‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 40 sur 185 · François de Sales, à M, Camus , evesque de Belley · texte numérisé non relu

François de Sales, à M, Camus , evesque de Belley

Le Sainct tesmoigne sa ]oye de ce que son amy instruict bien son peuple , et il l'encourage & souffrir les peines et les desgousts attachez à ce ministère.

7 mars 1621.

Monseigneur, je me resjouys avec vostre peuple, qui a le bien de recevoir de vostre bouche les eaux salutaires de l'Evan-

(1) Charles-Emmanuel de Ballon, gentilhomme de la chambre du duc de Sa- Toie, Charles-Emmanuel \^^^ et son ambassadeur en France et en Espagne.

(2) Paul V.

!60 LETraES.

gile; et m'en resjouyrois bien davantage, s'il les recevoit avec raffection et recognoissance qui est deue à la peine que vous prenez de les respandre si abondamment.

Mais, Monseigneur, il Faut beaucoup souffrir des enfans, tandis qu'ils sont eu bas aage; et, bien que quelquesFois ils mordent le tettin qui les nourrit, il ne faut pas pourtant le leur oster. Les quatre mots du grand Aposlre nous doivent servir d'epitbeme (1 ) |jour fortifier nostre cœur : Opportune, importuné, in amni patientià et doctrinâ (ii. Tim. 4). Il met la patience la première, comme plus nécessaire, et sans laquelle la doctrine ne sert pas. Il veut bien que nous souffrions qu'on nous treuve importuna, puisqu'il nous enseigne d'importuner par son importuné. Continuons seulement à bien cultiver, car il n'est point de terre ai ingrate, que l'amour du laboureur ne Féconde.

J'attendray cependant les livres qu'il vous plaist me promettre, qui tiendront en mon estude le rang convenable à l'estime que je fay de leur autlieur, et à Taraour parfaict avec lequel je Iny porte et porteray toute ma vie honneur, respect et révérence. Je suis, Monseigneur, vostre, etc.

A S. A. Charles-Emmanuel 1", duc de Sanoye.

Sur rerecnClon de la reforamcian des monulcres ea Savoj-s.

Aiock;. [«Itnmiea».

Monseigneur, je feray au plustost le voyage de Thonon, selon le commandement de V. A., ne me pouvant empescher de me resjouyr avec elle du commencement qu'elle donne à l'exécution du sainct project qu'elle fit estant en ceste ville, pour la reformation des monastères et le bien public de l'Eglise en ceste province ; ne doublant point que comme c'est un très-grand service de Dieu, aussi sa divine Majesté n'en recompense V, A. des Ires-grandes bénédictions que je luy souhaitte incessamment comme estant sans Gn, Monseigneur, vostre tres-humble, tresobeyssant et tres-fidelle serviteur et orateur. — FR.mçois, evesque de Genève.

P. S. Bien qu'il semble qu'il n'importe pas beaucoup de sçavoir à qui les prieurez et abbayes que l'on veut unir appartiennent, puisque on ne prétend pas d'unir les portions des abbez et

(1) Topique.

l'evesque. 161

prieurez, ains seulement celles des moynes, si est-ce que, pour obeyr à S. A., je marque icy les noms des possesseurs desdittes abbayes et des prieurez :

L'abbaye d'Aux est à Monseigneur le Ser. Prince-Cardinal ;

Cheyseri, à R. M. Gaspard Ballon, aumosnier de Madame;

Tamié, à R. P. François-Nicolas de Riddes, aumosnier de S. A., sénateur au Sénat de Savoye, qui en est abbé titulaire;

Bellevaux, à M. Aymé Mermonio de Luirieu, commendataire;

Contamine, à la saincte mayson de Thonon;

Chindrieu, à M. Louys de Gerbaix, dit de Saunax, clerc de l'Oratoire de Lyon ;

Rumilly, à R. P. F. Bernard de Graillier, titulaire;

Le prieuré du Chesne, à R. P. Robert Jacquerod de Bonnevaux, religieux de Talloire, titulaire;

Bonneguette, à la saincte mayson;

Sainct-Paul près Evian, à M. Jean-François de Blonnay, commendataire ;

Silingie, à M. Berard Portier, dit de Mieudri, commendataire;

Vaux, à M. Jacques de Losches, commendataire;

L'abbaye d'Entremont, à M. Pierre-Gaspard de Roncas, commendataire ;

Sainct-Joive près Chamberi, à la saincte mayson de Thonon ;

L'abbaye de Six, à M. Humbert de Mouxi, commendataire ;

Pellionex, à M. Claude Reyder, dit le Choysi, commendataire ;

Le Sainct-Sepulcre-lés-Annessy, à M. Claude de Menthon de Montrottier, commendataire;

L'abbaye d'Autecombe, à M. l'abbé de La Meute.

Les monastères des filles appartiennent comme s'en suit :

Saincte- Claire, hors ville de Chamberi, à dame de Ribod;

Bonlieu, à dame de Lucey;

Saincte-Catherine-lés-Annessy, à dame Peronne de Cyrisier ;

Le Betton, à dame Sainct- Agnes.

AS. A. Victor-Amedée , prince du Piedmont,

s. François recommande à S. A. le frère Adrian , la reformation des monastères , et l'establissement des Pères de l'Oratoire à Thonon.

Annessy, 30 avril 4621.

Monseigneur, ce porteur, frère Adrian, va auprès de V. A. S. pour des affaires de si bonne condition pour le service de

Dieu et du public, et luy-mesme est si zélé subjet de S. A., qu'il n'est nul besoin que je le recommande à la bonté de V. A. ; mais puisqu'il le veut, je le fay tres-humblement, Monseigneur, et avec lay encore l'affaire de la reformation des monastères de deçà les monts et l'establissement si nécessaire des PP. de l'Oratoire à Thonon et Rumilly; qui suis à jamais de V. A. Ser., Monseigneur, tres-humble, tres-obeyssant et tres-fidelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

A S. A. Charles-Emmanuel 1^, duc de Savoy e.

Sur son voyage à la saincte mayson de Thonon.

Annessy, U say i6âi.

Monseigneur, ayant receu le commandement de V. A. pour m'acheminer à la saincte mayson, je ne manqueray pas de me rendre à Thonon au premier jour et de luy rendre compte de tout ce que j'y auray faitet treuvé, puisque je suis, de V. A. Serenissime, Monseigneur, tres-humble, tres-obeyssant et tresfidelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

CCCXLIII.

^.5.-4. Charles-Emmanuel P'', duc de Savoy e,

Sainct François parle à S. A . de la reformation des religieuses au delà des monts, et de celle des Chartreux de Ripaille et d'Aux.

Annessy. 12 join 4631 .

Monseigneur, puisque j'ay occasion d'escrire à V. A. S., je la supplie tres-humblement d'avoir aggreable que je luy représente Textreme besoin qu'ont les religieuses de Cisteaux de deçà les raons, et celles de Sainrle-Claire hors la ville de Chamben (subjettes au gênerai des Conventuels surnommez de deçà de la Grande-Manche), d'estre ou reformées, ou changées, selon le project cy-devant envoyé à V. A. ; et cela est d'autant plus désirable, que la pluspart des religieuses mesmes le désirent et souspirent après ce bien.

J'adjousteray de plus, Monseigneur, qu'il seroit requis pour l'establissement des PP. Chartreux à Ripaille et en l'abbaye d'Aux, que V. A. commandast et fîst commander par leur gênerai au P. D. Laurens de Sainct-Sixt, leur procureur en Savoye,

l'evesque. 163

de se rendre auprès d'elle pour terminer ce project , ainsi qu'il est requis.

Car, Monseigneur, de reformer ces religieux d'Aux qui y sont maintenant, il est impossible. M. l'abbé de Tamié a fait ce qu'il a peu pour cela; et M. le président de Lescheraine ayant esté là ceste sepmaine au retour de Thonon , y a trouvé un si extrême scandale, qu'il ne sçayt plus qu'en dire. Et par adventure , Monseigneur, qu'il seroit à propos que V. A. ou Monseigneur le Prince-Cardinal appelast le dit sieur Président pour oiiyr plus de particularitez sur ce subjet et sur celuy de la saincte mayson que les escrits n'en peuvent desclarer, ce que je dy d'autant plus volontiers que j'ay recognu au dit sieur de Lescheraine une grande suffisance d'esprit et beaucoup de bon zèle. Dieu, par sa bonté, fasse de plus en plus prospérer V. A., de laquelle je suis tout à fait, Monseigneur, tres-humble, Ires-obeyssant et tresfidelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

^5.-4. Victor-Amedée , prince du Piedmont,

Sainct François envoyé à S. A. le rapport sur la eaincte mayson de Thonon, et luy parle du besoin de reformer le clergé, tant séculier que régulier, de la Savoye.

Annessy, 42 jain 1621.

Monseigneur, V. A. verra par le résultat cy-joinct ce qui a esté trouvé bon par les sieurs de Lescheraine et Bertier et moy touchant Testât présent de la mayson de Thonon, en la visite que, parle commandement de S. A. et de la vostre. Monseigneur, j'y ay faites ces jours passez.

Mais les moyens de remédier aux manquemens qui y sont, je les ay mis à part en un feuillet que je joins à ceste lettre, laquelle je finis supplyant humblement V. A. de ne se point lasser en la poursuitte et resolution que Dieu luy a inspirée de faire au plus tost reformer Testât ecclésiastique, tant régulier que séculier, de la province de deçà , estant chose tres-asseurée que Dieu contre- échangera ce seing de V. A. de mille et mille bénédictions que je luy souhaitte incessamment. Monseigneur, vostre tres-humble, tres-obeyssant et tres-fidelle serviteur et orateur. — François, evesque de Genève.

A S. A. Charles-Emmanuel /"*, duc de Savoy e,

Smr la aaincte majrjton de Xoetre-Dame-de-Compaœlon , et sur les moyeiui de la foire flearir.

Anoessy. 12 juin 1621.

Monseigneur, ayant visité la saincte mayson de Nostre- Dame-de-Compassion , elle en recevra la relation , qui est toute la mesme que celle de Messieurs de la chambre des comptes, et verra, s'il luy plaist, les nécessitez qu'il y a d'y faire des establissemens permanens pour la faire fleurir selon la tres-pieuse intention de V. A. qui Ta fondée : de quoy escrivant un mémoire à part dans le paquet que j'addresse à Monseigneur le S. Prince, pour moins importuner V. A., il ne me reste que de continuer mes supplications à Dieu qu'il fasse de plus en plus abonder V. A. en ses sainctes bénédictions, qui suis à jamais et invariablement. Monseigneur, vostre tres-humble, tres-obeyssant et tres-fidelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

Advis particulier pour les nécessitez présentes de la saincte mayson de Nostre-Dame-de-Compassion, fondée par S, A,, à Thonon,

Les huict prestres de la Congrégation, qui font le service en l'église de N.-D. et portent la charge des âmes, vivent véritablement en bons ecclésiastiques séculiers, sans scandale, et célèbrent les sainctes messes journalières qui ont esté establies.

Mais premièrement, l'église n'est pas entretenue proprement, ny assortie des meubles convenables, parce que, les dits prestres tirant un chacun son gage à part , il n'y a pas de quoy fournir aux nécessitez communes, lesquelles ensuitte sont négligées.

Secondement, l'ofQce des heures canonicales n'y est pas fait avec la bienséance et dévotion extérieure qu'il seroit requis , les dits ecclésiastiques n'estant pas duits (1) et nourris à cela, ains seulement assemblez sous la condition des gages.

Tiercement, les maysons sont en mauvais estât, parce que la ditte congrégation n'en a point de soing, et ce d'autant que tout

(1) Habitués.

l'evesque. 163

ie revenu d'icelle s'em ployé à rentretenement des personnes et payement des gages : de sorte que, l'argent de S. A. manquant, il n'y a pas où prendre les commoditez requises aux réparations.

Quartement, le revenu delà ditte congrégation n'est pas bien ramassé, parce que, chacun y estant à gage particulier, nul ne fait le mesnage commun, ains donnent tout le bien à cens, et l'admodiateur gaigne une grande partie, de laquelle par conséquent la congrégation est privée.

L'unique remède à ces inconveniens , seroit de composer ceste congrégation , non de prostrés à gages , mais de vrays prestres de l'Oratoire, ainsi que la Bulle fondamentale de la saincte mayson porte, puisque mesmementilyena en France qui, pour la communion du langage , pourront faire convenablement la charge des âmes, et qu'il y en a qui sont subjets de S. A., et que tous demeurent entièrement sousmis à la juridiction des evesques, en sorte que l'evesque de Genève, qui sera tousjours despendant de S. A., aura l'authorité de les contenir, sans qu'il soit nécessaire de recourir hors de l' Estât. Et ainsi le revenu que possèdent à presenties ecclésiastiques séculiers de N.-D. n'estant point employé en gages particuliers, ains estant mis tout en commun, il y aura de quoy faire une congrégation de beaucoup davantage de Pères, qui, mesnageant par leurs frères les biens, auront de quoy entretenir les meubles de l'église, les offices et ce qui despendra d'eux, en une grande révérence et politesse : et ceste partie de la saincte mayson, qui est la fondamentale et laquelle paroist le moins, paroistra indubitablement le plus et édifiera infiniment. Et d'autant que les prestres qui y sont maintenant sont gens de bien, on pourra leur pourvoir d'entretenement convenable leur vie durant, estant presque tous vieux, cependant que l'on introduira les PP. de l'Oratoire petit à petit parles moyens qui seront advisez.

Il y a encore un deffaut notable en la saincte mayson ; car il n'y a point de refuge pour les convertis , qui neantmoins y doit estre selon la première intention pour laquelle fut érigée ceste œuvre : dé sorte que mesme le sieur de Corsier converti, auquel on avoit assigné entretien, n'en a nulle sorte de commodité, et mourroit de faim , si d'autres gens que ceux de la saincte mayson ne s'incommodoientpour luy ; et neantmoins il est gentil-homme de bon lieu et duquel la parenté a beaucoup souffert pour le service de S. A. ; il est tres-homme de bien et bon ecclésiastique , mais non pas propre pour la charge dés âmes. Et de plus, il se convertit de tems en tems des honnestes hommes comme de

nouveau le sieur de Prez, subjet de S. A. et homme de grande capacité, qui demeure tout à fait sans secours de ce costé-là.

Or, à cela il nV a point de remède, sinon en faysant bien revenir les deniers de la fondation de S. A. et ordonner que Ton fasse un establissement particulier pour ce membre de la saincte raayson.

CCCXLVII. A S. .4 . Charles-Emmanuel f^, duc de Savoye,

Hainct François recommande à S. A. Tai&iire de la reatanracloa dé la discipline eederaasciqas et lu}' envoyé la noce du nec&wûre pour establir la» PP. de TOratoire à Bnmilly.

Aones^f, 2U noTOiriue 1601.

Monseigneur, je loue Dieu de quoy V. A. persévère au dessein de la restauration de la discipline ecclésiastique en ce pays , asseuréquejesuis qu'à mesure que le zèle de V. A. fera croistre en ses Estais la gloire de la divine Majesté, vostre couronne, Monseigneur, fleurira de plus en plus; et selon qu'il a pieu à V. A. de m'ordonner, je luy envoyé ce qui est présentement requis pour F establissement des PP. de l'Oratoire à Rumilly, qui est une chose pressante, et demeure cependant de toutes mes affections^ Monseigneur, vostre tres-humble, tres-obeyssant et tres-fîdelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

CCCXLVIII.

A Monsieur Carron.

Hainct Fram^oig luy parle de la nécessité d'Introduire les PP. de l'Oratoire à Rumillj, et de l'intention de M. de Saonaz, prieor à Cliindriea , d'unir son prieuré à ceiay de Bmnilly.

Aonessy. 20 novembre ifôl.

Monsieur, je vous rens mille actions de grâces du soing qu'il vous a pieu de prendre pour me faire avoir response de Monseigneur le Ser. Prince, en faveur de Tintroduction des PP. de rOratoire à Rumilly, où Ton ne sçauroit dire combien leur venue est nécessaire; car. Monsieur, imaginez-vous qu en ceste seule église il y a quatre diverses espèces d'ecclésiastiques : l'* le prieur, qui est religieux de rOrdredeCiuny, despendant du prieuré de Nantua qui est à présent en France ; 2"* le sacristain, séculier qui est despendant du prieuré; 3** le curé et le vicaire,

l'evesque. 167

et quatre, cinq ou six altariens(l)qui font un petit corps à part. II n'est pas croyable combien ceste petite trouppe, ainsi composée, m'a donné de peine depuis 20 ans, et ça à cause des continuels procez et altercats que les uns ont eus perpétuellement avec les autres, avec un extrême scandale du peuple. Or^ par Tintroduction des PP. de l'Oratoire, ceste église demeure toute unie , et administrée par un mesme esprit de paix et de douceur : car les PP. de l'Oratoire ne sont pas comme les autres religieux, qui ne peuvent pas avoir la charge des paroisses ; et de plus encore ils ne sont pas exempts de la juridiction des evesques, ains • demeurent en leur subjettion comme les curez, de sorte qu'on n'a pas besoin , en cas de desordre , de sortir du pays pour les ramener au devoir; et de plus encore il se treuve desjà des très-bons ecclésiastiques du pays qui n'attendent que leur venue à Rumilly pour s'associer à eux et se ranger à la Congrégation, Au reste, M. de Saunaz est fils de M. de Saunaz qui fut pendu à Genève pour le service de S. A., lors de l'escalade, et va achever aux festes de Noël son noviciat, en la mesme Congrégation, et mesme de désir que son prieuré de Chindrieu soit uni à l'église de Rumilly pour ce bon œuvre. Et quant au prieur de Rumilly, on pourra traitter avec luy. Et ce qui est grandement à noter c'est que le prieuré de Rumilly despend de Nantua qui est en pouvoir : ce Nantua est hors de l'Estat de S. A., et encore ledit Nantua a le droict de présenter le curé. Comme aussi le prieuré de Chindrieu despend de Cluny, et bien que le prieur moderne n'ayt pas esté institué de la part de M. de Cluny, ça esté par une grâce spéciale que fit le pape Clément à ce jeune gentil-homme qui estant lors un enfant, à maremonstrance et supplication, en considération de la mort du père , qui mourut à moitié martyr dans Genève, en faveur de quoy Sa Saincteté se contenta de donner ce morceau en commande pour ceste fois tant seulement. Or, Monsieur, je vous escris ainsi au long tantost toutes ces particularitez , affin que vous voyez que ceste introduction des PP. de rOratoire sera, non-seulement utile au service de la gloire de Dieu et des âmes , mais encore selon le service de S. A. S. et l'utilité de nostre patrie. Qui me fait d'autant plus hardyment vous supplyer de nous procurer auplustost les expéditions que je demande, puisque je n'ay plus presque que deux mois de loysir pour disposer de la cure de Rumilly, après lesquels la provision tombera es mains du Pape. Monsieur, je suis tout à fait,

(1) Serviteurs de Tautel.

vostre tres-hamble et tres-affectioo né rjerviteur. — FBASCOiS'r evesque de Genève.

Mémoire sur les bénéfices situez en Chablaix, que demande V E^e^ue de Genève,

OcTLTRE tout ce que les ecclésiastiques tiennent maintenant, Tevesque de Genève demande :

Les cens de Bellerive pour deux ans :

Les prétentions que les dits seigneurs chevaliers pourroient avoir sur VuUiomiex avec tout ce qui despend du dit VuUiomiex ou en despendoit ;

Pouvoir de rachepter tous les biens despendant des cures et chapelles de quelle nature qu'ils puissent estre. Et parce que les seigneurs chevaliers racheptant les biens des autres benelices pourroient, ou par mesgarde ou autrement, prendre les biens des cures en guise des autres, seront obligez monstrer les contracts aux députez de Tevesque^ par lesquels il sera regardé si les dits biens sont ou aux cures ou aux autres bénéfices.

AS. A. CharleS'Emmanuel I^^ , duc de Sttvoye.

Sftinct Françfiia marque à S. A. qa'il n'attend que les ordres neceisaires pour remettre l'église de Ramilly aux PP. de l'Oratoire, qui seraient &<galeinent d'au grand secours à la aatocte mayson de Tlionon.

Annessy. 3 febvrier l^S.

Monseigneur, je suis tousjours attendant les despesches necessetires pour remettre Teglise de Rumilly entre les mains des PP. de rOratoire, bien en.peine de quoy je n'ay plus que seize jours de loysir pour disposer de la cure vacante, après quoy elle vaquera en Cour de Rome ; et c'est sans doubte qu'il ne manquera pas d'impetrans, qu'il sera par après mal-aysé de ranger au salutaire dessein de V. A. Que si elle me permet de joindre à ceste remonstrance un mot pour la mayson de Thonon, je luy diray qu'elle n'a pas moins besoin de la venue des mesmes PP. de rOraloire que Teglise de Rumilly, parce que sans cela tout ce qui regarde l'église de Nostre-Dame et les bastimens qui en despendent s'en va ruyné, ainsi que MM. les députez de la

l'evesque. 169

Chambre ont recogneu et ont tesmoigné à V. A., la providence et pieté de laquelle je reclame en toute humilité, qui suis, Monseigneur, vostre tres-humble , tres-obeyssant et tres-fîdelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

A S, A, Charles-Emmanuel P'', duc de Savoy e.

Privilège de la Confrérie de la Saincte-Croix, de Chamberi, d'avoir le Jeudy-Saint la deslivrance d'an criminel. — Sainct François supplie ceste année pour un galérien d' Annessy .

Febvrier 1622.

Monseigneur, il a pieu à S. A. d'accorder à la Confrérie de la Saincte-Croix, autrement dite du Crucifix de Chamberi, la deslivrance d'un criminel prisonnier, tel qu'elle nommeroit chaque année, le Jeudy-Sainct , en révérence de la mort et passion de Nostre-Seigneur; etlapitoyat)le famille d'un homme de ce mandement d'Annessy, a obtenu que il fust nommé et demandé en grâce, ceste année, par ladite Confrérie, pour estre libéré de la galère; et par ce. Monseigneur, que véritablement sa femme et ses enfans, qui sont en grand nombre, sont dignes de compassion, et qu'en la grâce du père est enclose la grâce des enfans, de la femme et de toute la famille, qui ne peut vivre sans l'assistance actuelle de ce pauvre homme, je joins à la tres-humble supplication que la Confrérie fait à V. À., pour ce subjet , ma treshumble recommandation , qui suis , Monseigneur, vostre treshumble, tres-obeyssant et tres-fidelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

A M. de Blonnay, préfet de la saincte mayson de Thonon.

Sainct François luy annonce le bref du Pape , de commission sur la saincte mayson.

27 mars.

Monsieur, j'attens tous les jours un bref du Pape que mon frère m'escrit avoir veu entre les mains de Monseigneur le Nonce, par lequel je suis commis pour ranger au meilleur ordre qu'il se pourra toutes affaires de la saincte mayson, et je vous prie que l'on attende jusques à ce tems-là de remplir la place que M. Thomas laisse. Lequel il me fait mal de voir partir de ce diocèse, par

d70 LETTRES.

la vertu qu'il a tousjours tesmoignée, bien que d'ailleurs je suis grandement consolé qu'il aille en la vigne de Lyon qu'on me dit avoir tant besoin de cultivateurs.

Je suis, Monsieur, vostre tres-humble confrère. — François, evesque de Genève.

P. S. M. de Boys m'a dit que je ne pouvois faire autre décret sur la requestede M. Bidal.

A. Son Altesse Charles-Emmanuel 1^, duc de Savoy e.

Sur l'establlssement des PP. de rOratolre à Rumilly et à Thonon.

Annessy. S5 avril 1622.

Monseigneur, le pauvre peuple de Rumilly attend tousjours en bonne dévotion la venue des PP. de l'Oratoire en leur ville, et moy j'attens de V. A. les expéditions nécessaires pour les faire venir et là et à Thonon , où c'est la vérité que rien ne peut remédier au mal qui y est, quant au mauvais ordre qu'il y a en l'administration des biens , que par ceste venue de ces Pères. V. A. me pardonne si je luy suis aucunement importun. Mon excuse est toute faite au commandement qu'elle m'a fait d'avoir le soing de ceste affaire. Et priant Dieu qu'il prospère déplus en plus la personne de V. A., Monseigneur, je detiaeure vostre treshumble, tres-obeyssant et tres-fidelle orateur et serviteur. — François, evesque de Genève.

A S. A, Victor-Amedée , prince du Piedmont,

Sainct François Informe S. A. de l'ordre qu'il a eu de S. S., de se trouver au Chapitre gênerai des PP. Feuillans à Pigneroles, et s'excuse de [ne pouvoir luy faire révérence qu'après la célébration du Chapitre.

Annessy, 17 may 1622.

Monseigneur, ayant receu un brevet de Sa Saincteté, du 28 avril , par lequel elle me commande de me treuver au Chapitre gênerai des PP. Feuillantins qui se doit célébrer d'aujourd'huy en quinze jours à Pigneroles, je prevoy qu'il me sera presqu'impossible de partir assez tost d'icy pour pouvoir aller faire, comme je serois obligé, la révérence à S. A. S. et à vous. Monseigneur, et à Madame, avant que de me rendre au lieu de l'assignation ; de sorte que je seray contrainct de différer la

tres-humble reddition de ce devoir, jusqu'après la célébration de rassemblée : ce que je supplie en toute humilité V. A. S. de vouloir aggreer et de m'honnorer des commandemens de S. A. et des siens*, si d'adventure j'estois si heureux de luy pouvoir donner quelque contentement en ceste occasion, en laquelle comme en toute autre j'y seray invariablement, Monseigneur, vostre tres-humble, tres-obeyssant et tres-fidelle serviteur. — François, evesque de Genève.

S. François de Sales, au pape Grégoire XV.

Il mande à Sa Saincteté qu'il a exécuté se» lans , à Pigneroles. — Il fait un grand neral.

Beatissime Pater, Acceptis Sanctitatis Vestree litteris apostolicis, 28 mensis aprilis hujus anni expeditis, quibus me in praesidem Capituli generalis Congregationis beatae Mariée FuUiensis constituit, sine morà parui, et in monasterium ejusdem ordinis Pinelolii me transtuli , ubi , me praesente , et secundùm mandata apostolica praesidente, capitulum illud générale celebratum est.

In quo, ut par erat, de variis, quse undique allata sunt, negotiis totius Congregationis, plurima décréta sunt et sancita; ac de more superior generalis, aliique, tum provinciales tum abbates ac prières electi , et quidemtantâanimorum consen-

ordres en présidant au Chapitre gênerai des Feullesloge de la conduitte de ces Pères et de leur ge-

Turin. 21 juin 1622.

Tres-Sainct Pere , Ayant receu les lettres apostoliques de Vostre Saincteté, datées du 28 du mois d'avril de ceste année, par lesquelles elle m'establissoit président du Chapitre gênerai de la Congrégation de Nostre-Dame de Feuillans (1), à Tinstant j'ay obey à vos commandemens, et je me suis transporté au monastère de Pigneroles du mesme Ordre, où l'assemblée s'est tenue en ma présence.

On y a réglé, comme il convenoit, un grand nombre de choses qui regardent les affaires de la Congrégation, et qui ont esté proposées de toutes parts; et comme c'est la coustume que Ton y eslise un gênerai, et les autres tant provinciaux qu'abbez et prieurs, cela s'est fait aussi, mais avec tant de

(i) Sainte-Marie de Feuillants est le titre du chef de Tordre de la Congrégation de Feuillants, établie dans un bourg de ce nom, dans le Languedoc à six lieues do Toulouse.

1 l2 LETTRE!

concorde, de paix et de douceur, que je ne pense pas qu'il se puisse rien voir de plus aggreable et de plus aymabte.

Certainement on peut appliquer avec vérité à ce Chapitre ces mots du Prophète royal : 0 qu'il est bon, qu'i/est doux, que ceux qui sorti frères vivent ensemble dans l'unyon ! H en est de cest accord comme du parfum précieux qui fut respandu sur la teste dAarau, et qui descoula sur sa barbe, et sur le bord de ses veslemens (Ps. 132). Aussi n'y at-il rien à désirer, sinon que ceste unyoo , ou plutost ceste unité entre tant de testes de diverses provinces et de diverses nations, qui est si loiiahle, suhsiste tousjours telle que nous la voyons aujourd'huy.

Celuy qui a esté fait gênerai par la reunyon de tous les vœux, aussi bien que par l'unanimité de tous les suffrages, est un homme, pour dire la vérité, à qui tous ses autres confrères doivent céder la palme de la science, de la prudence et de l'esprit, et un homme d'une très-grande pieté, qui non-seulement a illustré et deffendu l'Eglise de Dieu jusqu'à ceste heure par de très-beaux escrits, mais qui est encore prest à le faire quand son loysir le luy permettra; en sorte qu'il y a lieu d'espérer que toute ceste Congrégation aura de très-grands advantages sous son heureux gouvernement, et profittera dejouren jour.

Au reste, comme le Chapitre

sione, tantà pace, lantà morum suavitate, ut nihil suavius, nihil amabilius videri potuerit.

Ita sanè, ut illud propheticum dici de hoc Capltulo existimer : Quàm bonum et quàm jucundum habitare fratres in unum! Sicut unguentum in capiie, quod descendit in barbam, barbam Aaron. Nihil ut expectandum aupersit , nisî ut , quemadmodùm non tam unio quàm unitas, inter tôt variarum provinciarum ac nationum capita, hoc tempore laudanda est, ita et deinceps laudari possit.

Superiorem autem generalem nunc habet ista cobgregalio, maximà votorum ac suffragiorum conspiratione electum, oui sine controversià omnes eruditionis, prudentiœ ac ingenii palmam cedere debent, virum speclatissimte probitatis ac pietatis, qui gravisaimis scriptis Ecclesiam Dei, non solùm hactenùs ornavit ac munivît, sed deinceps, quando eî per otium licuerit, ornare ac munire paratus sit; ut sperandum sit sub ejus moderamine tolam istam congregalionem uberiores in dies provenlus facturam.

CEeterùm, quandoquidem

anno 1625 istius congregationis Capitulum générale Romse in conspectu Sedis Apostolicae celebrabilur, si quidsupersitadtantiordinis splendorem, ad fnajorem perfectionem addendum, nullo negotio et facile addetur.

Deus autem Optimus Maximus, pro suâ erga Ecclesiam singulari providenliâ, Sanctilatem Vestram tuealur incolumem , ut summis ac imis votis supplex peto et expecto.

gênerai des Pères Feuillans se doit tenir à Rome sous les yeux du Sainct-Siege, en Tannée 1625, s'il manque quelque chose à la gloire et à la perfection de ce grand ordre, on pourra facilement y pourvoir.

Que le Dieu tres-bon et trèsgrand, par sa singulière Providence envers l'Eglise, conserve long-tems Vostre Saincteté, comme je l'en supplie, et comme je l'attens de sa bonté.

J'ay rhonneur d'estre avec le plus profond respect, Tres-Sainct Père, de Vostre Saincteté, etc.

S. François de Sales, au cardinal Montallo,

Mesme subjet.

Turin, 21 janvier 16S2.

Monseigneur Illustrissime, j'ay receu avec la tres-humble révérence que je doy, la lettre de Vostre Seigneurie Illustrissime du 2P de may, laquelle m'a rencontré entièrement prompt et remply d'allégresse pour vous obeyr. Mais c'est la vérité que j'ay esté tres-inutile aux Pères Feuillans; car ils se sont comportez en leur Chapitre gênerai avec tant de pieté, avec tant de paix, d'unyon et de tranquillité, que je n'ay eu aucune occasion de les servir, comme Vostre Seigneurie Illustrissime me le commandoit, et comme je le desirois ardemment.

Ils ont promu à la charge de gênerai un personnage si orné de lumières, d'érudition et de prudence, qu'ils ne pouvoient faire une meilleure eslection (1). Il a très-bien mérité de la saincte théologie ; car il a traduict beaucoup de livres de grec en latin , comme il se void au second tome de S. Grégoire de Nysse. La traduction françoise qu'il a faite de S. Denys areopagite, avec

(1) C'est le Père Goulu. Il fit imprimer en 1624 une Vie de S. François de Sales, son amy, vie très-estimée pour son exactitude et Tonction qui s'y fait seiïtir.

, de Ires-belles annotations, est cogneue partont le royaume, escrit encore avec one merveilleuse éloquence et une singulière clarté, pour la clefTense de la saincte foy contre les hérétiques de ce tems.

Et pour ce, je ne doubtc point que ceste eslection ne aoyt tres-aggreable à Vosire Seigneurie Illustrissime, laquelle, pour ne point entretenir plus long-tems avec des termes mal polis et grossiers, je supplie de me permettre que, comme elle m'a recommandé ceste Congrégation, je la recommande semblablement avec une profonde révérence à son affection, et à sa tres-amoureuse charité. Je vous bayse tpes-humblement les mains , et vous souhaitte du ciel les félicitez que souhaitte pour Boy-meame, Monseigneur Illustrissime, vostre tres-humble, etc.

. François de Sa/es, au ca

■dinai Ludovisio.

TiriD , 91 JoEUet 16i9.

MoNSEKiSEUR IllusIrisHime, l'asseurance que les Pères Feuilans m'ont donnée de Tamour et de la faveur que Vostre Seii gneurie Illustrissime porte a leur Congrégation, m'oblige de vous exposer comme, ayant pieu à Sa Saincteté m'establir président de leur dernier Chapitre gênerai, j'ay rencontré parmy eux une concorde et une pieté si rares que j'ay esté touché en moy-mesme d'un particulier sentiment d'obligation de loiier infiniment la Majesté divine, qui a communiqué à des hommes mortels une si douce et aymable paix d'esprit.

D'advantage, ils ont fait l'eslection d'uu gênerai avec toute la maturité et le choix qu'on pouvoit désirer; car ils ont jette les yeux sur un personnage où la rencontre d'un sçavoir exquis, d'une prudence non commune et d'une excellente pieté, se treuve avec une très-belle harmonie.

Ses rares escrits rendent une manifeste preuve de cecy ; Dieu s'estant servi de sa plume pour apporter beaucoup d'ornements à la saincte doctrine catholique, par les tres-uliles traductions qu'il a faites de quelques Pères grecs, et par les très-beaux livres qu'il a composez pour la réfutation des hérésies de ce tems; dont je ne doubte point que Vostre Seigneurie Illustrissime ne I reçoive un grand contentement de ceste eslection, et de Theu- Lreux succez du Chapitre. Je me promets encore qu'elle continuera

l'evesque. 175

sa faveur envers ceste Congrégation, de quoy je la supplie treshumblement; et baysant tres-reveremment vos sacrées mains, je prie Dieu, qu'il vous donne toute saincte prospérité. C'est Tardent désir de celuy qui est, Monseigneur Illustrissime, de Vostre Grandeur, le tres-humble , etc.

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