CCLXXXVIII
S. François de Sales, an roy Louys XII L
Kœplique aux propositions que le Père Provincial des Carmes de la province de Narbonne avoit faites au roy Louys XIII pour l'établissement d'un couvent de son Ordr« à Grex. Il marque à Sa Majesté les conditions avec lesquelles cela se peut faire ; puis , entrant dans la pensée du Roy, il propose l'establissement de quelques communautés religieuses et autres, et les moyens pour y reiissir.
Âonessy, 21 janvier i618.
Sire, pour obeyr au commandement que Vostre Majesté me fait par sa lettre du dernier jour d'aoust 1617, que je n'ay receue sinon quatre mois après, je diray ce qu'il me semble sur la proposition que le Père Provincial des Carmes de la province de Narbonne luy a faite, pour le restablissement du couvent que ceux de son Ordre avoient jadis à Gex; et attendu qu'il y a quelques restes des édifices et des biens dudit couvent, je croy bien, Sire, qu'il seroitbon qu'ils fussent remis en l'ordre duquel ils despendent, à la charge que le service y fust fait selon la proportion du revenu qui en proviendroit.
Et parce que maintenant il n'y a pas suffisamment pour entretenir une seule personne, s'il playsoit à Vostre Majesté leur ordonner les cent cinquante livres sur les tailles, que ledit Père Provincial luy a demandées en aumosne, il pourroit par ce moyen y colloquer quelque habile et discret religieux, qui, par les voies ordinaires de la justice et des loyx publiques, retireroit petit à petit les pièces esgarées dudit couvent , sans que pour cela aucun ayt à se plaindre, ny que personne en fust grandement incommodé.
Mais quant aux trois cens livres que ledit Père Provincial demandoit sur les autres revenus ecclésiastiques , remis entre mes mains pour le restablissement de l'exercice catholique es églises du bailliage dudit lieu, je ne vois pas que cela luy doive ny puisse estre accordé, veu que tout est remis pour estre employé aux services et offices divins, et à l'entretien et réparation des édifices sacrez, sans qu'on en puisse rien oster, ainsi que j'ay clairement fait voir audit Père Provincial par les comptes de ceux qui, de la part de Vostre Majesté, ont esté establis et commis à la recette desdits revenus ; oultre que, s'il y avoit quelque chose de plus, il devroit plutost estre destiné à l'accommodement des Pères Capucins, qui, depuis plusieurs années en ça, résident audit lieu de Gex, et y travaillent avec beaucoup de zèle et d'incommodité.
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Et quant à ce que Vostre Majesté veut sçavoir, s'il ne seroit point plus à propos d'introduire en la ville dudit Gex quelques compaiguies de religieux reformez, je pense, Sire, qu'il n'y a point de doubte , puisque les dévoyez ne sont pas moins attirez â la cognoissance du bon chemin par les bons exemples que par les bonnes instructions; mais le reste des biens du couvent des Carmes, estant si petit, serviroil de peu à cela, qui ne peut estre fait que par le dessein exprès de Vostre Majesté, et par l'utiyon de quelque bénéfice riche , quand il viendroît à vacquer, ou par quelque autre libéralité royale.
Et lors. Sire, si Vostre Majesté me commandoit de nommer quelque compaignie, que j'estimerois plus propre pour ce lieu là, je nommerois celle des prestres de l'Oratoire, bons à toutes sortes de services spirituels, et qui plus aysement peuvent se mesler parmy les adversaires. Que si d'abondant Vostre Majesté me commandoit de luy marquer un autre moyen grandement utile à l'advancement de la foy catholique en ce bailhage de Gex, je dirois, Sire, que ce seroit d'y mettre des ofQciers catholiques; et sans ce moyen icy, les autres n'opéreront que foiblement.
Je prie Dieu cependant qu'il comble de bénédictions Vostre Majesté, vostre couronne et vostre royaume; qui suis et seray à jamais. Sire, vostre, etc.