‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 97 sur 185 · Franrois de Sales , à Madame fie Chantai · texte numérisé non relu

Franrois de Sales , à Madame fie Chantai

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Pensez comme je vous escris, ma tres-chere ilere! hver, jour de la mort de nostre vie , au retour des Ténèbres • je treuvay vos lettres; ce matin jour de la Sépulture, tout eu allant faire les Ordres pour sept à huict personnes de qualité en nostre chapelle de la Visitation : 1** pour ma tres-chere sœur M. S. Elisibeth, je ne desappreuve pas son ouvrage, ny ne l'appreuve; mais il seroit inutile que je commette quelqu'un pour ouyr les tesmoins, et recevoir authentiquement leurs dépositions; et non-seulement les tesmoins, mais Madame du Paraclet et ses religieuses : or, il faut que je tasse cela avec conseil et beaucoup de soing. Cependant nous penserons s'il sera expédient qu'elle mesme y aille; il faut en tenir secrette la délibération.

Si Monseigneur TArchevesque vient y on pourra bien dispenser pour Taage en la réception de ces damoiseUes, en la contemplation des mères, qui pourront tenir place d'une partie de la resolution que Taage ne permet pas aux filles. En somme, il faudra fort condescendre aux volontez de Monseigneur TArchevesque, pourveu que l'on treuve moyen d'esviter la conséquence : car c'est une règle tres-salu taire, que celle-là, de ne recevoir point avant Taage compétent , pour oster toute excuse au repentir, s'il en venoit.

Toutes ces âmes seront bonnes, si elles sont courageuses, et M. Colin et tout; mais pour me charger de soing quelconque d'affaires, helas! vous sçavez comme moy-mesme quel homme je suis pour cela; c'est-à-dire que je ne suis pas homme pour cela. Vous pouvez tousjours respondre pour moy sans scrupule, car il se treuvera tousjours que ce sera moy qui auray respondu. Vous estes, et d'esprit, et de volonté, et de tout, une mesme chose avec moy : vous sçavez ce que je puis , que je veux , et que je souhaitte. Ne me renvoyez donc rien, mais respondez hardyment. On peut faire venir les damoiseUes des Capucines pour essayer, et estant treuvées propres, ne les point renvoyer : car il n'y a pas grand hazard de les tenir en leur habit.

(1) Date présumée.

Monseigneur TArchevesque veaant, humiliez- vous fort cordialement pour moy, comme moy-mesme , et Tasseurez fort de l'estime, amour et révérence que j'ay à sa personne.

Prenez garde à retenir la liberté des sorties extraordinaires, entre lesquelles les jubilez..., la visite des proches malades, ouy mesme de quelque signalé bienfaicteur ou grand amy de la mayson, et mesme de quelque sermon, comme celuy de la Passion, doivent, ce me semble, estre reservez, et toutes autres occasions esquelles la communauté des sœurs, avec Tadvis du Père spirituel , trouveront que ce seroit à propos ; car il faut réduire la prattique des sorties à la seule bien-seance et modestie que la religion, joincte à la condition du subjet, requiert : car ainsi en fait-on es congrégations d'Italie.

Helas! ma chère Mère, il faut que je finisse. Nos Sœurs ne sçavent pas que j'escris; car c'est par la voye de Ghamberi. Elles ont Madame de Chateaufort, Madame la baronne de Chatelard, et Madame de la Flechere la veufve, trois bonnes et braves hostesses, dont la première parle fort de revenir un jour de tout, et l'autre est maryée, mais une perle; son mary est filz du baron de la Serraz; fille de Madame Mont-Sainct-Jean.

Hyerje fis le sermon de la Passion en deux heures et demye; nos hommes disent que c'est chose extraordinaire. Ma tres-chere Mère, j'ay tant prié Dieu pour vous, et le feray encore. Tout m'annonce le bien de nostre indivisible unité. 0 Seigneur Jésus, vivez à jamais, régnez, et à jamais soyez beny dans nostre unique cœur. Amen,

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