‹ Œuvres complètes de Saint-Just: avec une introduction et des notes,par Charles VellayChapitre 45 sur 150 · CHAPITRE IV Du Genevois · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Du Genevois

Le crédit du Genevois se mourait tous les jours, la fortune avait trompé sa politique et son assurance; les plus sages desseins des hommes cachent souvent un écueil qui les renverse, et par un contre-coup inattendu change tout, les entraîne et les confond eux-mêmes.

S'il est vrai que la vertu véritable se reconnaît au soin qu'elle prend de se cacher, quoi de plus suspect que l'intempérant amour du Genevois pour le monarque et le peuple. Cet homme avait senti qu'il ne pouvait prendre un parti plus solide : la cour tombait; ni de parti plus naturel : il élait plébéien; il ramassa toutes ses forces quand il s'agit d'états-généraux ; on peut dire qu'il porta le coup mortel à la tyrannie par la représentation égale des trois ordres. Sa joie fut profonde alors de son renvoi, je ne sais à quoi n'atteignit point son espérance ; en effet, comme il se l'était prédit, son retour fut celui d'Alexandre à Babylone ; le poids de sa gloire écrasa ses ennemis et lui-môme. Il mit moins de vertu que d'orgueil à sauver la France. Il fat bl^vîA.^iV.^'îJx dans le fond des cœurs, comme uw fabricateuT d;\m\^t)V%.

L'assemblée nationale, sous couleur d'honorer ses lumières, l'abaissa par ce moyen, et profila elle-même de sa confiance et de sa vanité. Le peuple le perdit de vue; Paris avait repris courage ; deux hommes prodigieux remplissaient tous les esprits; rassemblée nationale marchait à grands pas; le Genevois^ circonscrit dansle ministère, en fut craint, et devint enfin indifférent à tout le monde; il avait manqué son coup; il ne fut plus qu'un être de raison, s'enveloppa de sa gloire et se rendit Tennemi de la liberté parce qu'elle ne lui fut bonne à rien; il avait flatté le peuple sous le despotisme; quand le peuple fut libre, il flatta la cour : sa politique avait été prudente, elle lui laissa Toreille du monarque qu'il avait su ménager.

Cet homme à tête d'or, à pieds d'argile, eut un admirable talent pour dissimuler. Il posséda au suprême degré Tart de la flatterie, parce qu'il insinuait avec grâce et tendresse la vérité, utile à ses projets, parce qu'il feignait pour son maître l'attachement d'un grand cœur.

II porta l'ambition jusqu'au désintéressement comme le laboureur s'épuise pour le champ qu'il veut un jour moissonner; l'insurrection l'a renversé, parce qu'elle éleva tous les cœurs au-dessus de lui, et au-dessus d'eux-mêmes. Je crois que s'il ne fut point revenu, il eût asservi la Suisse sa patrie.

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