‹ Œuvres complètes de Saint-Just: avec une introduction et des notes,par Charles VellayChapitre 109 sur 150 · CHAPITRE LX Des Monuments publics · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX Des Monuments publics

La piété publique doit aux grands hommes qui ne sont plus, quelle que soit leur patrie, des monuments qui les éternisent, et entretiennent dans le monde la passion des grandes choses. L'Europe moderne, assez policée pour estimer les bons génies, mais peu religieuse envers leur mémoire, persécute les hommes généreux quand ils vivent, et les laisse morts. Cela vient des constitutions européennes, qui n'ont ni maximes ni vertu. Partout où je porte les yeux^jevois les statues des rois qui tiennent encore le sceptre d'airain. Je ne connais en Europe que trois monuments digne de la majesté humaine, ceux de Pierre /«'", de Frédéric et de Benri; où sont les statues des Dassas^ des Montaigne^ des Pope^ des Rousseau^ des Montesquieu^ des Duguesclin et de tant d'autres? dans leurs livres, et dans le cœur de cinq ou six hommes par génération.

J'ai toujours été surpris, en voyant les nations enchaînées aux pieds de Louis XIV, que l'Europe entière n'ait pas pris les armes pour exterminer la France, comme jadis se ligua la vertueuse antiquité pour chercher Hélène ravie.

L'assemblée nationale a abattu ce lâche monument; toutefois elle se garantit d'enthousiasme et laissa l'impérieux monanjue exposé aux plaisanteries d'un peuple libre. On ne peut trop respecter les rois, mais on ne peut trop humilier les tyrans.

Je suis surpris que dans le feu de la sédition, le peuple de Paris n'ait point jeté à bas ces insolents bronzes. C'est ici que se démêle l'esprit public de ce temps-là; on ne haïssait point les rois.

J'ai vu le grand Henri ceint d'une écharpe aux trois couleurs; les bons fédérés de province se décoiffaient devant lui; on ne regardait pas les autres, mais on ne les insultait pas non plus.

La France vient enfin de décerner une statue à J.-J. Rousseau. Ah! pourquoi ce grand homme est-il mort?

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