‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 90 sur 185 · François de Sales, à Madame de Chan£al · texte numérisé non relu

François de Sales, à Madame de Chan£al

Salnet Fmiu^ift I117 parlé de am myafB à Lyon, pour j estafilir les Sœma de b

If^DAMEr la pensée m'est renne en escrîvant à M. Berger que pent-estre Monsergnenr le Cardinal (2) le rendra vostre père spirituel à Pairis , puisque Q se va rendre ecdesiastiqne aox quatretems des Cendres, et je croy que la maison en seroit bien et cordialement assistée. Je vous prie qu'en entrant on sortant d^Orleans vous preniez occasion de voir la Mère prieure des Carmélites , fîfle aynée de la sœur Marie de Flncamation, laquefle, tandis que je fiis à Paris, il fa vingt ans , cstoît non-seulement, ma fille spirituelle, mais ma partiale, aagée d'environ treize ans, et qui a voit un naturel bon, franc et naïf, comme aussi la Mert supérieure qui fit en ce tems-la son premier rœa de virginité et sa confession générale devant moy. Je me trompe si vous ne treuvezà Moulins quelque sorte de tentation à cause de la singularité de ma sœur Marie- Aymée, mais je pense pourtant que ce ne sera qu'une tentation humaine et digne de cbmrité. M. Boucher, chancelier et théologal d'Orieans , est mon ancien compaignon d'^estude qui m'a tousjours grandement aymé.

Puisque la conduitte de vostre chemin de Paris à Dijon , poar passer par les monastères, requiert que vous veniez à Moulins, et que les sœurs que Ton prendra icy et à Grenoble vous aillent prendre là, il faudra donc sçavoirà poinct nommé le tems auquel il les faudroit envoyer, et comme quoy les choses passeront, c'est-à-dire d'où viendra l'advis qp>e nous devons recevoir; mais il me semble pourtant que n'y ayant que quarante lieues d'icy à Dijon, ce sera grandement allonger le chemin de passer à Moalins. Je ne sçay pas bonnement combien il y a de Moulins à Monlferrant, mais si cela est assez commode, je pense que ce seroit

de la consolation à ces filles que vous les allassiez prendre

leur supérieure pour Dijon, laquelle, comme je prevoy, il y aura peyne de tirer , selon que vous verrez par la lettre qu'elle m'escrit cy-joincte. J'ay desjà adverti ma sœur Marie-Marguerite MiUetot, oultre laquelle il seroit peut- estre bon d'envoyer encore là la

(1) Sainte Chantai et sa colonie arrivèrent à Lyon le 25 janvier 1615.

(2) Le cardinal de Marquemont, archevêque de Lyon.

LE FONDATEUR d'oRDRE. 425

sœur Bernarde-Marguerite, laquelle s'est tellement amendée^ qu'enfin elle est receue à la profession.

Je suis de Tadvis de M. de Marillac, que nos sœurs allant par les champs portent leur crucifix avec elles.

J'ay veu l'histoire de la consultation faite pour nostre treschere fille Madame de Port-Royal , sur laquelle il n'y a rien à dire , sinon que je voy un examen merveilleusement ponctuel en ce que on y a pensé que la longueur du tems , et la multitude des actions de supériorité, nonobstant la protestation et le continuel desadveu intérieur, ceste fille soit tellement obligée de demeurer qu'elle ne puisse pas faire autrement, car bien que cela soit probable en terme de conscience, si est-ce que cela n'est pas advoûé de tous , et de plus le Pape en peut dispenser. Je tiens aussi la comparayson de la perfection de la règle de sainct Benoist avec l'institut de la Visitation un peu rigoureuse et desadvantageuse, car il faudroit faire la comparayson de la règle de sainct Benoist avec la règle de sainct Augustin , et bien qu'e peut-estre la règle de sainct Benoist demeurast encore supérieure en perfection, si est-ce que la comparayson empescheroit tout mespris pour la Visitation, c'est-à-dire toute tentation de mespris. Mais tout cecy que je vous dy sur ceste consultation ne doit estre nullement allégué, ains simplement considéré avec humilité, et laisser en sincérité k décision à Rome. Et partant, il faut bien advertir ceste chère fille qu'elle n'est pas de la vivacité de son esprit pour respliquer et respondre, et qu'au moins à cela elle suive l'Institut de la Visitation, et comme que ce soit elle pourra de tems en tems souslager son esprit, puisqu'elle a la permission d'entrer à la Visitation, et si j'espère que s'accommodant doucement au bon playsir de Dieu , il la consolera finalement.

Si vous sçaviez, ma chère Mère, combien il m'arrive de destour en ceste ville du despart de M. Rolland, vous ne seriez pas estonnée si je n'escris pas aux chères âmes que la mienne et la voslre ayment tant. Madame la présidente Amelot sçayt bien, je m'asseure, que mon cœur est tout sien devant Dieu et ses anges, je me resjouy avec elle de l'honneur, du bon-heur que sa chère fille Marie aura à ceste feste de Pasques en sa première com*munion, et sij'estois là, je prendrois bien à faveur d'estre son instituteur à ceste action qui, à la vérité, est bien importante; te petit livret du Père Fulve Androce, de la Confession et Commu* nion, contient plusieurs petits poi nets propres à cela, mais puisque, comme je croy, le Révérend Père Suffren est à Paris, rien ne lu y peut manquer.

Nous enverrons donc, quand vous le marquerez et ainsi vous l'ordonnerez, des filles pour vous accompaigner à Dijon, selon le nombre que vous nous diriez estre nécessaire; nous avons pensé pour cela à ma sœur Marie-Adrienne Fichet, laquelle est de bon esprit et de bon cœur, comme vous sçavez ; à ma sœur Françoise- Augustine de Moyran près Sainct- Claude, que je confesse estre une fille grandement à mon gré, et, si je ne me trompe, tout à fait irrépréhensible en l'intérieur et en l'extérieur; à ma sœur Marguerite-Scholastique de Bourgoigne, qui est douce, manyabie et de bon esprit, cousine germaine de vostre assistante; à ma sœur Marguerite- Agnes , qui est d'auprès de Vienne, qui est de bonne mayson, de bonne observance et d'une aggreable simplicité; à ma sœur Peronne-Marie Benob, sœur domestique, grandement douce et plyable; oultre ma sœur Marie-Marguerite Milletot, qui viendra de Grenoble, que vous cognoissez, et ma sœur Bernarde-Marguerite, qui est celle de Dijon , que vous nous envoyastes, de la capacité de laquelle bien qu'on ayt doubté quelques mois durant, on a depuis eu bonne satisfaction. Il est à considérer si vous treuverez plus à propos qu'on la fasse professe icy, ou qu'on l'envoyé pour faire profession à Dijon sur l'attestation qu'on luy feroit icy de sa capacité , car nous avons pensé que peut-estre seroit-on bien ayse que ceste action se fist là en présence de ses parens et amys , et la rendre ainsi la première fille de ce monastère. Or ce sera donc à vous, ma treschere Mère, de nous advertir si vous voudrez ou moins ou plus de filles et quand elles devront partir.

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