‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 72 sur 185 · VII · texte numérisé non relu

VII

CDXLIX.

S. François de Sales, à Madame de Chantai.

La foiUeflse de l'homme est digne de compassion dans sa sensibilité à la mort de ses proches; il est yray qu'on n'y peat pas estre tont à fait insensible ; mais, après avoir payé le tribut à la nature . il faut que la rayson et la religion priment le dessus.

La f eille de l'Assomption, 14 aonst 1609.

VoiCY la tpoisiesme fois que je vous escris depuis vostre despart, ma chère sœur, ma Bile. N. m'a bien dit de vos nouvelles, et de celles de M% laquelle il m'a despeinte pour fort affligée : mais je le croy bien ; c'estoit sa Bile, celle qui est morte. Helas! il faut avoir compassion à nos misérables âmes , lesquelles , tandis qu'elles sont en l'imbécillité de nos corps , sont très-fort subjettes à la vanité. Comment est-il possible, disoit S. Grégoire à un evesque , que les orages de la terre esbranlent si fort ceux qui sont au ciel? S'ils sont au ciel) comme sont-ils agitez de ce qui se passe en la terre? 0 Dieu, que ceste leçon de lasaincte constance est requise à ceux qui veulent sérieusement embrasser leur salut! Il est vray que ceste imaginaire insensibilité de ceux qui ne veulent pas soufiTrir qu'on soit homme m'a tousjours semblé une vraye chimère; mais aussi, après qu'on a rendu le tribut à ceste partie inférieure , il faut rendre le devoir à la supérieure, à laquelle sied, comme en sonthrosne, l'esprit de la foy, qui doit nous consoler dans nos afflictions, ains nous consoler par nos afflictions. Que bien-heureux sont ceux lesquels se resjouyssent d'estre affligez, et qui convertissent l'absinthe en miel! Il ne faut pas que je vous die, ma chère fille, combien afiFectionnement je vous recommande à Nostre Seigneur; car c'est un cœur tout nouveau , et qui va tousjours s'aggrandissant de ce costé-là.

Je suis un peu plus à l'orayson qu'à l'ordinaire : car ne vous faut-il pas un peu parler de mon ame, qui est tant vostre? Grâces à Dieu, j'ay un extrême désir d'estre tout à luy, et de bien servir son peuple. A Dieu, ma chère fille, que mon ame ayme et chérit incomparablement, absolument, uniquement en celuy qui, pour nous aymer et se rendre à nostre amour, s'est rendu à la mort. Vive Jésus, vive Marie! Amen.

LE FONDATEUR d' ORDRE. 3S5

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