CHAPITRE VIIL Des Forêls
Les forêts, fruit de Téconomie des siècles derniers, étaient, au commencement de celui-ci, une des ressources de l'industrie française; elles enrichirent les manufactures et la marine; elles réparèrent un peu les pertes qu'avaient fait les grandes maisons du temps de Law; elles fournirent aux excessives dépenses des grands et des nobles sous Louis XV, mais le produit n'en était pas inépuisable. Les bois sont aujourd'hui ravagés pour la plupart; ils étaient hors de prix dans les derniers temps, et surtout dans la capitale. Paris irritait, par l'appas de son séjour, l'opulence et les ressources des riches, et ceux-ci retrouvaient au poids de l'or les denrées que leur nécessiteuse avarice mettait à une dure enchère dans les provinces.
Si le luxe ne diminue point en France, ou si les riches y demeurent oisifs, les forêts, sur lesquelles le luxe influe
autant que sur les mœurs politiques, continueront à être ravagées, et bientôt la marine et le commerce seront ruinés : on ne peut assez admirer par quelle voie secrète les révolutions marchent à pas tranquilles et soudain éclatent. Le plus léger abus dans Tordre politique porte un contrecoup épouvantable, éternel; c'est la répercussion de l'air dans l'atmosphère.