‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 71 sur 185 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

Ilesttousjours plus vray que Dieu nous a donné Mademoiselle de Blonay : vous verrez que vous Taymerez lorsque vous la cognoistrez; et je seray le plus trompé du monde, ou Dieu la dispose à quelque chose de bien grand et de bien bon selon nostre dessein.

CDXLVII.

S. François de Sales, à Madame de Chantai,

Désintéressement de nostre Sainct, et son deslr sincère de n'estre qu'à Dieu.

A la fin de 1608.

On parle de m'aggrandir, mais c'est à bon jeu bon argent, et du costé de delà (1). Cela m'a mis en peine : car c'est avec le tiltre de la plus grande gloire de Dieu et du service de l'Eglise. Or, demeurez en paix, ma tres-chere fille; car il ne se fera rien que selon le bon playsir de sa divine Majesté, et sous sa conduitte. Je ne sçay d'où cela peut arriver, que ce grand prince continue si fort à me favoriser, sans que j*aye jamais fait nulle chose pour cela. J'ay fait response (car, comme je vous dy, c'est tout de bon) que j'estois tout à Dieu, et que je luy dirois : O Seigneur! que voulez-vous que je fasse? Entre cy et deux mois, je seray hors de cèste peine, par une resolution absolue. Priez donc bien pour moy, ma chère fille , affin que mon cœur se tienne pur de toutes vanitez et prétentions mondaines. Pour moy, je proteste que je ne veux que Dieu pour mon partage,, comme que ce soit.

La commodité de nos resolutions (2) ne se peut bonnement perdre, mais de plus en plus faciliter, moyennant la grâce divine. 0 ma fille, quand serons-nous unys à nostre Dieu, de l'unyon parfaicte? quand aurons-nous des cœurs embrasez de son amour? Courage, ma chère fille; nous sommes destinez à ceste heureuse fin : ne nous troublons point des sterilitez, car les sterilitez enfanteront enfin ; ny des seicheresses, car la terre seiche se convertira en sources d'eaux vivantes.

(1) Voir les lettres GXXXVII et GXXXVHI , tome VI , page 448.

(2) L'établissement d'une Congrégation , el le mariage de M. de Torens avec Mademoiselle Aimée de Chantai.

L'autre jour en l'orayson, considérant le coslé ouvert de Nostre Seigneur, et voyant son cœur, il m'estoit advis que nos cœurs estoient tout alentour de luy, quiluy faysoient hommage, comme au souverain Roy des cœurs. Qu'à jamais soit-il nostre cœur! Amen,

Et ceste petite Aymée sera des très- mieux aymées sœurs du monde; car je seray son frère : mais avec tout cela, cecy ne sera que nostre allyance extérieure; car celuy à Tœil duquel le fond de mon cœur est ouvert sçayt bien que le lyen intérieur duquel il joinct mon esprit au vostre est totalement indépendant de tous ces accidens, qui ne peuvent ny adjouster ny diminuer à ceste intime et tres-pure affection et unyon que Dieu a faite en nous.

CDXLVIII.

S. François de Sales, à Madame de Chantai.

Envoy de quelques exemplaires de V Introduction à la vie décote, pour plusieurs peraonnes.

Fia febvrier i609.

Mon Dieu! que vous serez la bien- venue, ma chère fille; et comme il m*est advis que mon ame embrasse la vostre chèrement ! Partez donc au premier beau jour que vous verrez, après que vostre cheval se sera délassé, lequel, sans doubte, on ne pourroitpas bien vous renvoyer, sinon depuis trois jours en çà, pour les dernières pluyes qui sont tombées en ce pays. Je vous souhaitte bon et heureux voyage , et que ma petite fille ne soit pas mallement du travail du chemin ; mais arrivant de bonne heure le soir, et la faysant bien dormir, j'espère qu'elle fera prou.

M. de Ballon désire tant que vous fassiez vostre giste chez luy, que je suis contrainct aussi de le désirer pour la bonne amitié qu'il nous porte.

Madame du Puits-d'Orbe m'avoit escrit qu'elle desiroit de venir avec vous ; mais ny la sayson n'est pas propre pour elle , ny je ne voudrois pas l'avoir en tems si incommode comme est le Caresme. Je luy escris donc qu'elle attende le vray printems, et qu'elle vienne en litière, affin que si l'une de ses sœurs veut l'accompaigner, elle le puisse faire sans appréhension d'aller à cheval. Je luy envoyé le livre cy-joinct (1), l'autre à Mademoiselle de Traves selon vostre désir. Le P. de Mandi m'en demandoitun :si

(1) Ulntroduction à la vie dévote.

LE FONDATEUR d'oRDRE. 353

VOUS luy donnez celuy que vous avez, je vous en rendray un plus brave icy ; car encore le faut-il consoler. J'en voudrois envoyer à plusieurs personnes; mais je vous asseure que pour tout il n'en est venu que trente en ce pays, et je n'ay peu fournir à la dixiesme partie de ceux à qui j'en devbis donner : il est vray que je n'en suis pas tant en peyne, parce que je sçay que de delà il y en a plus qu'icy, J'ay creu neantmoins que je devois en envoyer un à M. de Chantai (1), et qu'il s'ofiTenseroit si je ne le faysois, c'est pourquoy le voilà.

Qu'ay-je à vous dire de plus, ma chère fllle? Mille choses, mais que je n'ay nul loysir d'escrire, car je veux que Claude parte sans plus tarder. Sçachez seulement, ma vraye fille, que je suis tout plein de joye et de contentement de quoy vostre Croisy (2) parle non-seulement avec respect, mais avec un amour tout affectionné, de vous et de Messieurs vos pères, et, ce qui me plaist le plus, de ma chère petite Aymée. Je vous dy la vérité , il ne me sçauroit pjus donner de playsir-que par là, et vrayement j'espère que tout ira fort bien, et qu'il ne demeurera nul subjet de mescontentement à personne.

Ne vous repentez point de m'ayoir escrit des douze cens livres ; car vous ne vous devez nullement repentir de rien qui se passe avec moy.

Hé bien! je verray donc bien des misères, et nous en parlerons, à mon ad vis, à souhaict.

Ma mère désire que vous fassiez vostre petit délassement à Sales, où elle vous attendra pour vous'accompaigner icy; mais ne croyez pas que je vous y laisse sans moy : non pas, certes, car ou je vous y attendray, ou j'y seray aussitost que je vous y sçauray. Je n'escris point à vostre commère, car j'auray loysir de l'entretenir bien au long : et si, je confesse que vous m'avez fait bien playsir de la mettre sur vostre traiti , bien que pour elle il faudra peut-estre que je me mette en despense, affin qu'à son retourelle fasse bon récit de ma magnificence. Voyez-vous, je ris desjà dans le cœur sur l'attente de vostre arrivée.

(1) Le beau-père de Madame de Chantai.

(2) C'est un frère de notre Saint.

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