CCCXX^VI
A tm gentil-homme de la cour de S. A.
t^inct François luy parle dir désir de faire donner à M. de Yalbonne , fils du premier président Fabre , l'office de son père, sans gages pendant sa vie ; et l'entretient de la situation des bénéfices, curez , et des religieux de son diocèse.
Vous verrez, par la lettre et le mémoire de nostre frère, la proposition qu'il désire estre faite à S. A. ou à Monseigneur le Prince. Or, il a une grande espérance que parce moyen il rendra un bon et fructueux service à la couronne; car ceux qui entendent en Taffaire Tasseurent qu'elle est fort bonne et digne d'estre entreprinse. Pour moy, je le desirerois bien fort, et croy que, S. A. n'ayant rien à deslivrer présentement ny mesme à l'advenir, ains seulement à authoriser maintenant l'entreprise et tirer à Tadvenir presque tout le fruict de ce travail , elle accordera volontiers ce qu'on demande; de quoy ce garçon apportera response. puisqu'il va exprès pour cela.
Monsieur le Président, voyant que sa jambe ne luy pourra guère meshuy permettre d'aller aux audiences, avoit fait une pensée de supplyer S. A. de vouloir donner son office à son fils, Monsieur de Valbonne, qui l'exerceroit dés à présent, et sans autres gages que ceux qu'il a pendant la vie de son père, après laquelle il succedast aux gages comme à Testât.
Or, pour parvenir à cela , il seroit requis d'user des préparatifs; en quoy vous pouvez obliger l'un et l'autre es occasions, comme seroit de faire naistre des propos parmy lesquels vous puissiez , par cy, par là, jetter dans l'esprit de Leurs Altesses et de Madame, les conceptions suivantes :
Que Monsieur le premier Président est le plus grand jurisconsulte de ce tems, et que c'est dommaige qu'il ne puisse plus si aysement meshuy prononcer les arrests et se trouver à toutes occasions comme il faysoit. Que sa maladie luy donne esgalement ceste incommodité, et presque asseurance de longue vie, puisque elle le descharge des humeurs peccantes. Que c'estoit une belle chose es occurrences de le voir haranguer, et représenter le Sénat. Puisque Monsieur de La Valbonne paternise en cela, qu'il est grandement consciencieux , qu'il harangue heureusement et fait fort bien toutes sortes de complimens; qu'il préside merveilleusement bien et prononce avec beaucoup de grâce les arrests, qu'il est fort docte, qu'il a esté dix ans au Sénat, trois ans juge-
mage et trois ans président icy, et que par ces degrez il s'est acquis une grande habitude à bien distinguer lajustice, qu'il a environ 38 ans , aage de maturité et propre pour rendre beaucoup de service. Et ainsi semblables choses, lesquelles sont fort véritables, de aorte que sans doubte il n'y en a pas un au Sénat qui peust mieux succéder que luy, car les uns sont si vieux qu'ils n'en peuvent plus, les autres sont bas de naissance et fort peu bien disans , les autres n'ont pas tant d'estude ny tant d'habileté. En somme, toutes choses bien considérées, il n'y en a pas un qui, à tout prendre, puisse mieux ny certes si bien reiissip en ceste charge.
Car à ce qu'on me dit, M. de Monthoux est désiré en la chambre et ne veut pas prétendre ailleurs pour encore. Or, tout cela doit estre discrètement, sagement et dextrement semé comme pour préparatoire et disposition es occurrences. Et Monsieur le premier Président espère que Monsieur le marquis de Valroncey contribuera bien à cest effect de son costé. Et partant vous pourrez bien en conférer avec luy, mais il faut tenir le tout fort secret. Puis M. le President estant icy, où il espère tousjours de venir bien tost, il prendra resolution de ce qu'il aura à faire, et surtout si vous me faites sçavoir s'il y pourrait avoir de l'apparence.
Je treuve M. le Prieur de Mesme fort à mon gré, propre, bonne mine , bon langage et bon esprit, et des moyens sufTisans pour honnorer l'office. M. l'Abbé, quej'ay treuvé fort refait et façonné, m'a grandement prié de vous recommander monsieur le prieur Curtes, que son père et ses parens desireroient grandement voir auraosnier de Madame. Si donc vous le jugez à propos, ce seroit bien de leur procurer ce contentement.
Ces messieurs de N. D. ont par commune conspiration un grand désir que vous acceptiez le doyenné, estimant qu'ils ne sçauroient mieux relever leur église. Leur désir ne peut nuyre; et qui pourroit transporter nostre église en la leur, par les moyens et avec les articles convenables, selon qu'on en a parlé cy-devaot, non-soulement je ne verrais point d'inconvénient en cela , mais j'y treuverois beaucoup de bien ; car, comme Doyen, vous gouverneriez l'un des chapitres, comme chantre le chœur de l'un et de l'autre unys, et comme evesque tous deux, et tout le clergé de la ville, parmy lequel on pourroit faire recognoistre toute sorte de bonne disciphne. Et vostre canonicat pourroit estre donné à mon nepveu. Mais ce que je vous dy n'est que pour sçavoir vostre pensée sur ceste proposition, car cependant monsieur le Doyen achèvera son noviciat.
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Je suis grandement en peine des paroisses d'Armoy et Draillens, pour lesquelles on ne sçauroit avoir un liard, et ceux qui les servoient, accablez de pauvreté et de dettes dont je suis respondant, se sont retirez par force. Monsieur le président d'Hostel , qui me tesmoigne de Tamitié autant que jamais , me dit qu'à l'advenir on sera payé année par année, mais que pour le passé il faut trouver quelque moyen, que pourtant il ne void pas ; si vous voyez lieu d'en parler à propos, j'en seray bien ayse : car Monseigneur le Prince m'a tousjours asseuré qu'il vouloit que nous fussions payez. Et c'est merveille que cinq cens escus coustent tant à retirer en un subjet si plein de justice et de pieté.
J'ay bien envie de sçavoir que deviendra le monastère de Turin , encore que je sois bien ayse que ce retardement donne loysir à ma sœur Fabre de fonder celuy de Clermont, et à Madame de Chantai celuv d'Orléans et de Nevers. Nous avons esté contrainct de destiner Madame de Monthoux à Moulins, pour y estre supérieure , parce que M. Grandis dit que si elle ne changeoit d'air elle mourroit dans peu de sepmaines, comme elle a pensé faire ces jours passez ; et l'office de maistresse des novices occupoit trop son esprit , qui se portera mieux des affaires extérieures.
Nous verrons si M. la Signera D. Genovefa, ma tres-chere fille, viendra; je voudrois bien pour le service de Leurs Altesses et de nostre Maistresse que Madame de Sainct-Georges arrestast encore quelques années. Voilà un livre de rintroduction en françois. Le Père Antoniotti Ta bien mieux traduict qu'on n'a pas fait à Rome; j'atlens de sçavoir des nouvelles de nostre P. General des Feuillans, comme aussi de nostre Monsieur l'abbé d'Abondance, selon l'advis que vous m'avez donné de vostre affaire que je luy ay fîdellement envoyé. 0 mon Dieu! que Monseigneur le Serenissime Prince aura de bénédictions si la reformation se
fait; toutes ces bonnes religieuses sont alarmées de ce que M. Tabbé de Seyserieu a dit à son retour qu'on les vouloit régler. Les unes veulent prévenir en apparence, mais n'ayant pas de supérieurs reformez, je ne sçay comme elles pourront faire. Ce sont des tentations parfumées. Nous avons eu icy le Père Alexandre Ficher, ces festes de Pentecoste, qui a de grandissimes talens pour prescher excellemment, je dy, mieux que plusieurs dont on fait si grand estât.
A Sa Palernilé le Père General de la Contjregation des Prestres de Saincl-Paitl , à Milan.
1, FnuiçolB Iny recom
R CongragatlondfiPrMtrHdeSilnrt-Paal.
Tre5-Re\xrend Père,
Nous avons icy un jeune homme d'une mayson honuorable, lequel m'est cher sous beaucoup de rapporta, particulièrement parce qu'il est bon séculier et tres-clevot. Acluellenient il désire entrer dans vostre congrégation religieuse, et il craint de n'estre pas receu, parce que, ab utero matrîs, il est eunuque. II veut que je supplie V. P. Tres-Reverende, d'estre favorable à ses pieux desirs ; et comme je sçay que l'on a eslevé au suprême pontificat un eunuque, et que dans la Compaignie de Jésus on compte actuellement le Père Valere Reginaldi, autheur du Thesaiiru.f fort pœnitejiiiali<!, qui est eunuque, je viens tres-volotitiers supplyerV. P. R. de vouloir bien estre favorable à ce subjet, qui, avec tant d'ardeur, désire devenir religieux, et qui est d'ailleurs d'un esprit bon, doux, décidé et pieux.
En priant Dieu qu'il accorde à V. P., et à tout son ordre, un accroissement de prospérité, je suis son tres-humble comme frère et serviteur. — François, evesque de Genève.
MoLTO Rev. Padre mio off", Abbiarao qui un giovine di casa honorata, il quale mi é caro per più rispetti, ma massime per chè è buon secolare e molto divoto. Hora desidera sommam ente di poler entrare nella religiosa congregazione voslra, e dubita di non esser ricevutn perché ab utero matrts è eunuco. Onde vuole chè io supplichi V. P. molto Reverenda ad esser propizio alH suoi tanto pii desiderii; e perché io so chi'' eziandio è stato assunlo al sommo pontificato un eunuco, *■ cbè nella compagnia di Giesfi vive pur adesso il Padre Valerio Reginaldi, aulbor del Thésaurus foripœnilerttialis, che ê eunuco, molto volentieri, vengo a supplicare V, P. M. R. di voler favorire queato, che con tanto affetlo brama di esser admesso atto stato religioso, e che per altro è di buono spirito, mansueto, allegro e pio, E cosi, pregando il Signor Iddio chè a V. P. et a tutta la sua reiigiope dia ogni vero accrescimento di prosperità, resto di lei bumilissimo corne fralello e servitnre. — Francesco, vescovo di Ginevra.
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