‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 89 sur 185 · DXII · texte numérisé non relu

DXII

S, François de Sales, à M, de Forax, gentilhomme de la Chambre de M, le Duc de Nemours,

Il le prie de s'entremettre dans Teschange projette par nostre Salnct , d'un terrain qui appartenoit aux Dominicains d' Annessy, en faveuf des Religieuses de la Ylsitation.

Vers le 48 septembre 4614.

Monsieur, Textrerae nécessité que la Visitation a d'une partie du jardin de Sainct-Dorainique , sur lequel le bastiment nouveau regardera, fait que plusieurs gens d'honneur ont pensé de proposer queles Pères de Sainct-Dominique prinssentune partie d'un jardin du collège sur lequel ils regardent, et moyennant une recompense que l'on donneroit au collège, que les Dames de la Visitation fourniroient, et qu'en ceste sorte les Pères de Sainct- Dorainique lascheroient la partie requise de leur jardin en faveur de la Visitation , dont deux maysons , Sainct-Dominique et

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la Vi.iitatiori. derziefireroient inSnment a*?cociz:c-i*é^s . et le «d-

•'»r. j'e:: parLiv l'iiitre Joar à MocsL^ar l . -ijxi: ireava boa de le recorr-.'r.ir..:er aix adminiîtratears da cor.e:^e. par rentremise de M. d'i Fre^r.e. Mai^ mainter-.int «jne :e5 Pères Bamabites sc'Qt remiis . cela de^pendra aussi d'eux : c'est p'Oar«:pioy. s'il playsoit à Monsieur de leur tesmoigner qu'il désire ce commaii accommodement, il y a de {'apparence que la chose reûssiroit. poorveu que le tesmoignage de son desyr fust un peu bien exprimé ; ce que Sa Grandeur fera facilement. puistpi'eUe peut prier lesditî Bamabites de voir avec Messieurs de son Ganseil si cela se pourra bonnement faire, et que s'il se peut sans grande incommodité, il désire fort affectueusement que cela se fasse, et qu'il les en prie.

Il reste que je vous supplie d'en parler à Monsieur, ce qne je feray présentement, san* attendre davantage que les Pères Bajpnabites montent si haut, pour parler à Sa Grandeur; et il sera à propos qu'elle fasse ce bon office en ceste occasion. Je serois allé moy-mesme l'en supplyer, mais je n'ay pas creu que cela fost bien, puisque je me fusse rendu soupçonné: et peut-estre devrois-je en venir en ceste bonne affaire comme médiateur avec Messieurs du Conseil. Excusez-moy; j'espère ceste confiance. Monsieur, c'est en qualité de vostre, etc.

DXHI.

S. Françoûi de Sales , à une Dame.

n Texhorte a rhnmiiité : ceste vertu est le véritable esprit de L'Ordre de la Tisitation. Cent ordre est e^itablj poar la ploa grande gloire de Dieu , et doit respecter les antre» Inatitntd.

15 octdbre 1614.

Si la Providence divine vous employé, ma tres-chere fille. vous devez vous humilier grandement, et vous resjouyr, mais en ceste bonté souveraine, laquelle, comme vous sçavez, vous a fait assez cognoistre qu'elle vous vouloit vile et abjecte à vos propres yeux , par les consolations qu'elle vous a données es essays que vous avez faits de vous avilir et abaysser. Non certes , ma chère fille, je ne seray point en peine de vostre conduitte, si vous marchez sur ce chemin-là ; car Dieu sera vostre guide , et puis vous ne manquerez pas de personnes qui vous donneront con-

',!) Le duc de Nemoars.

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seil pour cela , selon vostre désir. J'escris au Père Grangier, que je vous prie encore de saluer fort affectionnement de ma part, et l'asseurer de mon humble service pour luy.

Vous faites extrêmement bien de tesmoigner une très-absolue indifférence ; car aussi est-ce le vray esprit de nostre pauvre Visitation, de se tenir fort abjecte et petite, et de ne rien s'estimer, sinon en tant qu'il playra à Dieu de voir son abjection : et partant, que toutes les autres formes de vivre en Dieu luy soient en estime et honneur; et, comme je vous ay dit, qu'elle se tienne entre les congrégations comme la violette entre les fleurs, basse, petite, de couleur moins esclatante; et luy suffise que Dieu l'a créée pour son service, et affin qu'elle donnast un peu de bonne odeur. en l'Eglise : si que tout ce qui est le plus à la gloire de Dieu doit estre suivy, aymé et poursuivy. C'est la règle de tous les vrays serviteurs du ciel.

C'est sans doubte la grande gloire de Dieu qu'il y ayt une congrégation de la Visitation au monde; car elle est utile à quelques particuliers efifects qui luy sont propres : c'est pourquoy, ma tres-chere fille, nous la devons aymer. Mais s'il se tjreuve des personnes plus relevées, qui ayent aussi des prétentions plus grandes, nous devons les servir et révérer tres-cordialement quand l'occasion s'en présentera. J'attendray donc de vos nouvelles plus particulières sur le service que vous pourrez rendre à ceste nouvelle plante, laquelle, si Dieu veut estre une plante de la Visitation, et une seconde Visitation, sa bonté en soit à jamais glorifiée.

Je suis bien ayse que vous logiez aux Ursulines : c'est une des congrégations que mon esprit ayme. Resaluez-les de ma part, et les asseurez de mon affection à leur service en tout ce que je pourray, qui ne sera pourtant jamais rien , à cause de ce que je suis.

Tenez bon, ma tres-chjere fille, dans l'enclos de nos sacrées resolutions : elles garderont vostre cœur, si vostre cœur les garde avec l'humilité, la simplicité, la confiance en Dieu. Vostre plus humble et affectionné frère et serviteur. — François, Ev. de Genève.

DXt\'.

S. Fnmant Je Satts, éta Men Je Cituut,ài

Ceetes. Ta\ tres-chere SUe, tous me faites bteo pisfsirde me DoiBiner 7<Ktre pere; car j'a^ en vérité bîeo on cceor amt»rea^raesl fateroei poor le vostre, ieqiiel je TO<y bien toa&joorE an petit foible en ce5 ordioaires légères conlradictinas qoi luy orrivenL; maiâ je ne (aiase pas de l'aymer. Car, eocore qu'il lay semble quetquesrois qu'il va perdre courage pour des petites parollee et reprehensioua qu'on Iny fait, tontesTois il oe l'a eocore jamais perdu, son courage, ce pau\Te cœur;ear son Dîeul'a tenu de sa main forte , et , selon sa miséricorde , il D*a jamais abandonné sa misérable créature. 0 ma tres-diere fille! il ue l'abandonnera jamais : car. quoyque nous soyons troublez et angoissez de ces impertinentes tenlatioDS de chagrin et de despk, «i est-ce que jamais nous ne voulons quitter Dieu, ny Noslre- Dame, ny nostre Congrégation qui est sienne , ny aos Règles qai sont sa volonté.

Vous dites bien en vérité, ma pauvre chère fille Peronae- Marie, ce sont deux hommes ou deux femmes que vous avez en voas. L'une est comme une certaine Marie, laquelle, comice fut jadis S. Pierre , est un peu tendre, ressentante , et se depiteroit volontiers avec chagrin quand on la touche : c'est ceste Marie qui est fille d'Eve, et qui, par conséquent, est de mauvaise humeur. L'autre, c'est une certaine Marie qui a une tres-bonae volonté d'estre tout â Dieu, et, pour eslretout à Dieu, d'estre tout simplement humble, et humblement douce envers tous les prochains : et c'est ceJle-cy qui voudroit imiter S. Pierre, qoi estoit si bon après que Nostre Seigneur l'eut converti ; c'est ceste Marie qui est fille de la glorieuse vierge Marie, et par coas»quent de bonne affection.

Et les deux filles de ces diverses mères se battent; et ceUsqni ne vaut rien est si mauvaise, que quelquesFois la boune abieo B faire à s'en deffendre; et lors il est advis à ceste pauvre bonne qu'elle a esté vaincue, et que la mauvaise est la plus brave. Mais non certes, ma pauvre chère Peronne-Marie; ceste mauvaise-là n'est pas plus brave que vous ; mais elle est plus alficheuse, perverse, surprenante et opiniastre ; et quand vous altet

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pleurer, elle est bien ayse, parce que c'e&t tousjours autant de tems perdu; et elle se contente de vous faire perdre le tems, quand elle ne vous peut pas faire perdre reternité.

Ma chère fille,, relevez fort vostre courage, armez- vous dé la patience que nous devons avoir avec nous-mesmes; re veillez souvent vostre cœur, affin qu'il soit un peu sur ses gardes à ne se laisser pas surprendre ; soyez un peu attentive à cest ennemy ; où que vous mettiez le pied, pensez à luy si vous voulez; car cestë mauvaise fille est partout avec vous , et , si vous ne pensez à elle, elle pensera quelque chose contre vous : mais quand il arrivera que de sursaut elle vous attaque, encore qu'elle vous fasse un peu chanceler et prendre quelque petite entorse , ne vous faschez point , mais reclamez Nostre Seigneur et Nostre- Dame; ils vous tendront la saincte main de leur secours , et s'ils vous laissent quelquesfois en peine , ce sera pour vous faire derechef resclamer et crier de plus fort à Tayde.

N'ayez point honte de tout cecy ma chère fille , non plus que S. Paul, qui confesse qu'il avoit deux hommes en soy, dont l'un estoit rebelle à Dieu, et l'autre obeyssant. Soyez bien simple, ne vous faschez point, humiliez-vous sans descouragement, encouragez-vous sans présomption ; sçachez que Nostre Seigneur et Nostre-Dame vous ayant mise au traccis du mesnage, sçavent bien et voyent que vous y estes tracassée; mais ils ne laissent pas de vous chérir, pourveu que vous soyez humble et confiante. Mais, ma fille, n'ayez point honte d'estre un peu barbouillée et poudreuse : il vaut mieux estre poudreuse que tigneuse; et pourveu que vous vous humiliez, tout se tournera en bien. Priez bien Dieu pour moy, ma chère fille , certes, toute bien-aymée; et qu'à jamais Dieu soit vostre amour et protection. Amen.

fDXV.

S, François de Sales , à Madame de Chantai.

L'on ne doit pas se retenir de parler de Dieu dans les occasions où cela peut estre utile : H ne faut potot avoir à cest esgard de respect humain. -^ Ce n'est pas estre hypocrite . de ne pas faire aussi bien que l'on parle. — Autres conseils à l'usage d'une personne du monde.

Décembre 1614.

Je respons à vostre lettre XIV, ma tres-chere fille.

*!** Dites à ceste chère B. Marie, qui m'ayme tant, et que j'ayme encore plus, qu'elle parle librement de Dieu partout où elle pensera que cela soit utile , renonçant de bon cœur à tout ce

: que ceux qui l'escoutent peuveul penser ou dire d'elle. En on

mot, je luy ay desjà dit qu'il ne faut rien faire ou rieu dire pour

en eslre loué , ny laisser aussi de rieo faire ou rien dire crainte

d'estre loué. Et ce n'est pas eslre hypocrite, de ne faire pas si

bien que l'on parle : car. Seigneur Dieu ! à quoy eu serions-nous?

il fautlroit donc que je me tusse, de peur d'estre hypocrite,

' puisque aî je parloîs de la perfeclion , il s'en suivroit que je pen-

I serois estre parfaict. Mou certes, ma chère lille, je ne pense pas

I estre parfaict, parlant de la perfection, non plus que je Dépense

I pas estre Italien, parlant italien : mais je pense sçavoir le langage

I de la perfection, l'ayant apprins de ceux avec qui j'ayconversé,

■ qui le parloient.

2° Dites-luy qu'elle poudre ses cheveux , puisque son intention

est droicte; car les cogitations qui viennent sur cela ne sonlnul-

, lement considérables. Il ne faut pas entortiller vostre esprit

I parmy ces toiles d'aragnes. Les cheveux de l'esprit de ceste

\ flUe sont encore plus deslyez que ceux de sa teste , et c'est pour-

quoy elle s'embarrasse. Il ne faut pas estre si poinclilleuse, ny

s'amuser à tant de respliques auxquelles Nostre Seigneur n'a

point d'esgard, Dites-luy donc qu'elle marche à la bonne foy,

par le milieu des belles vertus de la simplicité et humilité, et

non par les extreraitez de tant de subtîlilez de discours et de

considérations. Qu'elle poudre hardyment sa teste ; car les

faysans gentils poudrent bien leur pennage, de peur que les poux

ne s'y engendrent,

3° Qu'elle ne perde pas le sermon ou quelque bonne œuvre, faute de dire : Hastez-vous; mais qu'elle le die doucement et tranquillement. Si elle est à table, et que le Sainct-Sacrement passe, qu'elle l'accompaigne en esprit, s'il y a d'autres gens à table avec elle; s'il n'y a personne, qu'elle l'accompaigne, si sans s'empresser elle peut y estre assez tost ; et puis , qu'elle retourne doucement prendre sa réfection ; car Nostre Seigneur ne vouloit pas mesrae que Marthe le sérvist avec empressement,

4° Je luy ay dît qu'elle pouvoit parler fortement et résolument es occasions où il est requis, pour retenir en devoir la personne qu'elle sçayt; mais que la force estoit plus forte quand elle estoit tranquille , et qu'on !a faysoit naistre de la rayson , sans meslange de passion.

3° La société des douze ne sçauroît estre mauvaise ; car l'exercice duquel elle se sert est bon; mais il faut que ceste B. M. qui ne veut point de peut-eslre, souffre celuy-cy, que peul-estre ceste société est véritable; car, n'estant nullement tesmoignée

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par aucun prélat, ny aucune personne digne de foy, nous ne sçaurions estre asseurez qu'elle ayt esté instituée; le livret qui le dit n'alléguant ny autheur ny tesmoin qui en asseure. Ce qui ne peut nuyre et peut profîtter est neantmoins bon.

6^* Qu'elle marche en l'orayson, ou par poincts, comme nous avons dit, ou selon son accoustumée ; il importe peu : ains nous nous souvenons bien que nous luy dismes que seulement elle preparast les poincts, et s'essayast au commencement de Torayson de les savourer; et si elle savoure, c'est signe que Dieu veut qu'elle suive ceste méthode, au moins alors. Que si neantmoins la douce présence accoustumée l'occupoit par après , elle s'y laissast aller, et aux collocques aussi qu'elle fait par Dieu mesme, qui sont bons en la sorte qu'elle me les représente en vostre lettre : mais pourtant il faut aussi quelquesfois parler à ce grand Tout , comme voulant que nostre rien fasse quelque chose. Or, puisque vous lisez nos livres, je n'adjousteray rien, sinon que vous alliez simplement, rondement, franchement et avec la naïfveté des enfans, tantost entre les bras du Père céleste, tantost tenue par la main.

7** Quant à madame de N., s'il y a apparence qu'on puisse ériger une mayson par delà , il la faut faire venir icy; car il y aura plus (ie facilité de la renvoyer; si moins, je suis d'advis qu'elle suive sa première visée. Mais au premier cas, je vous laisseray mesnager l'affaire pour Lyon, non pas envers ma sœur Fabre, qui sera tousjours contente de ce que nous ferons, estant si grandement nostre flUe et sœur, comme elle l'est, mais ailleurs allons comme vous sçavez.

Or de cecy faites-en la response à M. de BDqueron, s'il vous playst, en cas que je ne puisse pas luy escrire; car je suis fort pressé, certes, et par conséquent ne sçaurois escrire à M. de Sainct-André pour ce coup. Si vous luy faites voir la copie de ce que j'escrivois à Madame de Vissilieu, cela suffiroit pour un tems.

Je suis ayse que mes livres ont treuvé de l'accez en vostre esprit, qui estoit si brave que de croire qu'il se suffisoit à soymesme : mais ce sont des livres du père et du cœur duquel vous estes la chère fille, puisqu'ainsi il a pieu à Dieu, auquel soit à jamais honneur et gloire.

4âl LETTRES.

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