‹ Œuvres complètes de Saint-François de Sales (volume 3)Chapitre 99 sur 185 · DXXIX · texte numérisé non relu

DXXIX

S, François de Sales, à Madame de ChaniaL

Estre calomnié est une marque de l'approbation de Dieu ; les peines intérieures sont un excellent moyen de parrenlr à la perfection. — La charité unit les cœurs en quelque distance que soient les corps.

13 may 1615.

Je loue Dieu , ma tres-chere Mère, de quoy ceste pauvre petite congrégation de servantes de la divine Majesté est fort calomniée. Helas! je regrette les péchez des calomniateurs : mais ceste injure receue est une des meilleures marques de l'approbation du ciel : et, affin que nous sçeussions entendre ce secret, Nostre Seigneur luy-mesme de combien de façons a-t-il esté calomnié! Oh! que bien-heureux sont ceux qui endurent persécution pour la justice i^dXih, 6)!

Vostre affliction intérieure est encore une persécution pour la justice, car elle tend à bien adjuster vostre volonté à la résignation et indifférence que nous aymons et louons tant. Plus Nostre Seigneur soustrait ses consolations sensibles, plus il nous prépare de perfections, pourveu que nous nous humilions devant luy, et que nous jettions toute notre espérance sur luy.

Il faut cultiver la tres-saincte indifférence à laquelle Nostre Seigneur nous appelle. Que vous soyez là ou icy, helas! qui nous peut séparer de Vunité qui est en Nostre Seigneur Jesus- Christ (Rom. 8)? Enfin, c'est chose désormais, ce me semble, qui n'adjouste plus rien pour nostre esprit, que nous soyons en un ou deux lieux, puisque nostre tres-aymable unité subsiste partout, grâces à celuy qui l'a faite : combien de fois vous ay-je dy, ma tres-chere Mère, que le ciel et la terre ne sont point en assez grande distance pour esloigner les cœurs que Nostre Seigneur a joincts! Demeurons en paix sous ceste asseurance.

J'aymebien mieux que l'on se fie tout en vous de la mayson; car cela se fera fort doucement et souëfvement , pourveu que Ton vous laisse vostre liberté, et qu'on se repose sur vostre foy : mais je crains qu'on ne veuille vous arrester là; ce qui seroit une cogitation injuste, et que je ne pourrois oûyr. Je dy la cogitation; car de l'efifect il n'en faut point parler. Il faut donc en

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cest article parler souëfvement et justement, et arrester que vous aurez un seing tres-sufGsant de ceste mayson-là.

II faut garder comme la prunelle de Tœil la saincte liberté que rinstitut donne pour les communications et conférences spirituelles. L'expérience me fait voir que rien n'est si utile aux servantes de Dieu , quand elle sera prattiquée selon nos règles.

Je respons que la vivacité de ces esprits nourris en leur propre jugement ne m'estonneroit point, pourveu qu'on leur eust proposé les maximes générales de la douceur, charité et simplicité , et le despoiiillement des humeurs, inclinations et adversions naturelles, quidoitregner en la Congrégation : car enfin, qui ne voudroit recevoir que des esprits avec lesquels il n'y eust point de peyne, les Religions ne serviroient guère au prochain, puisque ces esprits-là feroient presque bien partout.

0 ma tres-chere Mère! vivez joyeuse, toute brave, toute douce, toute joincte au Sauveur : et playse à sa bonté de bénir la tres-saincte unité qu'il a faite de nous, et la sanctifier de plus en plus. Je salue nos chères sœurs. Helas! que je leur souhaitte de perfection !

Ce treiziesme jour de may (1) (1613) auquel je commence la vingt-troisiesme année de ma vie en Testât ecclésiastique, plein de confusion d'avoir fait si peu d'estat de vivre en la perfection de cest estât.

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