V. plus loin, p. XI
3. V. plus loin rarn'té du 5 messidor an II contre les c muDicipaux de Mesnil-Lahome.
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tés. Oq veut rinterroger, on veut lui arrac aveux atroces et de lâches mensonges qui p flétrir la mémoire de son ami. Mais lui, s'ad avec courage à ceux qui venaient de proscrii collègues et de sacrifier leur patrie : « Voi <( beau, leur dit-il, vouloir me flatter ou me « cer, la crainte ni Tespérance ne changeroi « mon cœur, et je ne trahirai point Tamiti « vérité; mais je vivrai pour les venger. »
« On le retient au comité sous prétexte de roger encore.
« De retour dans son cachot, il meurt e aux plus horribles tourmens.
w J'avais été le témoin de sa douloureuse et j'attendis quelque temps en silence pou ,quel serait mon sort. Mais enfin, las de k spectateur forcé de tous les crimes qui posai mon pays, je résolus d'obtenir un terme à m frances. J'écrivis au gouvernement, qu'une lo nait de mettre en liberté ou en jugement le nus; qu'une autre les autorisait à récla^ motifs de leur arrestation ; et je demandai q 4it jouir du bienfait de ces lois. Peu de joui je reçus un écrit où il n'y avait que ces \m du conspirateur Saint- Junt,
« Tel est donc mon crime! m'écriai-je. 1 tyrans, vous croyez me réduire à descendi justification, vous espérez que je serai ca désavouer un homme que j'aimais. Mais i lignes qui seront immortjelles ; je les co
mains sûres. Elles vengeront mon ami, ellos n vengeront moi-même, elles vous accuseront dai l'avenir, et vous serez flétris, et je serai estimé.
« Tropobscur pourm'enorgueillirdemoi, je para irai avec gloire à côté de celui dont j'aurai défeni Tinnocence, et que j'aurai avoué pour mon ani quand tout l'abandonnait sur la terre. Ces ligne je vous les adresse à vous-mêmes, tyrans. Je vei que vous les connaissiez et qu'elles fassent vot supplice, car vous frémirez de rage en les lisant, le courage et la vertu d'un homme libre fero pâlir les oppresseurs de mon pays.
« La Révolution, qui marche avec des pieds de fe vous atteindra dans sa course dévorante, et voi serez frappés comme ceux dont vous insultezaujou d'hui les cadavres. Mais ils seront absous au tribi nal des siècles; ils triompheront dans la postérit tandis que vous serez ignominieusement traînés la voirie.
« Oui, je rougis d'être membre d'une cité q souffre un gouvernement tel que le votre, en divon avec la justice, la vertu et la nature. Mais je r glorifie d'être dans vos bastilles et de grosssir nombre de vos victimes.
« Qui êtes-vous, vous qui déclarez la guerre l'amitié, qui érigez en crime les affections les pi légitimes et les passions les plus généreuses? Al tous les hommes de bien qui n'ont pas de poignar à opposer à vos forfaits, doivent périr, plutôt qi d'avoir les yeux souillés par votre insolent triomph et vous dire comme Thraséas à Ç^^^vsvs.-. Vvvv?^^\vx.ç
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mort est une dette^ il vaut mieux payer en homme Hbre que de chicaner inutilement en esclave.
« Je fus Vami du conspirateur Saint-Just. Voilà donc mon acte d'accusation, mon brevet de mort, et le titre glorieux qui m'a mérité une place sur vos échafauds. Oui, je fus Tami de Saint-Just, Mais Saint-Just ne fut point un conspirateur; et, s'il l'avait été, il serait puissant encore et vous n'existeriez plus. Ah! son crime, s'il en a commis, c'est de n'avoir pas formé une conjuration sainte contre ceux qui conjuraient la ruine de la liberté.
« mon ami ! à l'instant où le malheur t'accablait, je n'ai consenti h conserver la vie que pour plaider un jour les intérêts de ta gloire, et pour détruire les calomnies qui sont comme les morsures des vautours acharnés sur ton cadavre. Je me suis .rappelé Blossius de Cumes, qui avoue hautement devant le sénat romain son amitié pour Tibérius Gracchus, que le sénat romain vient d'assassiner. Et moi aussi, je suis digne d'offrir au monde un pareil exemple.
« Cher Saint-Just, si je dois échapper aux proscriptions qui ensanglantent ma patrie, je pourrai dérouler un jour ta vie entière aux yeux de la France et de la postérité, qui fixeront des regards attendris sur la tombe d'un jeune républicain immolé par les factions. Je forcerai à l'admiration ceux mêmes qui t'auront méconnu, et au silence et à l'opprobre tes calomniateurs et tes assassins.
« Je dirai quel fut ton courage à lutter contre les abus, avant l'époque même où on put croire qu'il
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était permis d'être impunément vertueux. Je te suivrai au sortir de Tenfance, dans ces méditations profondes qui t'occupaient tout entier sur la science du gouvernement, les droits des peuples, et dans ces élans sublimes de Fhorreur de la tyrannie qui dévorait ton àme et l'embrasait d'un enthousiasme plus qu'humain. Je dirai quel était ton zèle à défendre les opprimés et les malheureux, quand tu faisais h pied, dans les saisons les plus rigoureuses, des marches pénibles et forcées, pour aller leur prodiguer tes soins, ton éloquence, ta fortune et ta vie. Je dirai quelles furent tes mœurs austères, et je révélerai les secrets de ta conduite privée, en laissant à l'histoire à faire connaître ta conduite publique et tes actions dans le gouvernement, tes discours comme législateur, et tes missions immortelles près de nos armées. *
« journée de Fleurus ! tu dois associer tes lauriers, que rien ne pourra flétrir, aux funèbres cyprès qui ombragent la tombe de mon ami. Et vous, Pichegru, Jourdan, les compagnons de ses exploits et de sa gloire, vous lui rendrez justice. Vous êtes guerriers, vous devez être francs. La bonne foi fut de tout temps la vertu des héros. Vous direz ce que doit la patrie à ses vertus et à son courage. Vous ne trahirez point la vérité, vous ne servirez point Tenvie; car, un jour, vous seriez victimes du forfait dont vous auriez été complices. Vous direz ce qu'il a fait contre les traîtres, et comment il a déployé avec une sévérité nécessaire l'autorité nationale ; comment il a donné l'exemple de la frugalité et de labv^^^Nix^
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aux soldats, de TacUvité et de la prudence aux généraux, de l'humanité et de l'égalité à tous ceux qui rapprochaient.
« Tyran de ses propres passions, il les avait toutes subjuguées pour ne connaître que l'amour de la patrie. Il était doux par caraclère, généreux, sensible, humain, reconnaissant. Les femmes, les enfans, les vieillards, les infirmes, les soldats avaient son respect et son affection; et ces sentimens battaient si fort dans son cœur, qu'il était toujours attendri à la vue de ces objets si intéressans par eux-mêmes.
« Que de larmes je lui ai vu répandre sur la violence du gouvernement révolutionnaire et sur la prolongation d'un régime affreux, qu'il n'aspirait qu'à tempérer par des institutions douces, bienfaisantes et républicaines! Mais il sentait qvCii fallait détendre et non pas briser les cordes de l'arc. 11 voulait régénérer les mœurs publiques, et rendre tous les cœurs à la vertu et à la nature.
« Il était pénétré de la corruption des hommes, et voulait en détruire le germe par une éducation sévère et des institutions fortes. — « Aujourd'hui, « me disait-il, on ne peut proposer une loi rigou- « reuse et salutaire, que l'intrigue, le crime, la « fureur ne s'en emparent et ne s'en fassent un « instrument de mort, au gré des caprices et des « passions. »
« J'ai été témoin de son indignation à la lecture de la loi du 22 prairial, dans le jardin du quartiergénéral de Marchiennes, au pont devant Charleroy.
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Mais, je dois le dire, il ne parlait qu'avec enthousiasme des talons et de l'austérité de Robespierre, et il lui rendait une espèce de culte.
« Il soupirait après le terme de la Révolution pour se livrer à ses méditations ordinaires, contempler la nature, et jouir du repos de la vie privée dans un asile champêtre, avec une personne que le ciel semblait lui avoir destinée pour compajçne, et dont il s'était plu lui-môme à former Tesprit et le ^œur. loin des regards empoisonnés des habitans des villes.
« C'est une atroce calomnie de l'avoir supposé méchant. La vengeance ni la haine n'ont jamais entré dans son âme. J'en appelle à vous, citoyens de Blérancourt, sous les yeux desquels son génie et ses vertus se sont développés. Il en est parmi vous dont les liaisons, les habitudes et les passions avaient corrompu les opinions politiques, et qui avez outragé, calomnié, persécuté Saint-Just, parce qu'il marchait dans une route contraire à celle oii vous étiez jetés.
« Cependant, après qu'il fut devenu membre du gouvernement, quand vous vous eles vus traduits au tribunal révolutionnaire pour des faits ou des discours inciviques, vous n'avez pas craint d'invoquer son témoignage ; et, par ses soins et ses efforts, vous êtes rentrés dans vos foyers, et vous avez joui des embrassemens de vos proches qui n'espéraient plus vous revoir. — « Ils ont été mes ennemis, « disait-il en parlant de vous; je leur dois tout mon « zèle et mon appui, pourvu que l'intérêt public ou
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« rinflexible probité n'exigent pas le sacrifice de « leur liberté ou de leur vie. » — • Et il réussit à vous sauver.
« Autant il était liaat et sociable dans les affaires privées, autant il était quelquefois irascible, sévère et inexorable quand il s'agissait de la patrie. Alors il devenait un lion, n'écoutant plus rien, brisant toutes les digues, foulant aux pieds toutes les considérations; et son austérité imprimait la crainte à ses ciix-is et lui donnait un air sombre et farouche, et des manières despotiques el terribles, qui le forçaient ensuite à réfléchir lui-même avec effroi sur les immenses dangers de l'exercice du pouvoir absolu, quand il est confié à des hommes dont la tète n'est pas aussi bien organisée que le cœur est pur...
« Tel était l'homme qui, à peine âgé de vingtrsept ans, a été moissonné par une révolution h laquelle il avait consacré son existence, et qui a laissé de longs regrets à la patrie et à l'amitié*. »
Ces pages de Gatteaux montrent quel enthou siasme, quelle foi, Saint- Just avait su faire naître dans l'âme de ses amis. Entouré de tels dévouements, comment eût-il douté de l'amitié? Comment n'en eût-il point fait le ressort le plus puissant du- monde
1. Ces pages ont élé publiées en tête de la première édition des Fragmens (Tlnslitulions républicaines (1800), sous le titre : Note relative à Saint-Just, extraite des papiers du citof/eti ***.
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social qu'il voulait construire? Sa conception d'un âge nouveau était faite tout entière de paix, d'amilië et de vertu. 11 suffit, pour s'en convaincre, de lire ces fragments d'Institutions, qui nous restent comme les lambeaux déchirés de son cœur. L'action révolutionnaire, à ses yeux, n'était qu'un moyen et qu'un passage, et rien ne serait plus contraire à la vérité que d'y rechercher les principes de son idéal politique. Il était impatient de voir la période nécessaire et terrible des luttes intérieures et extérieures faire place à la période féconde des institutions fraternelles et durables. Mais, du moins, dans ce duel formidable où tout le passé dressait contre lui sa masse inerte, il déploya le plus prodigieux exemple de volonté et d'héroïsme que l'histoire moderne ait connu. Cette volonté froide, indomptable, sûre d'elle-même, l'animait et le dévorait comme un feu silencieux. Du jour où il comprit la Révolution, il la voulut, et du jour où il la voulut, aucun obstacle ne pouvait plus l'arrêter. A Blérancourt, le 15 mai 1790, la main plongée dans la flamme qui consumait des libelles contre-révolutionnaires, il jura de mourir pour la patrie. Ce serment ouvre et explique toute sa vie politique, qui ne fut, pendant quatre années, qu'un acte ininterrompu de volonté.
Il fut un héros, dans ce que ce terme a de plus simple et de plus pur, c'est-à-dire un homme audessus des hommes, un homme qui touche aux dieux. A Strasbourg, il se trouve en présence d'une armée dispersée, sans cohésion, sans discipline, sans
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confiance. Sa première proclamation débute ainsi : « Nous arrivons et nous jurons, au nom de Tarraée, que J*ennemi sera vaincu... » Et il lui suffit d'avoir voulu : en quelques jours, Timmense corps décomposé ressuscite, revit, devient invincible. Lui, inébranlable, poursuit son œuvre. Il se mêle à la bataille : « Ceint de Técharpe du représentant, il charge h la tête des escadrons républicains, et se jette dans la mêlée, au milieu de la mitraille et de Tarme blanche, avec Tinsouciance et la fougue d'un jeune hussard*. » A Landau, il est à la lête d'une colonne chargée d'enlever une redoute, et, après l'action, les grenadiers lui disent : « Nous sommes contents de toi, citoyen représentant; ton plumet n'a pas remué un seul brin, nous avions l'œil sur toi; tu es un bon b...*. » Cet héroïsme n'a rien de tumultueux, rien d'affecté. Il n'est que la conséquence de cette idée très simple que la volonté peut tout dompter. « Quand Saint-Just et moi, explique Baudot, nous mettions le feu aux batteries de Wissembourg, on nous en savait beaucoup de gré ; eh bien, nous n'y avions aucun mérite; nous savions parfaitement que les boulets ne pouvaient rien sur nous. » De Saint-Just plus qufe de tout autre, on peut dire qu'il commanda à la victoire. Ici, ce n'est plus une image : des ordres précis décrétèrent et forcèrent la victoire. On ne sait plus si Ton vit dans l'histoire ou dans l'irréel. Que pourrait-il encore envier aux dieux, ce calme jeune homme, sublime