‹ Œuvres complètes de Saint-Just: avec une introduction et des notes,par Charles VellayChapitre 41 sur 150 · ESPRIT DE LA REVOLUTION ET DE LA CONSTITUTION DE FRANCE · texte numérisé non relu

ESPRIT DE LA REVOLUTION ET DE LA CONSTITUTION DE FRANCE

VEsprit de la Révolution parut en 1791, en un volume in-8** de viii-174 pages, à Paris, chez Beuvin, libraire, rue de Rohan, n° 18. Le titre complet de l'ouvrage était celui-ci : Esprit delà Révolution et de la Constitution de France, par Louis-Léon de Saint-Just, électeur au département de V Aisne pour le canton de Blérancourt, district de Chauni, A la première page, était inscrite, en épigraphe, cette citation de Montesquieu : « Si je pouvais faire en sorte que tout le monde eût de nouvelles raisons d'aimer ses devoirs, son prince, sa patrie, ses lois, qu'on pût mieux sentir son bonheur... je me croirais le plus heureux des mortels ». Barère, dans ses Mémoires (iv, p. 407), dit à propos de cet ouvrage : « Cet écrit fut distingué par les politiques éclairés de l'Assemblée constituante. L'édition fut épuisée en peu de jours ».

Avant-Propos.

L'Europe marche à grands pas vers sa révolution, et tous les efforts du despotisme ne Tarrêteront point.

Le destin, qui est Tesprit de la folie et de la sagesse, se fait place au travers des hommes et conduit tout à sa fin. La révolution de France n'est point le coup d*un moment^

elle a ses causes, sa suite et son terme : c'est ce que j'ai essayé de développer.

Je n'ai rien à dire de ce faible essai, je prie qu'on le juge comme si Ton n'était ni Français ni Européen; mais qui que vous soyez, puissiez-vous en le lisant aimer le cœur de son auteur; je ne demande rien davantage, et je n'ai point d'autre orgueil que celui de ma liberté.

Un Anglais m'en donna l'idée; ce fut M, de Cugnières, de la société philantropique de Londres, dans une lettre savante qu'il écrivit à M. Thuillier^ secrétaire de la municipalité de Blérancourt, quand elle brûla la déclaration du clergé.

Tant d'hommes ont parlé de celle révolution, et la plupart n'en ont rien dit. Je ne sache point que quelqu'un, jusqu'ici, se soit mis en peine de cher Aop dano je fond de son cœur ce qu'il avait de vertu pour connaître ce qu'il méritait de liberté. Je ne prétends faire le procès à personne; tout homme fait bien de penser ce qu'il pense, mais quiconque parle ou écrit, doit compte de sa vertu à la cité.

Il y eut sans cesse en France, pendant cette révolution, deux partis obstinés, celui du peuple, qui voulant combler de puissance ses législateurs, aimait les fers qu'il se donnait lui-même; celui du prince, qui se voulant élever. audessus de tous, s'embarrassait moins de sa propre gloire que de sa fortune. Au milieu de ces intérêts, je me suis cherché moi-même ; membre du souverain, j'ai voulu savoir si j'étais libre, et si la législation méritait mon obéissance; dans ce dessein, j'ai cherché le principe et l'harmonie de nos lois, et je ne dirai point comme Montesquieu, que j'ai trouvé sans cesse de nouvelles raisons d'obéir, mais que j'en ai trouvé pour croire que je n'obéirais qu'à ma vertu.

Qui que vous soyez, ô législateurs, si j'eusse découvert qu'on pensait à m'assujettir, j'aurais fui une patrie malheureuse, et je vous eusse accablé de malédictions.

N'attendez de moi ni flatterie, ni satire; j'ai dit ce que j'ai pensé de bonne foi. Je suis Irès-ieww^.j^'îvx y^^^^s^^^

contre la politique des tyrans, blâmer des lois fameuses et des coutumes reçues; mais parce que j'étais jeune, il m'a semblé que j'en étais plus près de la nature.

Comme je n'ai point eu le dessein de faire une histoire, je ne suis point entré dans certains détails sur les peuples voisins. Je n'ai parlé du droit public de l'Europe que quand ce droit public intéressait celui de la France. Je remarquerai ici toutefois que les peuples n'ont envisagé la révolution des Français que dans ses rapports avec leur change et leur commerce, et qu'ils n'ont point calculé les nouvelles forces qu'elle pourrait prendre de sa vertu.

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