‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 12 sur 185 · CHAPITRE XXIir. — SEVILLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIir. — SEVILLE

de différer un peu son entrée. Il m'assure que le bien-être dont il jouissait dans le monde lui était un supplice : ce n'était pas là, lui semblait-il, le chemin qui conduit sûrement au ciel. Du reste, il avait ses heures réglées pour Toraison, et sa retenue, Tinnocence de ses mœurs étaient parfaites.

A cette époque, un de ses amis intimes prit Thabit de notre ordre au couvent de Pastrana et fut appelé Jean de Jésus (1). Comme lui, il était maître en théologie. Je ne sais si ce fut à la suite d'une lettre que cet ami lui écrivit sur l'excellence et l'antiquité de notre ordre, ou s'il faut l'attribuer à une autre cause, toujours est-il que Jérôme Gratioa prenait un singulier plaisir à lire tout ce qui concernait cet ordre et à prouver son excellence par de puissantes autorités. C'est à tel point qu'il avait du scrupule, il lo dit lui-môme, de laisser do côté les autres

(1) Jean Roca cHait nv en lîiiS, à Sanalmja, en Catalogne, de Pierre Billion et crisabellc Uoca, dont il porta le nom. Ses parents renvoy«>rent faire SCS éludes à Harcolono. Doué d'une intolligcuco et d'une volonté peu communes, il s'y distingua parmi ses condisciples, obtint le grade de docteur en théologie et fut ordonné prôlre. De là, il passa à l'univei-sité d'Alcala, où il se lin d'amitié avec .ïérôme Gratieu. Soudainement touché de Dieu à la suite d'un entretien avec la mère Isabelle de Saint-Dominique, prieure des carmélites de Pastrana, il alla trouver les carmes déchaussés de la même localité et, quoique i*evôtu du sacerdoce, leur demanda instamment l'habit de convers. La dernière partie de sa demande ayant été rejetée, il revêtit Phabib des religieux de chœur, le l** janvier 1572. En apprenant sa réception, sainte Tér<»se s'écria, dit-on : Notts avons maintenant un homme dans la maison! Jean de Jésus s'exerça fortement à toutes les vertus religieuses, notamment à la pénitence, vers laquelle le portait un attrait spécial. Profès en lo73, il devint deux ans plus tard prieur de Mancem. En 1576, il fut chargé de visiter les couvents delà réforme, à titre de zélateur, lia sainte se plaignit en cette circonstance do sa trop grande ardeur ù réglementer. La persécution des carmes de PObservance ayant pris fin, il fut choisi pour aller, avec un compagnon, solliciter i\ Rome la séparation des Déchaussés et dos Mitigés (mai 1579), Il réussit dans cotte difficile enlre-

études pour se livrer a celle-là. Aux heures même de l'écréation^ il s'en occupait eucore. 0 sagesse ! ô puissance de Dieu ! Combien vainement nous faisons ciFort pour nous soustraire à sa volonté ! Notre-Seigneur voyait à quel point cette œuvre, qu'il a lui-même commencée, avait besoin (Vun homme de ce mérite. Je le bénis souvent de nous avoir accordé une telle faveur. En eifet, j'aurais eu beau demander à sa Majesté un sujet capable de tout régler dans notre ordi^ en ces premiers temps, jamais je n'aurais pu solliciter autant qu'l'^lle nous a donné. Grâces étemelles lui en soient rendues !

Le père Gratien n'avait donc nullement lïntention de prendre l'habit de carme déchaussé, lorsqu'on le pria de se rendre à Pastrana pour traiter avec la prieure des carmélites de la réception d'une postulante, car le couvent des religieuses n'avait pas encore été transféré (1).

prise et, par là, se concilia de plus en plus rcâtiine et la rcooiinoissaiice de la réforme. Il gouverna ensuite le oolUfgo de Baêza, et fut employé aux fondations de Valladolid et de Barcelone. En 1588, il était nommé provincial de Catalogne ; en 1597, il refusait Févèché de Tortosa, qui lui était offert par Philippe H. En 1600, il était de nouveau provincial. Mais Dieu le destinait à finir ses jours dans la retraite. Jean do Jésus songeait à soustraire sa province à la congrégation d'£si>agne pour Tunir à la congrégation d'Italie. Le projet fut découvert, et le proxiucial destitué de toute chaïf^. Rentré dans sa cellule, il vécut plusieurs années encore, dans Foubli de toutes les choses de la terre, vrai modèle dliumilité et d'observance religieuse. U mourut à Barcelone en 1614, & Tâgede soixante-et-onze ans, assisté, dit-on, de sainte Térèse. (Glr, lleforma de los Descabos, t. IV, lib. XIV, cap. VI. — Lanuza : Vida de la bendita madré Isabel de S. Domingo, lib. II, cap. zx. — Lettres de sainte Térèse au père Gratien, du 19 novembre 157(î, ot À Roch de Huerta, du 2 mai 1579.)

(1) Cette prieure était la mère Isabelle do Saint-Dominique. 1a postulante se nommait doua Barbe del Castiilo. Elle avait été élevée au couvent de San Juan de la Penitenciay dans la ville d'Alcala de Henarès» et avait ensuite fait partio de la maison do la duchesse d'Albe. Quelque temps le monde et la vanité exercèrent leur empire sur son cœur. Le

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