CHAPITRE XXIU. «-^ SEVILLE
homme de grand savoir, intelligent^ modeste, dont toute la vie a été oi*née de rares vertus, et que Notre*Dame semble avoir choisi pour le bien de notre ordre primitif. Tandis qu'il habitait Alcala, la pensée d'embrasser Tétat religieux occupait son esprit, mais il était loin de songer à prendre notre habit. Ses parents, qui jouissaient de la faveur du roi et voyaient en leur fils des dispositions peu commmies, avaient à son égard d'autres desseins. Mais
earmes «lécliaussés. Novice le 2C> mars 1572, il était pvotH ou 1573, et c^ito mémo année, devenait visiteur doâ oarmcs diaussés tV Andalousie. En avril 1575, eut lieu à Béas sa première entrevue avec sainte Térèse. U» père Oratien revenait de Séville, où il avait prêeiiô le carême : il fit un détour de quarante lieues iiour se procurer la consolation de voir la sainte, ^ommé peu après commissaii*e aiwstolîque des Déchaussés, U conduisît SOU8 sa direction tous les couvents de religieux et de religieuses. £n 15S1 il devint provincial. Sans y prétendre, Jérôme (iiutien se trouva le personnage le plus important de la réforme, l/hostilité, la jalousie Favaient assailli drà son entrée dans Tordre; elles allaient grtmdir rapidement cl devenir im amer coutre-i>oids à la confiance et à l'affetUion spéciale dont rhonorait la fondatrice. Discrol, conciliant, i>lcin de candeur, d'un carackèro doux et aimable, Gratien, il faut le roconnattre, manquait d'assurance, de promptitude, de décision. S'il rendit à la réforme de réels services, c'est soutenu par l'énergie, la ))erspicacité, rexi)érl(»ncc île la sainte, qui le couvrait en même tem|M do tout le prostige de sa propre ]f*putation. Le jour où cet appui lui fera défaut, Jérôme Gratien se verra hors d'état de faire face & la tempête et il sera emporté iiar elle. Après la mort de la fondatrice, des vues nouvelles prévalent dans la réforme; le blâme accueille les actes du provincial. Sous le gouvernement de son suocesBCur, le père Nicolas Doria, la défaveur s'accentue rapidement ; bientôt on sont le besoin d'éloigner celui dont la présence ^ène dos plans nouveaux. Le 17 février 159i, le coadjuteur de sainte Térèse est expulsé du Carmel réfermé. Si le pèro (imtieu se montra faible dans la lutte, il apparaîtra grand dans le malheur. Résigné, constant sous les coups qui l'accablent sans trêve, il n'aura que des paroles de modération et de charité h l'égard de ses persécuteurs, au point que Clément VI U, admirant sa patience et sa grandeur d'Âme, pourra s'écrier : • Cet homme est im .««ainti * Cependant Gratien, sous le poids de sou ignominieuse expulsion, s'était dirigé vers l'Italie. Les plus douloureuses péripéties l'y attendaient. Finalement il allait, malgré ses répugnances, passer dans un autre ordre, lorsqu'en octobro 1593, se rendant par mer de Gaôte à Rome, il fut capturé par un corsairo tun*. Dans une ile déserte où s'arrêtèrent les infidèles, il fut mai*qué àla plante
lui n'entrait nullement dans leurs vues. Dès le dé])ut de ses études, son père l'avait destiné à suivre les cours de droit. Quoique bien jeune encore, il en éprouva un vif chagrin et obtint, à force de larmes, la permission de suivre les cours de théologie. Dès qu'il eut conquis le titre de maître (1), il fît des démarches pour entrer dans la Compagnie de Jésus. Ces pères l'avaient même reçu, mais à raison d'une circonstance qui survint, ils lui demandèrent
des pieds d'un fer rouge en forme de croix. Airivé à Tunis, il se vit plus d'une fois sur le point d'être brûlé vif. Lui-môme a raconté & sa mère une partie de ses souffrances dans une lettre inédite, écrite dans son cachot de Tunis et datée du 6 juillet 1594. (Voir Docum. 29.) La Pcregrinaciôn de Anastasio, composée par lui à la fin do sa vie, fournit d'autres détails encore. Ses amis d'Espagne étant parvenus à lui faire tenir le prix de sa rançon, il put rentrer H Rome (1595). Là, il prit rang parmi les carmes mitigés. L'année 1600, il revoyait sa patrie. En 1607, il se rendit en Flandre, avec le marquis de Guadalesta, ambassadeur d'Espagne, et s'arrêta à Paris. La mère Anne de Saintr-Barthélemy, alors prieure du premier monastère de cette ville, le pria de lui prêter la précieuse relique du doigt do sainte Térèse qu'il portait toujours sur lui. L'ayant appliquée aux yeux d'une religieuse française, devenue presque aveugle, elle eut la joie de lui voir recouvrer la vue. (Dans sa 2*** Dép., la sœur Térèse de Jésus, nièce do In sainte, déclare avoir appris le fait par une lettre de Toribio Manzanas, neveu de la mère Anne, lequel se trouvait alors i\ Paris.) Le père Jérôme (iratien acheva en Flandre la composition et l'impression de ses ouvrages. 11 y eut de fréquents rapports avec les filles et les fils de sainte Térèse, néanmoins il garda jusqu'à la mort Fhabit des carmes chaussés. Il s'éteignit pieusement k Bruxelles le ti septembre 1614, à Fôge de soixante-neuf ans, redisant l'antienne et l'oraison de celle que l'Église venait de placer sur les autels, et dont il avait été le fils spirituel non moins que le directeur. Son corps fut enterré au couvent des carmes chaussés de Bruxelles, devant l'autel du chapitre. (Cfr. Percgrinaciôn de Anastasio. — Correspondance inédite. — Vie du père Gratien, par André del Marraol. — Le père Jérôme Graticn et ses juges, par le père Grégoire de Saintoloseph. Home 1904.) De la corres- [K)ndance do sainto Térèse avec le père Graticn, il reste plus de soixante-dix lettres, avec do nombreux fragments. ?(ous donnerons à la fin de ce volume, Docum. 30, deux lettres du célèbre Louis de Léon, relatives au père Gralien et aux inculpations dont il fut l'objet de la part de plusieurs des réformés, (l) Ce titre, dans les universités espagnoles, est l'équivalent de celui de bachelier. Dans les ordres religieux anciens, comme ceux de Saint-Augustin, de Saint-Dominique, etc., il correspond ii celui de docteur.