‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 103 sur 185 · FONDATION DE GRENADE · texte numérisé non relu

FONDATION DE GRENADE

CECI EST LA FONDATION DU COUVENT DE SAINT- JOSEPH DE GRENADE, QUE LE PBBB JÉRÔME GRATIEN DE LA MÈRE DE DIEU, ÉTANT SUPÉRIEUR, ORDONNA A LA MÈRE ANNE DE JÉSUS DE LUI METTRE PAR ÉCRIT.

Votre Révérence m'ordonne d'écrire la fondation de ce monastère de Grenade. La faiblesse de tête que j'éprouve en ce moment m'ôte tellement la mémoire, que je ne sais si j'en serai capable. Néanmoins, je vais dire ce dont je me souviendrai.

11 y eut quatre ans au mois d'octobre 1585 que le père Diego de la Trinité (que Dieu ait en sa gloire !) vint, en qualité de vicaire provincial, faire au nom de Votre Révérence la visite du couvent de Veas (1). Il y avait trois ou quatre mois que j'avais quitté la

(1) Une fois la réforme érigée en province dislincle, le père Gralien l'avait divisée en trois districts : Yieille-Castille, Nouvelle-Castille et Andalousie. Il avait mis h la tète de chacun de ces districts un vicaire provincial, chargé de gouverner, sous son autorité, les couvents de religieux et fie religieuses qui s'y trouvaient. Le père Antoine de Jésus fut vicaire provincial de Vieille-Caslillc ; le père Nicolas de Jésus-Mnrie (Doria) le fut de Nouvelle-Castille; le pèi-e Diego de la Trinité, d'Andalousie. (Cfr. /?e/brma de lo8 DescaUos, t. I, lih. V, cap. xi.) Le père Diego de la Trinité, premier promoteur de la fondation de Grenade, avait d'abord appartenu à l'ordre des hiéronymites. C'était un homme zélé, pnident, d'un commerce facile, d'une conversation douce et agréable, et de plus, au témoignage de la

«harge de prieure, et je me trouvais fort malade. Malgré Fétat où il me vit, le père visiteur me proposa fort sérieusement d'aller fonder à Grenade. Bien des personnes de poids, ainsi que des jeunes filles riches et d'un rang distingué, lui demandaient cette fondation et s'offraient à fournir des aumônes considérables. Pour moi, j'estimai que c'était sa bonne foi qui lui faisait compter sur toutes ces assistances. Je lui répondis qu'à mes yeux il n'y avait là que de belles paroles, et que tout resterait sans effet ; de plus, Grenade étant ruinée et les dernières années ayant été des plus stériles, l'archevêque (1) ne nous donnerait pas la permission de fonder un monastère pauvre, alors que la ville renfermait déjà tant de religieuses hors d'état de subsister. Le père voyait bien que je disais vrai ; mais, dans son désir que le monastère se fondât, il reprenait bientôt ses premières espérances. Le licencié Laguna (2), auditeur en cette audience, lui avait promis, disait-il, de le seconder efficacement ; et le père Salazar, de la Compagnie de Jésus (3), lui avait dit en secret qu'à eux deux ils obtiendraient l'autorisation de l'archevêque. Tout cela me parut incertain, et la suite me donna raison. Cependant, en présence de l'insistance du père, je recommandai l)eauooup l'affaire à Dieu, et je priai les sœurs de lui demander instamment lumière pour connaître si la chose était à faire.

mère Marie de Saint-Josepli en son Ramillete de mirra, on grand servil^Mir de Dieu. Il était prieur de Paslrana, quaud il fut choirai pour accompagniu* le père Jean de Jésus (Roca) dans son voyage à Rome et dans la négociation qui a1)outit h la séparation des Mitigés et des Déchaussés. Il fut ensuilr prieur de Séville, en même temps que vicaire provincial d'Andalousie. U* père Diego ne devait remplir qu'une année ces deux fonctions et ne survivre que de quelques mois & rinstallalion des carmélites à (îrenade. Il mourut de la poste à S<»villc au mois de mai \\}S2. (Cfr. Reforma de hs Descahos, t. I, lib. IV, cap. mix. — Peregrifiaciàn de Anaslasio, IMal. U\. — Ramillete de mirra. — Lettre de sainte Térèse i\ la mère Marie do Sainl- Joseph, du 6 juillet 1582.)

(1) Don Jean Mendez de Salvatieriti, qui occupait le siège de Grenail»* depuis Tannée lo76.

(2) Le licencié Paul de Laguna, depuis évéque de Conloue.

(3) Le père Gaspard de Salazar, dont sainte Térèse a fait plusieurs fois mention au Livre de sa Vie.

Notre-Seigneur nous manifesta très clairement qu*il n'y avait pour le moment aucune ressource ni assistance humaine à espérer, mais qu'il fallait en cette fondation s'appuyer totalement sur sa divine pi*ovidence, comme on l'avait fait en d'autres ; qu'il l'assisterait d'une manière toute spéciale et en tirerait beaucoup de gloire. Cette vue me fut donnée après la communion, alors que le père visiteur était à Veas depuis trois semaines à discuter la question. En dépit de toutes les hésitations et excuses mentionnées plus haut, à l'instant même où je communiai, ma résolution fut prise. La sœur Béatrix de Saint-Michel, (jui était portière, avait communié en même temps que moi (1). Je lui dis : « Croyez-le, Dieu veut que le couvent de Grenade s'établisse. Faites-moi venir le père Jean de la Croix, afin que je lui dise, comme à mon confesseur, ce que sa Majesté m'a fait entendre. > Quand je m'en fus ouverte en confession au père Jean de la Croix, mon confesseur, il fut d'avis qu'il fallait en rendre compte au père visiteur, qui se trouvait là, et le prier d'écrire sans délai à Votre Paternité, pour que la chose se fit avec votre autorisation.

Ce même jour (2), toutes les décisions furent prises, toutes les dépêches expédiées, à la grande joie des pères et de toute la communauté, qu'on avait instruite du projet de fondation. Nous écrivîmes à Votre Paternité et à notre sainte mère Térèse de Jésus, demandant quatre religieuses de CastUle pour le futur monastère. Nous suppliions en même temps notre sainte mère de venir ellemême l'établir, car nous étions pleines de confiance que l'affaire réussirait. Nous convînmes que le père Jean de la Croix partirait avec un autre rehgieux et tout ce qu'il fallait pour amener les sœurs. D se rendit donc de Veas à Avila, auprès de notre sainte mère Térèse de Jésus (3). De là, on envoya un messager à Votre

(1) Voir au tome prétvtlenl, p. iiO, la notice biographique de Béatrix de Saint-Michel, protesse du monustère de Toh'*dc.

(2) 13 novembre 1581.

(3) Le i)ère Antoine de Sainl-Jo:«<»ph nous a conservé une clause de la patente du 13 novembre 1581, remise à saint Jean de la Croix par le père Diego de la Trinité. ■ J'ordonne sous précepte au révérend père Jean

Paternité, qui se trouvait alors à Salamanque (1). Au reçu des lettres, Votre Paternité accorda ce que nous demandions, s'en remettant à notre sainte more pour le choix des religieuses que nous disions être nécessaires. Sa Révérence en donna deux du couvent d'AvOa, la mère Marie du Christ, qui en avait été cinq ans prieure, et la sœur Antoinette du Saint-Esprit, Tune des quatre premières qui avaient reçu Thabit de notre réforme à Saint-Joseph d*Avila : Elle prit du couvent de Tolède la sœur Béatrix de Jésus, également ancienne en religion et sa nièce (2). Sa Révérence ne put venir elle-même, parce qu'elle était sur le point de partir pour la fondation de Burgos, qui se fit en même temps. EUc m'avait écrit, longtemps auparavant, que lorsque cette fondation de Grenade se ferait, elle n'y viendrait point, parce que Dieu, croyait-eUe, voulait m'en charger. Me trouver dans une fondation sans sa Révérence, me semblait impossible. Aussi mon chagrin fut-il grand lorsque, le jour de la Conception de Notre-Dame (3), les religieuses arrivèrent sans elle à Veas. Je lus une lettre qu'elles m'apportaient de sa part. Elle m'y disait qu'elle eût désiré pouvoir venir, quand ce n'eût été que pour me

tie la Croix, recteur d\\ collrge de Saint-Basile de Daëza, de se rendre h Avila et d'en i*ainener pour la fondation noli*c ti'i's révérende et tnV relifficuse mt^i'e TénVe de Jésus, fondatrice et prieure de Saint-Joseph il'Avila, avec les soins et les attentions que méritent sa L)ersonne et son Age. • (T. III, Annot. de la Le l ti-e XXXÏ.) D'apii"^s le [XTe François de Sainte- Marie, saint Jean de la Croix aurait été élu prieur du couvent de /j*s AfarUfreSj à Givnade, en juin lîiSi. {Ile forma de tos Desralzos, t. II, lib. Vî, cap. XVII.) Ici nous le voyons api>elé encore recteur de BaSza. On i)eut cmire qu'effectivement désigné jmeur du couvent de Grenade, il n'avait pas encore, en novembre de la même année, pris possession de son nouvel office. Il était accompagné du \^ro Pierre de la Purification, secrétaire du liére Gratien, qui devait, cpielques mois après, se rendre avec ce dernier i\ la fondation de Burgos. Voir Docum. 63, la Belation du péi-e Pierre de la Purification.

(i) Le iM're Gralion avait fondé à Salamanque, le i" juin iJiSi, un couvent de carmes déchaussés.

(2) Nous avons donné au tome pn^cédent, p. 310, quelques détails biographiques sur Béatrix de Jésus (dei:ei>eda y Ocarapo). EUe n'était pas propre nièce de sainte Térèse, mais fille d'un de ses cousins germains.

(3) 8 décembre.

faire plaisir, mais que notre grand Dieu en disposait autrement ; du reste, elle avait une certitude entière que tout se ferait très liien à Grenade, et que sa Majesté m'y assisterait puissamment. On le vit bientôt, comme mon récit va le prouver.

Pendant qu'on allait chercher les religieuses en Castille, le. père vicaire provincial, Diego de la Trinité, se rendit à Grenade pour s'occuper des ressources qu'il regardait comme certaines, et, quand il s'en serait assuré, nous écrire de le rejoindre. Le saint homme se donna sans doute beaucoup de peine pour réaliser quelque chose de ce qui lui avait été offert, comme aussi pour avoir l'autorisation de l'archevêque. Il ne put rien obtenir; et de bonne foi — car il était sincère, — il ne cessait de nous écrire à Veas qu'on lui promettait toutes sortes de choses avantageuses. J'en riais, et je lui écrivais de ne faire aucun cas de tout cela, mais de nous louer simplement une maison quelconque qui pût nous recevoir, parce que nos sœurs de Castille étaient arrivées. Le pauvre père était désolé, car cette maison môme restait introuvable. De plus, il était allé voir l'archevêque et s'était servi auprès de luidedeuxdes plus anciens auditeurs, don Louis de Mercado(l) et le licencié Laguna; mais il n'y avait pas eu moyen de lui faire agréer notre venue à Grenade. Le prélat avait même témoigné un grand mécontentement et avait prononcé des paroles très amères. Il aurait souhaité, disait-il, supprimer tous les couvents de religieuses de la ville, et on voulait lui en amener d'autres, quand la stérilité était si grande qu'il no savait comment les faire subsister ! A quoi il avait ajouté d'autres paroles fort désagréables. Ces messieurs les auditeurs, qui s'occupaient de l'affaire, étaient très contrariés, d'autant plus que nous ne cessions d'écrire de Yeas pour hâter les conclusions, disant qu'il fallait bien peu de

(1) Don Louis de Mercado, originaire de Ségovie, était auditeur de la rhanceUerie de Grenade et il le fut plus lard du Conseil suprême de Castille. Dans la suite il devint insigne bienfaiteur des carmes déchaussés de Ségovie, et finit par entrer dans l'état ecclésiastique. Kous avons encore la lettre où saint Jean de la Croix le félicite, par Tentremise de doâa Anne de Pëâalosa, sa sœur, de sa récente ordination, et le prie de se souvenir de lui au saint sacrifice (1591).

234 APPENDICE AUX FONDATIOXS.

chose pour dix religieuses que nous étions. Hs aidaient le père sous main, et grâce à eux, un juré de la ville consentit à lui céder une maison en location. L'affaire arrangée, le père Diego nous écrivit de venir, regrettant beaucoup de n'avoir pu faire davantage. Nous attendions à Veas, prêtes à partir au moindre mot de lui : c'est ce qui avait été réglé avec le père Jean de la Croix et avec les religieuses déjà réunies (1).

Le 13 janvier, tandis que nous étions dans cette attente, je commençai Toraison, que nous faisons le soir, en m'occupant de ces paroles du Clirist à saint Jean, lors de son baptême : Cesi à nous qu'il convient d'accomplir toute justice (2). J'y étais toute appliquée, en grand recueillement, et la fondation était bien loin de mon souvenir, quand j'entendis le bruit confus d'une quantité de voix menaçantes. Aussitôt il me vint à l'esprit que les démons témoignaient leur dépit, parce que, sans doute, le messager porteur d'un ordre nous appelant à Grenade, arrivait. Au moment où cette pensée s'offrit à moi, les clameurs devinrent d'une telle violence que je commençai à défaillir. Toute chancelante, je m'a})puyai sur la mère prieure qui était auprès de moi (3). Croyant à une faiblesse, elle demandait déjà qu'on me préparât un peu de nourriture. Je dis par signes que c'était inutile, mais qu'on allât voir qui sonnait au tour. On le fit. C'était précisément le messager qui nous apportait l'ordre de partir.

Aussitôt il s'éleva une si effroyable tempête, que le monde semblait devoir s'effondrer sous l'eau et la grêle. Moi-même je

(1) Les fondatrices qui se disposaient à partir étaient : Marie du Christ. Antoinette du Saint-Esprit et Béatrix de Jésus, venues de Castille, et trois sœurs de la communauté de Bcas : Béatrix deSaint-Micliel, Eléonorf- Baptiste et Lucie de Saint-Joseph. Ces six religieuses devaient être rejointes à, Grenade par deux scrui-s de Séville, et par deux converses de Villanueva do la Jara. Anne de Jésus ne reçut pas ces deux converses : san# les laisser entrer dans Gi*enade, elle leur fit reprendre la route de leur monaslèi'e. Sainte Tért»se, dans sa lettre du 30 mai 1582, s'en plaint vivement à la mère Anne de Jésus.

(2) Sic enim decet nos implere onmein justitiam. (Math., ni, io.)

(3) La mère Catherine de Jésus (Godinez), dont saint© Térèse alongnement parlé au chap. xxii dos Fondations.

fus saisie d'un mal si violent, qu'on m'eût dite sur le point d'expirer. Les médecins et tous ceux qui me voyaient jugeaient mon départ impossible, tant étaient violentes les douleurs et les agitations surnaturelles que je souffrais. Pour moi, je n'en sentais que plus de courage, et mettais plus d'ardeur encore à presser pour qu'on se procurât les mules et tout ce qui était nécessaire pour nous mettre en route le surlendemain, car le jour qui suivit l'arrivée du messager était un dimanche. Mon mal était tel que je ne pus entendre la messe, quoique le chœur fût proche de la cellule que j'habitais.

Malgré tout, nous nous mîmes en route le lundi (1), à trois heures du matin. Toutes celles qui partaient ne se sentaient pas de joie, persuadées que Notre-Seigneur retirerait beaucoup de gloire de leur voyage. Il faisait beau ; mais, par suite des tempêtes qui venaient d'avoir lieu, les chemins étaient si mauvais, que nos mules avaient bien de la peine à s'en tirer. Nous arrivâmes à Dayfuentes (2). Les deux religieux qui nous accompagnaient — c'étaient le père Jean de la Croix et le père Pierre des Anges (3) — s'entretenaient des moyens d'obtenir que l'archevêque donnât son autorisation et se montrât plus disposé à nous accueillir. En atteignant ce soir-là Dayfuentes, nous entendîmes un coup de tonnerre épouvantable. A Grenade, la foudre tomba en cet instant sur la propre demeure de l'archevêque, tout près de sa chambre h coucher. Elle brûla une partie de sa bibliothèque, tua quelques-unes de ses mules, et l'effraya tellement lui-même qu'il en fut malade d'émotion. Cet événement l'adoucit, dit-on, à notre

(1) lîJ janvier 1582.

(2) Dayfuentes ou Daifontc?, village ft, trois lieues de Grenade.

(3) On voit par une Relation des origines du couvent de Grenade, composée par les religieuses de cette communault' vei*s 1607, que la première étape avait conduit les fondatrices jusqu'à La Torre de Perogîl, petite ville h dix-huit lieues de Gi-enade. Elles y prirent une postulante convei*3e, Catherine Ibaûez, dont Texcellente vocation leur était connue, et qui porta au Carmel le nom de Catherine des Anges. Ce fut seulement au soir de la troisième étape que les voyageuses atteignirent Daifontes. Voir, t\ la fin de ce volume, Docum. 77.

égard. Il est certain qu'on ne se souvenait pas d'avoir vu tomber la foudre à Grenade en pareille saison.

Ce même jour, le propriétaire de la maison louée par le père vicaire et destinée à nous recevoir, rétracta sa parole, ainsi que l'acte qu'il avait remis à don Louis de Mercado et au licencié Laguna. En la cédant, disait-il, il ignorait qu'on voulût en faire un monastère : à présent qu'il le savait, il n'en sortirait pas, non plus que les personnes en grand nombre qui s'y trouvaient. C'est ce qui eut lieu. Ces messieurs, qui nous favorisaient en secret, ne purent jamais le décider à quitter la maison, non pas même moyennant un cautionnement de cinquante mille ducats. Nous sentant tout près — car nous devions arriver dans deux jours,— ils ne savaient que faire. Don Louis de Mercado dit alors, comme par hasard, à la sefiora doua Anne de Pefialosa, sa sœur (1), à laquelle le père vicaire avait caché son projet : < Ma sœur, puisque ces religieuses sont en chemin, vous feriez bien de voir si elles ne pourraient pas descendre dans notre maison. Nous leur donnerions quelques pièces, où elles se retireraient en attendant qu'elles pussent trouver un coin pour se loger. » Cette excellente dame, qui depuis des années ne sortait plus de son oratoire où elle pleurait la mort de son mari et de sa fille unique, commença aussitôt, elle nous le dit souvent, à sentir renaître son courage. En grande hâte, elle se mit à préparer sa maison et à faire tous les arrangements nécessaires pour disposer une chapelle et un logement. Tout était fort bien, mais de petites dimensions, caria maison n'était pas grande.

Nous arrivâmes le jour de saint Fabien et de saint Sébastien, ù trois heures du matin (2). Nous avions choisi cette heure pour

(1) Dofla Anne de Mercado y Pefialosa était veuve depuis Tannée 1379 de .lean de Guevara. Saint Jean de la Croix la dirigeait dans les voies spirituelles, et c*est & sa prière qu'il composa le dernier, comme le plus sublime, de ses traités mystiques, la Vive Flamme d'Amour. La dernière lettre qui nous rest« de saint Jean de la Croix lui fut adressée, dn couvent de la Pefluela, le 21 septembre 1591, c'est-à-dire moins de trois mois avant la mort du saint.

(2) 20 janvier VoSÈ. L'auteur du IV* tome de la Reforma de tos DescaUos,

plus de secret. La sainte dame nous attendait à la porte de la rue, où elle nous reçut avec beaucoup de dévotion et de larmes. Nous pleurâmes aussi en chantant un Laudaie Dominum. Notre joie fut grande à la vue de la chapelle qu*elle nous avait arrangée dans le portai. Néanmoins, comme nous n'avions pas la permission de Tarchevèque, je priai qu'on la fermât. En même temps, je demandai au père vicaire et aux autres religieux qui se trouvaient là, qu'il ne fût question ni de sonner une cloche, ni de dire la messe, soit en public, soit en secret, tant que nous n'aurions pas obtenu l'agrément de sa Seigneurie. J'espérais de la bonté divine qu'ËUe ne tarderait pas à l'accorder.

le père Joseph de Sainte-Térèse, dans la notice qull consacre à la mère Anne de Jésus (iib. XV, cap. xxtii), donne à la fondation de Grenade, sans explication aucune, le date du 21 janvier, et cette date a été suivie par d^autres auteurs. Rien ne semblant autoriser à contredire l'indication si formelle et si précise de la vénérable mère, confirmée par le récit des premières religieuses de Grenade et reproduite par le père François de Sainte-Marie (t. 1, 11b. V, cap. xxm), nous préférons voir dans la date du 21 une simple erreur du père Joseph de Sainte-Térèse. — Grenade, capitale du royaume de ce nom, où la mère Anne de Jésus faisait son entrée avec ses compagnes, est b&tie sur trois collines. La première est occupée par des tours d'origine romaine, appelées Torres Barmejas ; la seconde, par TAlhambra, le merveilleux palais des rois Maures qui, avec ses tours, ses contreforts, ses bastions, ses jardins, forme à lui seul toute une ville ; la troisième, par VAlbaycin, autrefois vaste forteresse, à présent quartier abandonné. La vUie proprement dite s'étend dans la Vega, autour de la cathédrale. Grenade est traversée dans toute sa largeur par le Darro, rapide comme un torrent, qui va se réunir au Genil. Le Genil roule du haut de la Sierra-Nevada des ondes d'une limpidité extraordinaire; il arrose, avec d'antres cours d'eau, la fameuse Vega, plaine de plus de trois lieues de largeur, couronnée de sierras» et semée de bourgades, qui entourent Grenade comme des suivantes leur souveraine. L'abondance des eaux entretient partout la fraîcheur, en sorte qu'à deux pas de l'Afrique, Grenade présente une végétation luxuriante, où l'on remarque presque tous les arbres des pays du nord. Les fontaines y jaiUissent de toutes parts, et plus les chaleurs sont fortes, plus eUes coulent en abondance, alimentées qu'elles sont par la fonte des neiges. En 1492, Ferdinand d'Aragon et Isabelle la Catholique chassèrent les infidèles de Grenade par les armes du célèbre Gonzalve de Cérdoba, surnommé le Grand Capitaine. Grenade, quoique riante et animée, est aujourd'hui bien déchue de son ancienne splendeur : eUe ne compte guère que 75.000 habitants.

J'envoyai un message à rarchevèque pour lui donner avis de notre arrivée. En même temps, je le suppliais de venir nous donner sa bénédiction et placer le très saint Sacrement. J'ajoutai que, bien que ce lût jour de lète(l), nous n'entendrions point la messe tant que sa Seigneurie n'aurait pas ordonné qu'on nous la dît. Le prélat répondit en termes très affectueux, disant que nous étions les bienvenues, qu'il eût désiré pouvoir se lever pour venir lui-même nous dire la première messe, mais qu'étant malade, il envoyait son provisor pour la dire et faire tout ce que je souhaiterais (2).

Le provisor arriva ce matin-là, à sept heures. Je le priai de nous dire la messe, de nous communier toutes et de placer de sa propre main le très saint Sacrement. C'est ce qui eut lieu sur l'heure avec beaucoup de solennité. Ces messieurs les auditeurs étaient dans notre chapelle, et avec eux tant de monde, qu'ils n'en revenaient pas de la promptitude avec laquelle le bruit de notre installation s'était répandu. De fait, le jour même de notre arrivée, à huit heures du matin, le très saint Sacrement était placé, et les messes se succédaient. Tout Grenade accourut» comme s'il se fût agi de gagner un jubilé. On proclamait d'une voix unanime que nous étions des saintes, et que Dieu avait visité la contrée en nous y envoyant.

Ce même jour, don Louis de Mercado et le licencié Laguna allèrent voir l'archevêque, malade du bouleversement que lai avait causé la chute de la foudre deux nuits auparavcmt. lis le trouvèrent jetant feu et flamme au sujet de notre venue. < Si Votre Seigneurie en était si contrariée, lui dirent-ils, comment se fait-il qu'Ëlle ait donné son autorisation? Car enfin, le monastère est fondé. > — «Je n'ai pu faire autrement, répondit l'archevêque, et en cela je me suis fait une étrange violence, car je ne puis souffrir les religieuses. Mais j'ai bien l'intention de ne rien

(1) La fùte des saints Fabien et Sébastien avait à cette époque plus de solennité qu'elle n'en a anjonrd'hni.

(2) Ce provisor se nommait Antoine Barba. Voir au l>ocum. 77 des détails complémentaires du récit delà vénérable mère Anne de Jésus.

donner à celles-ci, vu que je n'ai pas même de quoi secourir celles qui sont à ma charge. »

Ainsi, nous commençâmes à jouir sur Theure de notre pauvreté. La senora doâa Anne nous faisait bien Paumône, mais dans une mesure très limitée, et par ailleurs, personne ne s'occupait de nous. Nous voyant logées dans une maison qui était le rendez-vous de tant de pauvres et la providence de presque tous les monastères et tous les hôpitaux du pays, on se figurait que nous ne manquions de rien. En réalité, nous fûmes longtemps en telle détresse, que les dons de cette vertueuse dame n'auraient pas suffi à nous faire vivre, si nos pères déchaussés ne nous avaient aidées en nous envoyant, de leur couvent de Los Martyres, un peu de pain et de poisson (1). Ils étaient eux-mêmes dans le besoin, parce que cette année-là était une année de famine et de stérilité, et que F Andalousie avait bien à souffrir. En fait de couvertures pour la nuit, nous n'avions que celles emportées pour le voyage. C'était si peu de chose, que deux ou trois de nous seulement en avaient suffisamment pour dormir. Les autres allaient passer la nuit sur les nattes qui se trouvaient dans le chœur. Cet état de choses nous causait tant de joie, que, pour continuer à en jouir, nous n'avions garde de révéler notre pénurie. Au contraire, nous nous efforcions de la cacher, surtout à cette sainte dame, à laquelle nous ne voulions pas être importunes. Nous voyant très satisfaites et très joyeuses, et nous tenant d'ailleurs pour des personnes vertueuses et pénitentes, elle ne s'apercevait pas de l'insuffisance de ses dons.

C'est ainsi que nous vécûmes la plus grande partie de notre séjour en sa maison, c'est-à-dire pendant sept mois. Durant tout ce temps et même dès le premier jour, nous fûmes visitées par les

(1) Les cannes déchaussés s'étaient établis à Grenade le 19 mai IS73, sur une colline objet d'une spéciale vénération, parce qu'une multitude de chrétiens y avaient été mis à mort par les sectateurs de Mahomet. De là, le nom de Los Martyres donné & la colline et plus tard au monastère. (Cfr. Reforma de los Descalzos, t. I, lib. III, cap. m.) Le récit des reli- Kîeuses de Grenade insiste tout particulièrement, et h dessein, ce semble, sur les générosités d'Anne de Peûalosa envers la communauté naissante.

personnes graves de la ville et par des religieux de tous les ordres. On ne nous parlait que de la témérité qu'il y avait à fonder des monastères en imreille pauvreté et dans Tabsence de toute ressource humaine. Nous répondions que de cette façon nous jouissions davantage des consolations divines ; confiantes en la sollicitude, tant de fois expérimentée, dont nos couvents avaient été Tobjet de la part de la divine Providence, nous étions sans crainte en les fondant ainsi ; que nous désirions même les voir tous s'établir dans ces conditions, parce que c'étaient les plus sûres à nos yeux. On riait beaucoup en nous entendant et en voyant combien nous étions joyeuses dans une réclusion si sévère. En effet, pour garder notre clôture, nous nous soumettions à bien des assujettissements; c'est au point que don Louis de Mercado, quoique demeurant dans la même maison, ne nous a jamais vues le voile levé, et que ni lui ni auti^ ne connaît nos visages. En cela d'ailleurs, nous faisions simplement ce qui se pratique parmi nous ; mais en ce pays on compte cela pour beaucoup.

Un grand nombre de personnes de toutes conditions se présentaient pour demander l'habit. Mais, parmi plus de deux cents qui le sollicitèrent, nous n'en trouvâmes pas une qui nous parût avoir les qualités requises par nos Constitutions. A beaucoup nous refusions de parler. Avec les autres, nous usions de délais, disant qu'elles devaient d'abord prendre connaissance de notre genre de vie, que, de notre côté, nous avions le devoir d'éprouver leurs désirs, qu'au reste il fallait attendre que nous fussions pourvues d'une autre maison, celle-là ne pouvant recevoir une habitante de plus. Nous faisions beaucoup de démarches pour en trouver une. Mais, qu'il fût question d'acheter ou de louer, nous ne pouvions arriver à conclure. J'entrai alors en quelque souci de nous voir si peu secourues dans cette ville; mais chaque fois que j'y faisais réflexion, je croyais entendre cette parole de Jésus-Christ Notre-Seigneur à ses apôtres : Quand je vous ai envoyés prêcher sans bourse ni chaussures ^ vous a-t-il manqué quelque chose (1) f

(1) Quando misi vos sine sacculo et pera et calreanientis, numquid aliquid defuitvobis? (Luc f xxii, 3o.)

Et mon âme répondait : Non, certainement ! En même temps je sentais une inébranlable confiance que sa Majesté nous pourvoirait abondamment, tant au spirituel qu'au temporel. Il est certain que presque sans rien faire pour cela, nous avions la messe et les sermons des prêtres et des prédicateurs les plus renommés de la ville. Ils se plaisaient à nous confesser et à prendre connaissance de notre genre de vie.

Cette assurance intérieure, mise par Dieu même en mon âme, que rien ne nous manquerait, provenait d'une grâce dont je fus favorisée dès mon arrivée ici. J'entendis intérieurement, d'une manière très saisissante et très intime, ce verset du psaume : Scapulis suis obumàrabù libi, et sub pennis ejus sperabis (1). J'en fis part au père Jean de la Croix, mon confesseur, ainsi qu'au père maître Jean-Baptiste de Ribera, de la Compagnie de Jésus, auxquels je communiquais, en confession et bors de confession, tout ce qui se présentait. Tous deux \irent là une assurance donnée par Notre-Seigneur que cette fondation était en bon chemin. Et par le fait, elle a bien marché depuis quatre ans qu'elle existe. Que son saint nom en soit béni ! Les sœurs venues pour la fondation m'affirment que, durant tout ce temps, elles ont joui plus abondamment de la présence et des communications de sa Majesté qu'à pas une autre époque de leur vie. Ceci apparaissait visiblement dans leurs progrès spirituels et dans ceux qu'au dire de tout le monde, leurs exemples produisaient dans les monastères de religieuses qui se trouvent dans cette vUle. Je tiens de la bouche même du président don Pierre de Castro que, depuis notre arrivée, il s'y est opéré un très grand changement. Je parle des religieuses qui ne sont pas de notre ordre, car il y en a de bien des ordres à Grenade.

Outre les grâces que Notre-Seigneur nous accordait, comme je viens de le dire, nous en recevions une autre très signalée, que voici. Nous sentions que la personne de Notre-Seigneur Jésus- Christ nous tenait compagnie dans le très saint Sacrement de l'autel.Et ce sentiment était tel,qu'il nous rendait comme sensible

(1) Il t© mettra & couvert à Tombre de ses ailes et tu espéreras sous ses plumes. (Ps. XG, i.)

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la présence corporelle de ce divin Msdtre. C'était chose si générale et si ordinaire parmi nous, qu'elle faisait l'objet de nos entretiens. Nous disions que nulle part ailleurs le très saint Sacrement ne semblait avoir produit sur nous pareil effet. Cette joie spirituelle commença dès qu'il fut placé dans le tabernacle, et elle dure encore à présent chez quelques-unes. A la vérité, elle est moins sensible que pendant les sept premiers mois.

Au bout de ce temps, nous finîmes par trouver une maison à louer. Celui qui l'occupait nous l'ayant cédée sans en rien dire au propriétaire, Votre Paternité nous y transféra en grand secret, étant venue de Baëza pour nous installer (1). Nous avions dû nous contenter de cette demeure; mais, à six mois de là, Notre-Sei> gneur commença à toucher vivement quelques jeunes filles appartenant aux premières familles de la ville. Secondées de leurs confesseurs, mais à l'insu de leurs parents et de leurs proches, qui refusaient de les laisser entrer dans un ordre aussi austère, elles se présentèrent secrètement pour recevoir notre habit. Dans l'espace de quelques jours, nous le donnâmes à six d'entre elles avec beaucoup de solennité, mais aussi, au grand mécontentement de leurs familles et à l'émoi de toute la ville. S'engager parmi nous, c'était, ce semble, chose épouvantable. Aussi, bon nombre de parents, on nous l'a rapporté, veillaient avec soin sur leurs filles. Le père et la mère de la première novice reçue par nous, la sœur Marianne de Jésus, étaient morts aussitôt après son entrée, et on répandait le bruit que le chagrin en était cause. Pour elle, jamais elle ne fit paraître le moindre regret d'être entrée parmi nous ; bien au contraire, elle a toujours montré beaucoup de satisfaction et de reconnaissance pour la grâce que Notre-Seigneur lui a faite en l'appelant à notre ordre. Elle y a fort bien réussi, ainsi que les autres qui entrèrent alors (2). J'en dis autant de toutes celles qui furent reçues depuis.

(1) Celle maison était située près du célèbre Pilar del Toro, dans la rue appelée Calle Elvira. Elle appartenait h don Alphonse de Granada y Alarcon. (Reforma de los Descalzos, t. I, lib. V, cap. zxiii.)

(2) Les novices dont parle ici la mère Anne de Jésus étaient : Marianne

Qoand ces novices eurent fait profession, nous nous occupâmes (l'acheter un local avec le montant de leurs dots. On entra en pourparlers au sujet de bien des maisons ; pour plusieurs on en vint même jusqu'à rédiger les actes, mais il n'y eut jamais moyen de conclure. Finalement, nous songeâmes à prendre celle du duc de Sesa. Mais de si grandes difficultés s'opposaient & sa vente, que la mettre en question nous semblait une folie. Tous ceux qui entendaient parler de ce projet en jugeaient de même. C'était néanmoins la maison la plus convenable pour nous, et la mieux située de Grenade (1). Je me déterminai à entamer les

de Jésns (de los Gameros), qui dans la suite fut prieure de Grenade, et fondatrice d'Almodovar et de Cabra; Isabelle de rincarnation (de Puebla), qui devint fondatrice de Bafiza et prieure de Jaên ; Marie de SaintJean (de Velasco) ; Catherine du Saini-Esprit (de Leyva), qui gouverna à trois reprises le couvent de Grenade ; Catherine de Jésus, qui prit part à la fondation de Malaga ; et Marie de Saint-Paul. (Cfr. Registre des professions du couvent de Grenade. — Reforma de los Desealzos, t. III, lib. XIII, cap. xxit; t. IV, lib. XIV, cap. xiu; t. II, lib. VI, cap. xlv.)

(1) Cette maison, sise Calle San Matias, est restée célèbre comme la dernière habitée par Gonzalve de Côrdoba, celui qui en li92 chassa les Maures de Grenade. C'est là qu'il mourut le 2 décembre 1515. Voici comment les difficultés mentionnées par Anne de Jésus s'aplanirent providentiellement. Don Jean Ramirez de Guzman, marquis d'Ardalès, marié à Anne de Cardona y Cordoba, nièce du duc de Sesa, était malade à la mort. La duchesse douairière de Sesa, qui était fille de doua Marie de Mendoza, l'amie de sainte Térèse, envoya de Baena, où eUe se trouvait alors, un exprès aux carmélites de Grenade, leur demandant d'intercéder auprès de Dieu pour obtenir la vie du malade. Anne de Jésus promit les prières de la communauté et après avoir pris conseil du père Jean Geronimo, recteur des jésuites de Grenade et son confesseur, eUe envoya un morceau de l'habit de sainte Térèse, baigné de rhuUe qui découlait de son corps. Au contact de cette relique, Jean de Guzman recouvra miraculeusement la santé. La duchesse de Sesa, pleine de reconnaissance, offrit à très bon compte aux carmélites de Grenade la maison dite « du Grand Capitaine », dont elle était propriétaire. (Cfr. Dép. de la mère Anne de Jésus.) Cette affaire rencontra cependant des obstacles, élevés par plusieurs des intéressés, spécialement par un certain don Louis de Côrdoba, homme difficultueux, qu'Anne de Jésus, écrivant & une religieuse de Salamanque, ne craint pas de comparer h Pierre de la Banda, cet autre propriétaire dont elle avait expérimenté à Salamanque le caractère fantasque et violent. (Voir chap. xix du Livre des Fondations.) Manrique, dans sa Vie d'Anne de Jésus (lib. IV, cap. v), nous a conservé un passage intéressant de cette lettre

négociations, m'appuyant sur ce qui m'avait été affirmé depuis plus de deux ans par la sœur qui me sert en ce moment de secrétaire. Je ne la nonmie point, parce que Votre Paternité reconnaîtra bien récriture (1). Notre-Seigneur lui avait fait entendre à trois reprises que notre communauté s'établirait dans la maison du duc, et lui avait même donné une entière certitude que rien ne pourrait y faire obstacle. Effectivement la chose s'est réalisée, ainsi que Votre Paternité le sait, et cette demeure est celle que nous occupons aujourd'hui.

Anne db Jésus.

de la vénérable mère à sa cousine Marie de SaintrAage, alors sous-prieure au couvent de Salamanque. EUe est datée du 9 septembre 1584. Une lettre antérieure d*Anne de Jésus à la môme religieuse, écrite & Grenade vers la fin de 1582, se garde & la Bibl. nat. de Madrid. Nous la donnerons & la fin de ce volume, Docum. 78. Les carmélites de Grenade occupent aujourd'hui encore la maison « du Grand Capitaine ».

(1) Manrique nous apprend que cette religieuse était la sœur Antoinette du Saint-Esprit. (Lib. IV, cap. v.)

DE

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