‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 77 sur 185 · François de Sales, à Madame de Chantai · texte numérisé non relu

François de Sales, à Madame de Chantai

Observations reUclrei nu reglamcnc et *fULr«ida memutwe.

9a(>iuM6ID.

N'attendez nullement de moy une grande lettre, ma Ireschere Mère ; car j'ay tant escrit que je n'en puis plus, ayant esté conlrainct de faire derechef des lettres pour Moulins et Nevers, plus longues beaucoup que l'ordinaire, pour ui'esclaircir sur les responses que j'avois faites. Car on ne m'avoit pas dit tout, elje n'avois pas reapondu tout. Cest la vérité , que le vœu de M. du Tartre ayant esté fait en faveur de Nevers, et ayant esté non-seulement accepté, mais en bonne partie exécuté jusques à l'employ de dix mille francs, fait par ordre et procuration de M. du Tartre, i! n'y a nulle espérance qu'elle s'en puisse desdire, au moins quant à la part desjà employée.

Or, je croy que tout ira bien, et l'affaire d'Orléans aussi.

Les biens qui se font sans contradictions ne semblent pas estre de la race des biens des anciens chrestiens.

La pauvre sœur Jeanne-Charlotte a esté bien exercée, à ce qu'on m'escrit, et ce qui est plus déplorable, c'est que l'on a renouvelle ces vieux bruicts qui, comme tres-injustes, avoient esté ensevelis, ainsi que m'escrit ma chère fdle de Houssie, à laquelle je ne puis escrire, me contentant de la saluer de tout mon cœur pour ceste fois. 0 que le monde est inique, à mon gré, el que sa prudence est hayssable, parce qu'elle est serpentine et nullement associée à la simplicité colombine. 0 ! il n'y a nul danger que vous traittiez toutes ces filles maternellement, elles le

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reçoivent, je m*asseure, filialement. Ne vous empressez nullement pour vostre retour, ces fondations de delà sont de si grande importance qu'il n'y faut pas espargner le tems, et moy, voyant que je suis appelle à suivre M. le P. Cardinal, soit qu'il aille à Rome, soit qu'il aille en France, comme l'on dit qu'il fera ^ je ne suis plus de ce paya, ains au monde; et fais estât de n'avoir nulle habitation que dans le sein de l'Eglise. Je commence à ne phisarrester ma pensée qu'à la reunyon de l'aatre vie, en laquelle comme nous som ores inséparables d'esprit, nous le serons encore de veuë. J'attens toutes les heures qu'on m'escrive qu'il faut partir pour aller en France. Je donûay un exemplaire du Formulaire de la réception des filles à l'habit et aux vœux , trèsbien escrit à nos sœurs. Enfin , l'expérience a fait voir que quand les filles demeurent à la treille un peu eslevées , on les void mieux et on les entend mieux par tout l'oratoire. Ma Mère, je suis cruel & nos sceuars d'icy, car je ne les vois point , mais le «monde m'est cruel à tnoy q0i m'apporte tant de fasebefies-. Hélas! la pauvre sœur M. Magdelene est une bonne sœur, mais je ne sçay quand on la pourra tirer de dessus elle-mesme.

Mais la pauvre chetive sœur Jeanne-Françoise s'en va petit à petit, tout à fait folle, si Dieu n'y met sa puissante main. 0 pourveu que le dernier accident luy arrive en la grâce de Dieu , il importera peu. Je suis marry en la partie supérieure de cela, et m'estonne dequoyjen'enay nul sentiment ailleurs. Ma Mère, si j'allois à Rome , il ne faudroit nullemeût tfaitler des Constitutionsf, car ce ser oit tousjours à refaire, on deputeroit quelqu'un paur les revoir, qui les renverseroit toutes peut-estre. Il ne faudroit que procurer la perpétuité du petit office. Jamais il n'y eut religion de laquelle toutes les Constitutions ayent esté appreuvées à Rome par le Sainct-Siege. Il suffit que les Règles le soyent. Tout ce que la prudence y peut faire se fera, à la reveuë, après cela, il faut demeurer en paix et laissera la providence de Dieu de les establir. Et elle le fera. Je vous vay escrire un article pour ma fille , M. de Fronville et M. de ViUeneuve, que vous pourrez monstrer à celle-cy; car c'est pour le service de la sœur que j'ayme tout à fait.

CDLXX.

S. François de Sales, à Madame de Chantai.

A mesure que la tres-souveraioe bonté de la divine Trinité renvoyé l'esprit de son adoration en la saincte Eglise, elle renouvelle, ce me semble, celuy de la sacrée vocation de matreschere. Ires-bonne et tres-honnorée Mère, laquelle sortant de son pays, sans si^avoir où elle alloit, mais croyant à Dieu qui luy avoit dit : Sors de ta terre et de ton partage, elle viut en la montaigne qui avoit pour son nom Dieu la verra; et Dieu l'a veuë, multiplyant sa race spirituelle comme les estoiles du ciel.

Oh! Dieu soit à jamais glorifié, ma tres-chere Mère, avec laquelle je me resjouys, ains au cœur de laquelle mon cœur se resjouyt comme en soy-mesme! Oh! qu'il soit, ce cœur de ma Mère, éternellement fiché au ciel, comme une belle estoile, qui en ayt une grande trouppe autour!

Est-il possible que nous chantions elernellement le cantique de gloire au Père, au Fils, et au Sain et- Es prit? Ouy, l'ame de ma Mère le chantera es siècles des siècles. Amen. Et Dieu en sera beny en l'éternité des eternitez. Amen.

Vive Jésus! Gloire soit au Père, au Fils, et au Sainct-Esprit, de l'assemblée qu'il a faite de tous ces cœurs pour son honneur. Maishelas! que de confusion pour le mien, qui a si peu fldellement coopéré à une si saincte besongne! Or sus, ceste inesme tres-saincte Trinité, qui est une tres-souveraine bonté, nous sera propice; et nous ferons meshuy sa volonté. Amen.

S. François de Sales, à Madame de Chantai.

Oh sus , ma tres-chere fille , la plus grande gloire de Dieu , qui est la souveraine maislresse de nos affections , m'a retenu auprès de cesle bonne dame de Sainct-Cergue , pour la réduction de laquelle vous avez prié; car l'ayant veue disposée à prendre lea Boales resolutions de son bon-heur, je ne l'ay point voulu aban-

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donner qu'elle ne les eust faites, dont je loue Nostre Seigneur de tout mon cœur; et vous, loiiez-le aussi de tout vostre cœur, et nous le louerons tous deux de tous nos cœurs. J'ay opinion que sa Majesté divine sera honnorée en ceste conversion.

Je suis bien ayse qu'elle se soit un peu recréée auprès de vous; car, voyez-vous, elle sentira tousjours quelque petite tranchée de Tenfantement qu'elle va faire. Nous avons prins jour pour nous voir demain, et commencer, à mon advis, sa confession et préparation à la saincte communion , laquelle nous ferons dira*anche en vostre oratoire aussi : car, ma tres-chere fllle, puisque j'espère que les anges, et surtout la Reyne des anges, regarderont le spectacle de la dernière action de la réduction de ceste ame , je désire qu'elle se fasse autour de vostre chère petite trouppe; afBn que nous soyons tout regardez avec une joye extraordinaire , et qu'avec les esprits célestes nous fassions le festin d'allégresse surcest enfant revenu.

Je prie nostre doux Sauveilr qu'il respande sa douce et aggreable suavité sur vous, affin que vous reposiez sainctement, sainement, tranquillement en luy, et qu'il veille paternellement sur vous, puisqu'il est le tres-souverain amour de nostre inséparable cœur. 0 Dieu! ma chère fille, je le vous recommande, nostre pauvre cœur; soulagez-le, confortez-le, recreez-le le plus 6t le mieux que vous pourrez, affin qu'il serve Dieu; car c'est pour ceste considération qu'il le nous faut traitter : c'est l'agneau d'holocauste qu'il nous faut offrir à Dieu, il le faut donc tenir en bon poinct, et grasselet s'il est possible ; c'est lelict de l'espoux, pour cela le faut-il parsemer de fleurs. Consolez-le donc, ma chère fille, ce pauvre cœur, et luy donnez le plus de joye et de paix que vous pourreg:. Helas! qu'avons-nous autre chose aussi à souhaitter que cela?

Vive Dieu, ma fille; ou rien, ou Dieu : car tout ce qui n'est pas Dieu , ou n'est rien , ou est pis que rien. Demeurez bien toute en luy, ma chère fille, et le priez que j'y demeure bien tout aussi, et là-dedans aymons-nous puissamment, ma fille; car nous ne le sçaurions jamais trop ny assez. Quel playsir d'aymer sans craindre d'excez! Or, il n'y en a jamais point où on ayme Dieu. Je vous envoyé ce Miroir d'amour à M, C, de Gennes, et après vous jele verray; car j'en ay envie, estimant que ceste traduction, faite parles Chartreux, sera parfaicle.

s, François de Sales, à Madame de Chantai.

AdvaDUgi^âe h rie DotiTeUe; eihortadonsàEapporler iB]->it)I«iieni la soDstracUon KM»™ 1811.

Le Ire^-gmod el miraculeux S. Paul nous a resveillez de grand matin , ma Ires-chere Bile ; si fort il s'est escrié aux aiireilles de mon cœur el du voslre : Seigneur, que voulez-vous que Je faste (Act.9)?

Ma Ires-chere mère et toute chere Dlle, quand sera-ce que, tous morts devant Dieu , nous revivrons à cesLe nouvelle vie, en laquelle nous ne voudrons plus rien faire, ains laisserons vouloir à Dieu tout ce qu'il nous faudra faire, et laisserons agir sa volonté vivante sur la nosire toute morte?

Or sus, ma chere Elle, tenez-vous bien à Dieu, consacrez-luy

vos travaux, attendez en patience le retour devostre beau soleil.

Ah ! Dieu ne nous a .pas forclos de la jouyssance de sa douceur ;

il l'a seulement soustrailte pour un peu, affln que nous vivions

ù luy el pour luy, et non pour ses suavitez; aRin que nos sœurs

, travaillées treuvent chez nous un secours compatissant et un sup-

I port suave el amoureux; aHin que d'un cœur tout escorché,

[ morlelmasté, il reçoive l'odeur aggreable d'un sainct holocauste.

0 Seigneur Jeeus! par voslre tristesse incomparable, par la

I désolation nompareille qui occupa voslre cœur divin au mont

j Olivet et sur k croix , et par la désolation de voslre chere Mère,

I qu'elle eut tandis qu'elle fut privée de voslre présence, soyez la

I joye ou au moins la forée de ceste fdle, quand vostre croix et

I passion est Ires-uniquemenl conjoincte à son ame.

Je vous envoyé cesL eslan de nostre cœur, ma tres-ohere fille,

I que le grand S. Paul bénisse. Je pense qu'il vous faut caresser

1 sœur de nostre sœur N,; car enfin la douce charité est la

I vertu qui respand la bonne odeur ediRcative, et les personnes

1 moins eslevées la reçoivent avec plus de profict.

CDLXXIII.

s. François de Sales, à Madame de Chantai.

Sur le nom des Sœurs Oblates qu'il avoit d'abord adopté pour sa Congrégation naissante.

Saincte Françoise^ pstroime de la Visitation.

9 mars 1611.

OuY, ma chere fille, ouy, sans opiniastreté , nous chsingerons le nom de Sœurs Oblates, puisque ceste expression desplaist si fort à ces messieurs; mais nous ne changerons jamais le dessein et le vœu éternel d'estre à jcimais les tres-humbles servantes de la Mère de Dieu. Renouvellez-en la promesse en vostre communion ; j'en feray de mesme au sacrifice de la messe. Helas ! il y a aujourd'huy douze ans que j'eus la grâce de célébrer dans le monastère de ceste saincte veuf ve romaine , avec mille desyrs de luy estre -dévot toute ma vie. Comme elle est nostre saincte Patronne, il faut qu'elle soit nostre modelle. Elle aymoit bien autant son petit Baptiste que vous aymez vostre Celse-Benigne; mais elle laissa à Dieu l'entière disposition d'en faire à sa volonté, et il en fit un enfant de salut : ainsi je l'espère du très-cher enfant de ma très -chere Mère.

CDLXXIV.

S, François de Sales, à un Abbé.

n luy raconte les commencemens de l'Ordre de la Visitation ; il i^preuve le dessein

de son amy pour la reforme de son abbaye.

3 avril 1611.

Monsieur mon très-cher frère, l'incroyable parfum d'une amoureuse suavité, dont vostre lettre nom pareille en douceur pour moy est pleine, me force doucement à condescendre à vos fraternels désirs de sçavoir ce que je fay en ce recoing de nos montaignes , dont vous dites que l'odeur est montée j usqu'à vous. Je le croy facilement, mon tres-chere frère; puisque j'ay mis des holocaustes(i ) sur l'autel de Dieu , falloit-il pas qu'elles jettassent une odeur de suavité? Voicy donc, non pas ce que j'ay fait, mais ce que Dieu a fait Testé passé.

Mon frère deThorens alla quérir en Bourgogne sa petite femme, et amena avec elle une belle-mere, qu'il ne mérita jamais d'avoir ny moy de servir; vous sçavez desjà quelque chose

(1) Les religieuses de la Visitation, qui faisaient alors leur noviciat.

'ï>i y LETraES-

comrae Dieu donc Ta rendue ma fille. Or. 5<;achez que ceste fille est venue à aon chetif pere, affia qu'il la fiât mourir au monde , selon le dessein •:pie je vous ay communiqué à nostre d^Tiiere entreveue. Pressée des désirs de Dieu, elle atout quitté; et» avec une prudence et force non commune à son sexe fragLc , elle a ponrveu à son desengagement; en sorte que les bons treuveront beaucoup de choses à louer en cela, et les enfans malins du siècle ne sçauront sur quoy s'attacher pour former leurs médisances.

Nous Tenfermasmes le jour de la tres-saîncte Trinité, avec deux corapaignes et la servante que je vous fis voir, qui est une ame si bonne dans la rusticité de sa naissance, que, dans sa condition , je n'en ay point veu de telle. Depuis il vient des filles de Chamberi, de Grenoble , de Bourgogne, pour s'associer à elles: et j'espère que ceste Congrégation sera pour les infirmes un donx et gracieux refuge; car, sans beaucoup d'austeritez corporelles , elles prattiquent toutes les vertus essentielles de la dévotion.

Elles disent l'office de Nostre-Dame, font Torayson mentale; elles ont une police de travail, silence, obeyssance, humilité, exempte de toute propriété, extrêmement exacte; et, autant qu'en monastère du monde , leur vie est amoureuse , intérieure, paysible et de grande édification; après leur profession elles iront servir les malades, Dieu aydant, avec grande humilité. Voilà, mon très-cher frère, un petit sommaire de ce qui s'est fait icy.

Quant à la reforme que vous projetiez, je la passionne; et, faiitadvouerla vérité, vostre inMinalion m'incline et me tire tout à soy, vos ray sons sont preignantes [ I j, et vostre authorité toutepuissante pour moy,

Non, pour Dieu, ne craignez point de ra'importuner. J'ay sacrifié ma vie et mon ame à Dieu et à son Eglise, qu'imporle-t-il que je m'inccommode, pourveu que j'accommode quelque chose au salut des âmes? Traittez-moy donc fraternellement, puisque vous sçavez qu'entre nous tout se fait en charité et pour la charité. Or, la charité n'a point de peyne qui ne soit bien aymée : Ufji amatuTy non laboratur ; vel silaboratur, labor amatur{2\

Si ce pauvre garçon nem'eust rencontré icy pour se confesser à moy, il s'en alloità Rome, ne treuvant personne à son gréa qui ouvrir confidemment son ame, où à la vérité j'ay treuvé

(1) Pressantes. — (2) Où est la charité, il n'y a pas de peine, ou la peine est aimée.

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moins de mal que je ne pensois , et incomparablement moins qu'il ne croyoit. 0 mon Dieu! mon très-cher frère, si Dieu, qui incline tant de personnes à me remettre la clef de leurs coeurs, voire à en lever la serrure devant raoy, affin que je voie mieux tout ce qui est dedans , pouvoit si bien fermer le mien que rien n'y entrast jamais que son divin amour, et que rien ne Touvrist que la charité, hé! que vous m'aymeriez suavement! Priez fortement pour cela, et croyez fermement que je suis vostre, etc.

Je vous recommande à vos sacrifices la Mère abeille (1) de nostre nouvelle ruche ; elle est grandement travaillée de maladie , et nostre bon monsieur N., quoyqu'il soit l'un des doctes médecins que j'ay veus, ne sçayt qu'ordonner pour ce mal, qu'il dit avoir quelque cause inconnue à Galien, docteur des médecins.

Je ne sçay si le diable veut nous espouvanter par là , ou si elle n'est point trop aspre à la cueillette.

Et toutesfois je sçay bien qu'elle n'a point de remède à son gré que de s'exposer au soleil de justice. Quoy que c'en soit, j'ay tant à cœur ceste entreprinse, qui ne vient que d'en haut, que rien ne m'estonne en sa poursuitte, et croy que Dieu rendra tout à fait ceste mère une saincte Paule^ saincte Angele, saincte Catherine de Gennes, et telles sainctes veufves, qui, comme belles et odorantes violettes, ont esté si aggreables à voir dans le sacré jardin de l'Eglise. Dételle espouse de Jesus-Christ il est dit (2) : Myrrha, et gutta, et casia à vestimentis tuis, à domibîis ebumeis (Ps. 44).

CDLXXV.

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