savoije.

d'Armoy et Se Drall

Monseigneur, je fay en toute humilité action de grâces à V. A. de la lettre qu'elle a escrite à M. te marquis de Lans, affin qu'il mist ordre à faire payer les curez d'Armoy et de Draillans,

qui de si long-tems estoient en extrême disette , et prests à quitter leurs charges, si je ne les eusse soulagez.

J'espère, Monseigneur, que ledit seigneur marquis effectuera l'intention de V. A., ainsi qu'il m'a asseuré à mon retour de Grenoble; et ne me reste qu'à la supplyer tres-humblement de vouloir tousjours ainsi protéger les affaires du service de Dieu, qui ensuitte multipliera ses grâces sur la vie et la personne de V. A. S., à laquelle je fay tres-humblement la révérence, et de laquelle, Monseigneur, je suis tres-jiumble , tres-obeyssant et tres-fidelle serviteur et orateur. — François, evesque de Genève.

S. François de Sales, au Gouverneur de la ville de Gex.

Le Sainct le félicite sur le restablissement de sa santé : il luy recommande de la bien conserver et d'en faire un sainct usage ; ensuitte il recommande à sa charité un nouveau converti de Gtex, que les mauvais traittemens des hérétiques avoient obligé de s'exiler volontairement.

Annessy, 9 juillet 1618.

Monsieur mon tres-cherfîls, je ne VOUS sçaurois dire de combien d'afflictions mon cœur a esté tourmenté parmy les incertitudes de vostre santé. Que de divers advis j'ay reçeus il y a environ deux mois! Mais Dieu soit lotie, qu'après avoir pleuré et amèrement regretté sur vostre trespas qu'on m'avoit annoncé, je bénis sa divine Majesté, et la supplie avec une incomparable consolation pour vostre vie, que, certes, vous devez meshuy chérir, Monsieur mon très-cher fils, puisque vous voyez combien elle est désirée , comme très-utile, par tant de gens de bien. Car on m'escrit de Gex que parmy tout vostre gouvernement on a fait des actions de grâces publiques à la divine Bonté pour vostre guerison ; et en ce pays mesme de deçà, si on ne les a faites publiques, on les a faites générales, et moy je les ay faites tres-particulieres , comme ayant receu en vostre conservation un des plus singuliers bienfaicts que j'aye receus il y a long-tems,

Aymez-la donc, vostre chère vie, Monsieur mon très-cher fils, et faites ensuitte deux choses pour son bien : l'une sera de la conserver soigneusement par les moyens convenables, et ayant et appuyant Tinfirmité d'icelle , et le penchant que l'aage et les maladies luy ont causé , par le repos et règlement propre à cela.

i 11) l,KT-iKh.S.

L'autre et la première sera que, si jusqu'à présent vous avez eu intention de dédier tous les momens de vostre vie présente à l'immortalité et éternité de la future, vous en redoubliez la re- I solution et les vœux, comptant les jours et les heures, et les I employant aPTectionnemenl à vostre ailvoncement en l'amour divin, à l'amplification de la pieté parmy les mondains, et ea somme, à l'exécution des saînctes vertus que la grâce de Dieu et vostre bon naturel vous ont fait aymer et désirer il y a longtems. Pour moy, je ne cesse point, certes, de prier àce dessein, que, par un asseuré pressentiment, je vois desjà, ce me semble, tout exécuté, avec un surcroisl de consentement indicible de sçavoir combien Monsieur vostre frère fraternise heureusement pour ce regard.

Au demeurant, Monsieur mon Fds, le jeune Bursal, de Gex, s'estant converti à lafoy catholique par la bonté de Dieu, a tant j receu de mauvais et indignes Iraittemens en sa patrie par ses I bourgeois et mesme par ses proches, qu'il a esté contrainct de se retirer â Paris , où il a pensé de pouvoir treuver quelque condition de service pour s'entretenir; et nos ecclésiastiques de Gex m'asseurent qu'il est fort bon enfant: ce qui me fait vous supplyer tres-humblement, Monsieur mon fils, d'avoir quelque soing de luy; affin que l'on voie que ceux qui abandonnent cesle fausse religion pour embrasser celle du roy et du royaume, qui est la seule vraye rehgion, ne sont pas abandonneu de ceux qui tiennent les meilleurs rangs au service du roy et de la couronne. Vivez longuement, heureusement et sainclement; c'est le souhaict personnel, Monsieur mon fils, de vostre tres-humble, etc.

s. François de Salrs, au Supérieur d'une communauté.

Il Inî Bscrit en taveor d'un religions qnl sToit esbé cliassé ilo «in Orilra.et qui. paroliB«nl astre flans lee esnllmens d'une Ferlubla poniteoca. liOBlrolt d'yrDniror.

Annosy. 1<I Joillel ISIS.

Mon Révérend Père, le frère N. vint à moy au plus fort de son affection, et puis dire qu'il estoit plus mort que vif, tant sa désolation estoit extrême. Et je me ressouvins de celuy qui lignum fnmigans non extinf/Hit, et quod confractum est non conterit{i). Il me présenta ses patentes de démission, éjection, ex-

(J) Celui qui n'éleinl pas la intche qui funifi encore el, ne foulii ]>as aus pieds

l'evesque. m

pulsion de l'Ordre, et par ses larmes impetra aysement de moy le séjour de quelques sepmaines en ce diocèse : pendant lesquelles je fus à Lyon pour visiter Monseigneur l'Archevesque , chez lequel mon Révérend Père V. me parla, et pour dire ma pensée, il me parla selon mon cœur : car il me recommande ce pauvre homme, prestre, et lyé par les vœux de religion, affin qu'il fust aucunement consolé. Depuis je fis encore plus volontiers ce que je voulois faire en charité autour de ceste ame.

Mais, mon Révérend Père, c'a toujours esté avec ceste reserve, qu'elle respecteroit et honoreroit en toute occurrence vostre Ordre, et se comporteroit humblement envers tous ceux qui en sont; et sur vostre advertissement, je tiendray encore plus fortement la main sur luy pour cela, tandis qu'il demeurera dans mon diocèse, ne désirant rien que de donner satisfaction aux religieux, et particulièrement à ceux de vostre condition.

Mais, mon Révérend Père vous me proposez le retour de ceste brebis en vostre parc ; je croy qu'il ne desireroit pas mieux, et surtout s'il vous playsoitde Tasseurerque vous favoriserez sa bonne intention de quelque doux conseil , et de quelque moderation en la pénitence que peut-estre vos Constitutions ordonnent à ceux qui reviennent. Que si vous prenez le soing de me tenir averti de vostre volonté pour ce regard, je coopereray à ceste bonne œuvre de tout mon cœur; duquel, vous saluant bien humblement, et vous souhaittant toute saincte bénédiction, je demeure, mon Révérend Père, vostre, etc.

S. Frafiçois de Sales y au roy Louys XIIL

Le Sainct recommande au Roy le gênerai des Celestlns , commûsaire apostolique , qui vient pour accommoder quelques différends des religieux de son Ordre en France.

Annessy. 31 juillet i618.

La Congrégation des Celestins, agitée maintenant en France de quelque contention , espère que la venue de son abbé gênerai qui est de plus commis expressément par nostre Sainct- Père le Pape, calmera et accoysera aysement leur petite mer; mais surtout si l'œil de Vostre Majesté en favorise le dessein : c'est de quoy. Sire, vostre justice et pieté est supplyée treshumblement par ceste trouppe de tres-fidelles subjets et tresdevots orateurs, que Vostre Majesté a en cest Ordre, tousjours jusques à présent de grande édification , et mesme sous vostre

■couronne royale, laquelle les a aussi lousjoura gratiliez ^Bpeciale protection; et puisque il a désiré que j'adjoutasse ma s-humble recommandation â leur demande, je le fais, Sire, avec toute révérence, quoyque je me sente tres-indigne d'approcher le throsoe de Voslre Majesté , parce que la renommée de vostre debonnaireté et dévotion me promet autant d'accez auprès I de vostre esprit royal, que ma bassesse me donne de juste I Bubjet de respect et de vénération. Playse à la souveraine mi- I eericorde de Dieu de vous bénir, Sire, d'une très-longue, tres- ] heureuse et Ires-saincle royauté; souhaict continuel que je fais I pour Vostre Majesté, comme estant son tres-humble, Ires-obeysf sant orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

A S. A. Charles-Emmanuel /"", duc de Savoye.

Monseigneur, cependant que j'attens plusieurs grâces de la bonté de Vostre Altesse, desquelles je l'ay supplyée cy-deyant, les occasions de luy en demander de nouvelles me naissent tous les jours.

On avoit establi un curé à Sainct-Julien , qui jusqu'à présent a rendu fort bon devoir en sa charge, ainsi comme j'ay apprins de plusieurs personnes dignes de foy. Le peuple d"aientour en avoit receu un grand profict; maintenant il est contrainct d'abandonner la cure qui est en commande à Messieurs de Sainct-Lazare, et est de bon revenu.

Ceux de Bernex, qui sont à une lieue de Genève, au bailliage de Ternier, m'ont addressé une requeste pour avoir l'exercice catholique, comme si j'en avois le pouvoir ou l'authorité.

Je représente toutes ces nécessitez à Vostre Altesse de laquelle despend tout le remède. Je ne dois pas aussi oublier la nécessité du lieu où je suis. Le Père Esprit, capucin prédicateur, estant venu icy, où il apporte très-grande consolation à tous les gens de bien, et a luy-mesme esté consolé d'y en voir plus qu'il ne pensoil, voyant que ceux de la ville s'opiniastroicnt si fort à ne point oijyr les prédications cathobques , voulut vendredy dernier remoostrer publiquement, mais gracieusement, au ministre, la fausseté de la doctrine ; sur quoy, les bourgeois empoignent le ministre par le bras, et le tirant par force hors du lieu, dirent

l'evesque. H3'

que Vostre Altesse ne vouloit pas qu'ils traitassent avec nous de la religion : je respliquay que nous n'estions toutesfois icy pour autre , que pour traitter des choses de leurs consciences. Ils ne m'en croyoient pas, et me dirent que Vostre Altesse ne leur en avoit encore point donné d'advis; que quand elle Tauroit fait, ce seroit autre chose. Là or, Monseigneur, je me sens obligé en mon ame de supplyer tres-humblement Vostre Altesse de faire meshuy sçavoir à ces gens qu'elle aura aggreable qu'ils oiiyent les raysons catholiques ; sans plus treuver ces excuses tant impertinentes que celle-cy : mettre en doubte le bon désir de Vostre Altesse touchant leur salut. Le traitté avec les Bernois ne peut estre altéré, puisqu'on ne force personne au changement de religion; ains seulement on les invite à bien considérer Testât de leur conscience.

Je ne laisseray pas de représenter encore à Vostre Altesse la nécessité du ministre qui les recatholicise, qui ne peut estre secouru que par la bonté de Vostre Altesse, et de ces sept ou huict vieilles personnes catholiques qui sont en extrême pauvreté, pour lesquelles j'ay desjà souvent supplyé Vostre Altesse, afBn que trois ou quatre mois des aumosnes de l'abbaye de Ripaille et Filly, qui ne touchent point en aucune façon les seigneurs chevaliers de Sai net- Lazare, leur fussent appliquez en pension leur vie durant, qui ne peut meshuy estre guère longue. Ce seroit une des plus fleuries aumosnes qui puissent partir des mains de Vostre Altesse, pour la prospérité de laquelle et eux et moy prierons Dieu toute nostre vie, comme je fay dés ores (1), supplyant Nostre-Seigneur Jesus-Christ qu'il accroisse de plus en plus ses bénédictions sur Vostre Altesse, comme estant et devant estre à jamais, etc.

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