CHAPITRE X
Des bâtards.
Toute patrie vertueuse se rendra la mère des infortunés à qui la honte aura refusé le lait et les caresses de la nature; il reste à l'orphelin des mains qui l'élèvent et qu'il baise; on lui parle quelquefois de sa mère, dont l'art a pu conserver les traits. Le bâtard, plus malheureux mille fois, se cherche dans le monde; il demande à tout ce qu'il voit le secret de sa vie; et comme sa jeunesse est ordinairement trempée d'amertume, le malheur le rend industrieux dans un âge plus avancé.
Est'û rien de plus intéressant que ce triste inconnu? S'il
est une hospitalité religieuse, c'est celle (jui recueille celui que la nature lui envoie; c'est le bienfait le plus sublime qui se puisse rendre dans le monde. 11 est le moins intéressé; il est perdu pour le cœur d'une mère.
Une fille (jue la faiblesse a trompée n'est point criminelle envers les lois de son pays; tes lois seules sont coupables envers elle. Un préjugé la déshonore, elle n'est que malheureuse.
Les lois sont coupables encore envers le bâtard; elles persécutent un misérable, qu'elles devraient consoler.
Plus les mœurs sont gâtées, plus l'opinion est sévère; une bonne constitution confond les préjugés et guérit les mœurs.
Les lois régnent sans force partout où les mœurs civiles sont tyrannisées.