‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 122 sur 185 · MARIE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

MARIE DE JÉSUS

professe à Tarticle de la mort

Marie de Jésus était originaire d'nn hameau voisin de Villanueva de la Jara. On ignore le nom de ses parents. Inclinée dès Tenlance vers les choses de Dieu, elle ht de bonne heure voeu de chasteté, revêtit Thumble habit des béates et joignit à de nombreuses macérations le soin assidu des pauvres, des malades et des abandonnés. EUe était de ces âmes qui n'ont qu^une aptitude médiocre pour les choses de la terre^ mais dont les facultés semblent se transfigurer quand il s'agit des choses d'en haut et des intérêts de Tétemité. L'onction de ses paroles, la force de ses exhortations, arrachèrent plus d'une fois à leurs égarements des pécheurs invétérés dans le crime. Elle savait les disposer à la confession et, pour assurer leur persévérance, les mettre en garde contre les ruses de Tennemî. Oa raconte qu'elle réussit à faire ouvrir les yeux à deux infortunés qui étaient sur le point de s'ôter la vie. Un autre s'était déjà frappé d'un poignard et, près de pardtre devant Dieu, refusait de recevoir le ministre du pardon. Marie se présente, un crucifîx à la main, et soulevée par une sainte passion de rendre à Dieu cette àme déjà sur le bord de l'abîme, elle adresse au coupable des paroles si brûlantes, qu'elle fait fondre la glace de son coeur et lui obtient de mourir dans les plus beaux sentiments de repentir.

Du reste, tout était simple en elle, et dans sa prière humble et fervente, rien qui sortit des voies ordinaires de la grâce. Ainsi vécut cette servante de Dieu jusqu'à Page de cinquante ans. Ayant appris alors que de pieuses filles, au nombre de huit, s'étaient réunies pour vivre ensemble dans les exercices de la vie parfaite, elle fit instance pour être admise en leur société et s'enferma avec elles dans Fermitage de Sainte- Anne. Elle comptait cinquante-six ans quand sainte Térèse, arrivant à Yillanueva, adjoignit à sa réforme la petite comnmnauté.

A première vue, rien ne frappait dans cette âme, si ce n'est sa simplicité. La sainte mère cependant, avec son tact sûr et la lumière d'en haut dont elle était favorisée, comprit la valeur du joyau que Dieu lui confiait. Elle recommanda aux religieuses de prendre bien soin de Marie de Jésus, parce que, disaitrcUe, c'était une grande âme ; et malgré la difficulté qu'éprouvait la novice à lire le latin, elle voulut la voir religieuse de chœur. Dès le premier jour, nulle ne fut plus humble et plus obéissante, c L'humilité se reconnaît à la patience >, a dit saint Augustin. Celle de la vénérable sœur ne devait pas tarder à passer par ce creuset. Après le départ de la sainte, Dieu le permettant ainsi, les mortifications ne lui furent point ménagées. Son peu d'habileté pour la psalmodie lui faisait souvent interdire la récitation du bréviaire au chœur, et la cuisine lui était alors assignée comme séjour. Sa faiblesse et sa mauvaise santé lui rendaient bien difficiles les travaux qui lui étaient demandés, mais jamais une parole de plainte n'effleura ses lèvres, jamais la douce sérénité de son visage ne parut altérée.

Trois jours avant la fête de saint Michel de l'année suivante (1581), Marie de Jésus fut saisie de la fièvre. EUe comprit que sa fin n'était pas éloignée et un accroissement d'humble connaissance d'elle-même, joint à une douleur très pénétrante de ses fautes, qui lui furent en même temps donnés, la confirmèrent dans cette conviction. Elle demanda avec instance les derniers sacrements. Mais son mal paraissant sans gravité, on ne crut devoir lui accorder que la réception de l'Eucharistie. Dans la soirée,

entendant sonner les cloches de la bourgade, elle demanda quelle solennité on s^apprètait à célébrer. La religieuse qui la gardait lui répondit qu'on faisait le lendemain la fête de saint Michel. Marie de Jésus leva les mains vers le ciel, et avec beaucoup de larmes : c Grâces soient rendues à la souveraine Bonté de mon Dieu, s*écria-t-elle. Que les cieux et la terre le bénissent de combler de tant de grâces une si vile créature ! > Sa compagne lui demanda ce qui la faisait parler ainsi : c C'est, répondit-elle, que depuis réveil en moi de la raison, j'ai pris pour mon défenseur à la vie et à la mort le glorieux saint Michel, et le Seigneur m'a souvent fait entendre que je mourrais le jour de sa fête. > Tout d'abord on ne prit point cette parole au sérieux. Cependant le médecin consulté jugea qu'on pouvait accorder à la malade la consolation de recevoir l'Extrème-Onction. Marie de Jésus passa la plus grande partie de la nuit en tendres colloques avec son Dieu. A trois heures du matin, elle dit : c Appelez notre mère et nos sœurs, parce que je vais mourir. » Voyant entrer El vire de Saint-Ange, la maîtresse des novices, elle prit congé d'elle par ces paroles : t Ma chère mère, vous qui avez été toute ma consolation, adieu. Sa Majesté m'appelle en toute hâte. Je vous remercie de toute la peine que vous avez prise pour moi. » Ensuite elle assura ses sœurs qu'elle avait goûté plus de joie pendant le peu de temps qu'elle avait passé sous l'obéissance, que durant les longues années où elle avait joui de sa liberté. Tenant à la main son crucifix, elle le couvrait de baisers et lui adressait d'amoureuses paroles. Au milieu de ces pieux transports, on l'entendait prononcer des versets latins, parmi lesquels on distingua celui-ci : Dirupisti, Domine, vincula mea, tibi sacrificabo hostiam taudis (1). Elle garda quelque temps le silence; puis, les yeux levés au ciel, elle rendit paisiblement son âme à son Créateur. C'était le jour du glorieux archange, son protecteur (2).

(i) Seigneur» vous avez rompu mes liens, je vous immolerai une hoslie de louange. (Ps. cxt, 16.)

(2) Cfr. Reforma de los Descalzos, t. I, lib. V, cap. ti. Le i)ère François do Sainte-Marie place la mort de Marie de Jésus en 1580.

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