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S. François de Sales, à une ReKgieuse,
Eflects et signes dlfferens de l'amour-propre et de la vraye charité. Exemple , comparaysons , remèdes.
0 plust à Dieu, ma tres-chere fille , que ce fust le Traitté de Tamour céleste qui me tinst occupé toutes les matinées ! il seroit bientost achevé, et je serois bien -heureux d'appliquer mon esprit à de si douces considérations ; mais ce sont des infinitez de petites nyaiseries, que le monde par force m'apporte tous les jours, qui me font de la peyne et de la fascherie , et rendent mes heures inutiles : neantmoins, tant que je m'en puis eschapper, je mets tousjours quelques petites hgnes en faveur de ce sainct amour, qui est le lyen de nostre mutuelle dilection.
Or, venons à nostre lettre. L'amour-propre peut estre mortifié en nous: mais il ne meurt pourtant jamais; ains, de temsen lems et à diverses occasions, il produict des rejettons en nous, qui tesmoignent qu'encore qu'il soit coupé par le pied, si n'est-il pas desraciné. C'est pour cela que nous n'avons pas la consolation que nous devrions avoir, quand nous voyons les autres bien faire ; car ce que nous ne voyons pas en nous ne nous est pas si aggreable, et ce que nous voyons en nous nous est fort doux, parce que nous nous aymons tendrement et amoureusement.
Que si nous avions la vraye charité, qui nous fait avoir un mesrae cœur et une mesme ame avec le prochain, nous serions parfaictement consolez quand il feroit du bien.
Ce mesme amour-propre fait que nous voudrions bien faire telle ou telle chose par nostre eslection, mais nous ne le voudrions pas faire par l'eslection d'autry uny par obeyssance ; nous voudrions la faire comme venant de nous, mais non pas comme venant d'autruy. C'est tousjours nous-mesmes qui recherchons
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nous-mesmes nostre propre volonté et nostre amour-propre : au contraire, si nous avions la perfection de l'amour de Dieu, nous aymerions mieux faire ce qui est commandé, parce qu'il vient plus de Dieu et moins de nous.
Quant à se playre plus à faire des choses aspres qu'à les voir faire aux autres, ce peut estre par charité, ou parce que secrettement l'amour-propre craint que les autres ne nous esgalent ou surmontent. Quelquesfois nous nous mettons plus en peyne de voir mal-traiter les autres que nous , par bonté de naturel ; quelquesfois c'est parce que nous croyons estre plus vaillans qu'eux , et que nous supporterions mieux le mal qu'eux-mesmes, selon la bonne opinion que nous avons de nous.
Le signe de cela, c'est qu'ordinairement nous aymerions mieux avoir les petits maux, que si un autre les avoit; mais les grans, nous les aymerions mieux pour les autres que pour nous. Sans doubte, ma chère fille, ce qu'on a de respugnance à l'imaginaire rehaussement des autres, c'est parce que nous avons un amourpropre qui nous dit que nous ferions encore mieux qu'eux , et que ridée de nos bonnes propositions nous promet des merveilles de nous-mesmes, et non pas tant des autres.
Au bout de tout cela , sçachez, ma vrayement tres-chere fille, que ce que vous avez ne sont que des sentimens de la portion inférieure de vostre ame; car je m'asseure que vostre suprême portion desadvouë tout cela. C'est le seul remède qu'il y a de desadvouer les sentimens , invoquant l'obeyssance , et protestant de la vouloir aymer, nonobstant toute respugnance, plus que non pas la propre eslection; louant Dieu par force du bien que l'on voit en autruy, et le supplyant de le continuer, et ainsi des autres.
Il ne se faut nullement estonner de trouver chez nous Tamourpropre, car il n'en bouge. Il dort quelquesfois comme un renard, puis tout à coup se jette sur Tespaule ; c'est pourquoy il faut avec constance veiller sur luy, et avec patience et tout doucement se deffendre de luy. Que si quelquesfois il nous blesse, en nous dédisant de ce qu'il nous a fait dire , et en desadvouant ce qu'il nous a fait faire, nous sommes guéris.
Or, je ne voy que passamment la dame qui devoit venir pour faire sa confession générale, et avec des yeux tout moites d'avoir laissé sa fille : car les grans du monde se laissent en se laissant; mais ceux de Dieu ne se laissent jamais, ains sont tousjours unis ensemblement avec leur Sauveur. Dieu vous bénisse, ma chère fille.
i'W LETTRES-
DXXM.
S. Franroh //<? Sales, à Madame de Chantai,
l\ .ny :iuiiii« j» orrir» «la mfrieria {MT rapport à m» inUrmitez. — U j^ yiejsLLlt TïuyiM «ir .a fai'oa te Lirf ewrrtrc. — II sppreare -«fa estac l'oKayson. — E InT* Jonne dn «t7V> 4iir qneiiiiw» OMniet«<te La 'tùetpline rgftgferMe.
Avsitleimn 1613.
•jTTOTQrE ce 5oit par nostre M. de Malio l que je tous escris, ma trei»-chere Mère , si est-ce que je vous escris sans loysir et emprefi-tement : car soachez que je ne pensois pas qu'il partis! à to*t; et oultre cela, je suis tellement embesongné du livre 2 • que tr>ut le tems que je puis gaigner bonnement, je remployé là : si qu'ayant attendu jusqu'à ceste heure je me treuvebien en peyne: car je vondrois vous escrire une grande lettre . et je ne sçay si je pourray. Je m'en vay dire en desordre tout ce que je treuveray devant mon esprit sur le subjet de vos trois lettres; Tune receue par voye de Chamberi, l'autre par M. de Medio, b troisiesme par le sieur Pierre.
i** M. Grandis consent que vous laissiez fermer vostre caustique de la teste, pourveu qu'une sepmaine devant vous preniez une dose ordinaire de vos sirops.
2* Il est requis que vous mangiez des œufs ; et n'y a personne, ce croy-je , qui s'en puisse mal édifier.
3* Voyez-vous, ma tres-chere Mère, quand je vay voir nos filles, il leur vient de petites envies de sçavoir de vos nouvelles par moy ; et si je leur pouvois monstrer de vos lettres , cela les contenteroit grandement. C'est pourquoy je vous demande ainsi des feijilles que je leur puisse monstrer, et à M. de Torens, et au nepveu. Or, quant à ma nièce de Brechart elle sçayt bien que je suis vous-mesme, car elle a vendes billets qui contiennent ceste verité-là : mais pourtant je ne luy ay pas voulu monstrer ces trois dernières lettres, ny en tout, ny en partie. Mais de ce poinct faites vos commoditez tout à vostre gré, car je ne feray rien que de bien à propos.
i" Dans les billets de salutations, quand vous m'en escrivez, il ne faut pas me dire, mon père, monamy; car je les veux pouvoir monstrer pour la consolation de ceux que vous saluerez.
3Me loue Dieu de vostre accoysement, et de quoy vous estes
(1) C'était an chanoine de Saint-Nizier, à Lyon.
(2) Le Traité de V Amour* de Dieu.
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hors de double que Torayson de simple remise en Dieu ne soit extrêmement saincte et salutaire. 0 ma chère Mère, ma fille! il n'en faut jamais doubter : il y a si long-tems que nous Tavons examiné, et tousjours nous avons treuvé que Dieu vous vouloit en ceste manière de prier. Il n'y faut donc plus autre chose que continuer doucement.
6° Certes , en ces grandes villes, je ne voudrois pas ouvrir la porte aux visites des parens malades pour en faire des sorties ordinaires; et si elles sont extraordinaires, au moins faut -il que le père spirituel sçache la nécessité qu'il y a; comme aussi pour aller voir un monastère de filles, quand on en seroit recherché. Mais je voudrois que Tobhgation de le faire sçavoir au père spirituel ne tendist qu'à lui faire pourvoir aux circonstances des sorties, et à la bien-seance; combien si quelque accident inopiné ne surprenoit, je pense que ces visites de parens ne se devroient faire que sur une délibération prinse en chapitre. C'està-dire, si un père, si un frère desiroit d'estre visité, je voudrois que, selon la grandeur de la maladie, la distance du lieu, la qualité de la mayson , on avisast si on devra plusieurs fois visiter, si avec service et assistance, si en carrosse, ou en tems qu'on ne rencontre pas des gens; si c'est une mayson où il y ayt un grand abord , ou une mayson de dévotion , et ainsi du reste. Mais nous y penserons encore mieux.
7** Ceux avec lesquels on confère ou on se confesse ainsi quelquesfois par occasion ou rencontre, ne sont ny confesseurs ordinaires ny extraordinaires, mais confesseurs de dévotion : or, estant gens qualifiez, il n'est pas besoin de demander licence. On appelle confesseurs extraordinaires ceux qui, en certain tems, comme quatre et cinq fois l'année, viennent; mais ceux de dévotion ne viennent que par rencontre.
8° Je n'entens pas ce que vous me demandez, quand vous me dites que je vous envoie une copie de l'establissement auquel il faudra spécifier les sorties.
9° Le père recteur seroit excellent pour confesseur.
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