ANNE DE LA MÈRE DE DIEU
Anne se trouvait au couvent de Béas au moment où saint Jean de la Croix, récemment délivré de sa prison de Tolède, vint entretenir pour la première fois les religieuses de ce monastère. Cellesci avaient écouté avec le plus vif intérêt le récit de ses souffrances, lorsque la mère Anne de Jésus, voulant le réjouir pieusement, dit à la sœur Anne, qui avait une fort jolie voix, de chanter Tun de ses cantiques. Anne venait d'en composer un sur un thème qui lui était cher. Elle commença, d'une voix suave et pénétrée :
Quien no sabe de penas
En esta triste valle de dolores,
No sabe de buenas
2\i ha gustado de amores.
Pues penas es el traje de amadores.
Celui qui ne connaît pas la souffrance En la triste vallée des larmes.
Du ATai bien n'a point connaissance Et n'a jamais goûté Famour, Car la souffrance est la Uvrée de ceux [qui aiment.
En vain le saint, qui sentait venir l'extase, faisait signe à la sœur de cesser le chant. Il ne put se faire entendre, et se trouva emporté par un transport si violent, qu'il eut beau saisir la grille
dite sur la vie et les vertus des premières religieuses. — Dép. jurid. de Françoise de la Mère de Dieu pour la cause de la vénérable Anne de Jésus. (Infonn. de Béas, 1633.)
MONASTÈRE DE BEAS. 311
(les deux mains, son corps fut élevé de terre. Pendant une heure il demeura ravi, en la présence des religieuses émerveillées. Quand il eut repris ses sens, il dit à la mère Anne de Jésus et à ses filles de ne point s'étonner : Dieu, durant ses dernières épreuves, lui avait communiqué de si hautes lumières sur le prix des souffrances, que leur seul nom suffisait pour faire entrer son âme dans une oraison profonde.
En 1595, Anne de la Mère de Dieu fut envoyée à la fondation d'Uheda. Elle remplit plusieurs fois en ce couvent la charge de prieure et y mourut pleine de jours et de mérites (1).
MARIE DE SAINT-ANGE (Villaquiilvx y Galainciia)
novice en 1582
(1) Cfr. Refortïta de los Descalzos, t. VI, lib. XXVI, C141. xxii. D'après le père Manuel de Saint-Jérôme, auteur du VI* tome de la Reforma, Anne de la Mère de Dieu aurait été professe lors de la visite de saint Jean de la Croix, et c'eût été le saint lui-même qui aurait autorisé sa profession. D'autre part, le registre des professions du carmel de Béas ne mentionne qu'une religieuse du nom d'Anne de la Mère de Dieu et la dit professe de Tannée 1590, en vertu de rautorisalion du père Nicolas de Saint-Cyrille. Les carmélites de Béas, après une confrontation attentive de leur registre et des indications données par le père Manuel de Saint-Jérôme, nous ont écrit qu'il devait y avoir erreur soit de la part du Registre, soit de la part des Chroniques. 'Ce qui n'est pas douteux, c'est qu'en 1578 saint Jean de la Croix entra en extase au parloir du monastère, au chant d'une des religieuses.
BÉATRIX DE LA MÈRE DE DIEU (CnAvès)
i^ professe (1576)
Sainte Térèse a fait connaître cette religieuse au chapitre XXVI des Fondations.
BERNARDE DE SAINT-JOSEPH (Matias y Raiiirbz)
professe à Tarticle de la mort
Bemarde était fille d'un corse nommé Paul Matias, qui s'était fixé avec sa famille au fauboui^ de Triana. Sa mère s'appelait Marianne Ramirez. Les deux époux étaient largement pourvus des biens de ce monde, mais surtout ils étaient en possession du trésor qui surpasse toutes les richesses d'ici-bas : un grand esprit chrétien. Paul Matias se distinguait par une dévotion extraordinaire envers la sainte Vierge, par la miséricorde envers les pauvres et le dévouement le plus généreux envers les serviteurs de Dieu. Quand il eut appris la triste situation faite dans Séville à la fondatrice des pauvres carmélites déchaussées, il s'offrit à lui servir de caution pour l'achat d'une demeure. Le Seigneur allait l'en récompenser en appelant au Carmel la perle de son foyer. Paul et Marianne voyaient grandir autour d'eux une jeune et brillante
postérité : des iils en grand nombre, et trois filles, dont la beauté était renommée dans SévlUe. L'une d'elles, Bemarde, surpassait encore ses sœurs sous ce rapport. On eût dit que son âme pure et limpide se reflétait sur son doux visage : elle avait Textérieur d'un ange. Elle en avait aussi les aspirations ; jamais ses pensées et ses affections ne se portèrent ailleurs que vers le ciel. Mais il est des âmes dont le vol est trop libre et trop rapide pour séjourner longtemps ici-bas, et qui ne tardent guère à déployer leurs ailes pour rejoindre dans la patrie les anges leurs frères. Bemarde devait être de ce nombre.
A peine eut-elle entendu parler de sainte Térèse et de ses filles, qu'elle comprit à n'en pouvoir douter qu'auprès d'elles seulement son cœur trouverait le repos et le bonheur. Ses parents, malgré leur religion profonde, ne pouvaient supporter la pensée de la voir s'éloigner d'eux. Térèse connaissait la jeune fille et ses aspirations vers le cloître, mais en face de l'opposition des parents, elle avait jugé opportun de temporiser. Un jour vint où Bemarde crat pouvoir tenter un dernier effort pour se faire ouvrir les i)ortes du monastère. En mars 1576, les carmélites avaient préparé avec toute la solennité possible la fête de saint Joseph, la première qu'elles célébraient à Séville. Le père Gratîen devait donner le sermon. Bemarde sortit de la demeure paternelle, en apparence pour prendre part comme d'autres fidèles à la pieuse solennité; en réalité, elle rompait les derniers liens qui l'attachaient au siècle. Elle assista à la fête, entendit le sermon, puis elle supplia les religieuses de ne plus retarder son bonheur. Ses ins* tances furent si touchantes, que sainte Térèse reconnut l'esprit de Dieu parlant par la bouche de l'angélique enfant. D'accord avec le père Gratien, elle lui donna sur-le-champ l'habit du Carmel, ajoutant à son nom celui du glorieux protecteur de la réforme.
Dans la vie du cloître qui affranchit l'âme des servitudes terrestres et la fait déjà participera la vie des habitants du ciel, Bernarde de Saint-Joseph se trouva dans son élément. Pendant les six premiers mois de saprobation, elle jouit d'une entière tranquillité
d'esprit et d'une santé parfaite. Mais plus une âme est richement partagée du côté des biens d'en haut, plus Tennemi du genre humain lui fait sentir les effets de sa rage et de son envie. La nonvelle carmélite ne tarda pas à l'éprouver. Attaquée de tentations violentes, poursuivie de visions ^)ouvantabies, elle était en proie à d'inexprimables angoisses. Sainte Térèse avait quitté SévtUe : ce fut la mère Marie de Saint-Joseph qui, avec une maternelle sollicitude, prit soin de la pauvre affligée. Au milieu de ses tourments, Bemarde ne cessait d'assurer qu'elle serait professe ; mais, à la surprise de ses sœurs, elle ajoutait toujours qu'elle ne porterait point le voile noir. Cette annonce devait se réaliser. Le jour de saint Joseph, anniversaire de sa prise d'habit, elle fat saisie d'une lièvre violente, accompagnée de délire. La connaissance lui étant revenue, elle demanda instamment la grâce de faire ses vœux. Marie de Saint-Joseph comprenant que cette âme, mûrie par l'épreuve, allait prendre son essor vers le ciel, accéda sans retard à ses désirs. Ce fut avec une céleste ferveur que Bemarde, en présence du Viatique de son dernier passage, prononça ses saints engagements. A peine eût-elle énoncé devant l'hostie sainte la formule sacrée, que Satan, réduit à l'impuissance, s'éloigna de sa victime. « Ma mère, disait-elle ensuite à sa prieure, ma mère, je ne suis plus la même. La guerre est finie, mon âme nage dans la paix. > Cette sérénité parfaite, avantgoût de la paix du ciel, ne la quitta plus jusqu'à la mort. Quand elle eut rendu le dernier soupir, son corps parut revêtu d'une surnaturelle beauté : ses compagnes ne pouvaient se lasser de la contempler, de lui baiser les pieds et les mains. Sainte Térèse, dans sa correspondance, fait plusieurs fois mention de la sœur Bemarde de SainInJoseph et de âon heureuse mort. Elle témoigne la regarder comme une sainte (i).
(l) Cfr. Libro de las Recreaciones, Recreac. IX. — Le tires de sainte Têrîrse h la mère Marie de Saint-Joseph, des années 1576 et 1577. — Bemarde de Saint-Joseph n*est pas inscrite au registre conventuel du monastère de Séville, sans doute parce qu'elle ne fit profession qu'à Farticle de la morl. Son nom se trouve comme celui d'une défunte sur la liste envoyée par le monastère au chapitre d'Alcala.
MARGUERITE DE LA CONCEPTION (Ramirbz)
du voile blanc
2^ professe (1577)
Marguerite était sëvillane. Ses parents se nommaient Jules BaUeteros et Marie Ferez. Elle reçut Thabit en 1575 des mains de sainte Térèse, en même temps qu'une jeune fille distinguée, également de Séville, qu'on appelait doiia Ventura. On dit que le soir même de la prise d'habit, la sainte considéra attentivement les deux novices et, après un moment de réflexion, prononça ces paroles : A veniura^ Ventura^ que no tendras ventura. Pero, tUy Margarita, si. Ce qui peut se rendre ainsi : « Ventura, l'heureux sort ne sera peut-être pas ton partage. Quant à toi, Marguerite, oui, tu l'auras. » L'augure de la sainte mère se réalisa. Doiia Ventura se lassa bientôt de la vie du cloître et rentra dans le monde. Mai^erite delà Conception, au contraire, persévéra dans sa vocation et fournit au Carmel une longue carrière. Aussitôt après sa profession, qui eut lieu le 1" janvier 1577, elle rejoignit à Paterna Isabelle de Saint-François et Isabelle de Saint-Jérôme, que le père Gratien avait envoyées au couvent des carmélites mitigées de cette ville, pour y établir la réforme. Au retour de cette mission qui dura une année et donna beaucoup à souffrir aux trois carmélites déchaussées, Marguerite se laissa entraîner par Béatrix de la Mère de Dieu à déposer contre la mère Marie de Saint-Joseph et le père Gratien. Quelque temps elle refusa de reconnaître ses torts ; mais elle finit par ouvrir les yeux, demanda et obtînt son pardon. Dans la suite, elle rejoignit la mère Marie de Saint-Joseph au couvent de Lisbonne et y mena une vie des plus édifiantes. Ce ne fut qu'en 1647, âgée de plus de quatre-vingt-dix ans, qu'elle entra dans le repos du Seigneur (1).
(1) Cfr. Registre conventuel du monastère de Sé\-ille. — Reforma de lo8 DescaUoSf t. VI, 11b. XXIV, cap. m. — Libro de las Hecreaciones, Re-
ANNE DE SAINT-ALBERT (Sanchez)
du voile blanc
3« professe (1577)
ÉLÉONORE DE SAINT-ANGE (Chavès)
4* professe (1577)
Éléonore était cousine germaine de Béatrix de la Mère de Dieu. Elle devint en 1590 Tune des fondatrices de Sanlucar la
Mayor(l).
MARIANNE DES SAINTS (Va>bcas) 5" professe (1577) t 1633
Sainte Térèse parle dans sa correspondance de la réception de cette religieuse. La sœur Marianne prit part en 1585 à la fondation de Lisbonne, et dans la suite exerça dans ce monastère les fonctions de prieure (2).
creac. IX. — Ramillete de mirra. — Lettres de siiiiile Térèso à la mère Marie de Saint-Joseph, de lo76 à 1580. — P. Antoine de SaintnJosepli, t. II, Annot. de la Lettre XXIII.
(1) Cfr. Registre conventuel du monastère de Séville. — Reforma de lox Descalzos, t. II, lib. YIII, cap. xxxiii.
(2) Cfr. Registre conventuel du monastère de Sévillo. — Reforma de los Descalzof, t. II, lib. VI, cap. xli. — Lettre de sainte TrW^se i\ la mère Marie de Saint-Joseph, du il novembre 1576.
JEANNE DE LA CROIX (Gombz)
du voile blanc
6« professe (1577)
Jeanne Gomez, fille de Jules Asensio et d'Éléonore Chavès, avait épousé Alphonse Gomez y Yero, dont elle eut plusieurs enfants, entre autres Béatrix de la Mère de Dieu, première professe de Séville. Alphonse Gomez y Vero étant mort peu après l'entrée de sa fille au monastère, Jeanne sollicita, elle aussi, son admission, et reçut Thabit en qualité de converse, le 29 septembre 1576. Elle avait une sœur d'un âge avancé qui, ne pouvant être religieuse, voulut du moins servir les carmélites à la porterie. Jeanne de la Croix fit sa profession le 10 novembre 1577, et jusqu'à la fin de sa carrière justifia Téloge que sainte Térèse fait de sa vertu au chapitre xxvi des Fondations. La sainte la nomme fréquemment et avec estime dans sa correspondance. La mère Marie de Saint- Joseph la regardait comme Tune des bienfaitrices de sa communauté (1).
BLANCHE DE JÉSUS-MARIE (Frhylb)
7** professe (1578)
Blanche était fille d'un riche portugais, nommé Henri Freyle. Sa mère s'appelait dofia Éléonore de Valera, et fut l'une des premières bienfaitrices des carmélites de Séville. La jeune fille entra au monastère le 18 mars 1577 et y fut plus tard rejointe par deux de ses sœurs, qui portèrent les noms de Marie de Saint-Joseph et d'Isabelle de Sainte-Fébronie. A la fin de 1584, Blanche de Jésus- Marie passait à la fondation de Lisbonne. Elle y eut sa part des
(1) Cfr. Registre conventuel du monastère de Séville. — Lettres de sainte Térèse ù la mère Marie do Saint-Josepli, de lu7C ù lo80. — Libro de las liecreacioneSf Recreac. IX.
épreuves subies par la mère Marie de Saint-Joseph. Quand celle-ci, déposéede sa charge de prieure, lut envoyée au couvent de Guerva, Blanche de Jésus-Marie reçut de ses supérieurs Tordre de rentrer en son couvent de Séville. Celui de Lisbonne la revit ensuite ; elle y fui prieure et y mourut Tannée 1638 (1).
HIÉRONYME DE LÀ MÈRE DE DIEU (db SoTOHAToa)
8** professe (1578)
Hiéronyme, fille de Diego del Alcazar et de Béatrix Bueno, était cousine de Garci Alvarez, ce prêtre dévoué dont sainte Térèse nous a parlé au chapitre xxiv des Fondations, Elle entra au monastère de Séville en même temps que Blanche de Jésus-Marie, et gouverna la communauté en qualité de prieure. Hiéronyme de la Mère de Dieu lut toujours très chère à Marie de Saint- Joseph, qui composa pour elle le Traité sur le gouvernement des religieuses ^ que nous possédons encore (2).
MARIE DE JÉSUS (Agnès Ruiz)
9« professe (1579)
tl619
Agnès était sévillanc, fille de Sébastien Lopez et d'Isabelle Ruiz de Ojeda. Elle avait Tâme courageuse, le caractère ardent et démonstratil. Dès sa plus tendre enlance, ses désirs la portaient vers la pénitence, et elle rêvait de s'immoler sans réserve à son Dieu dans la solitude d'un cloître. Bien des obstacles s'opposaient
(1) Cfp. Registre conventuel du monastère de SévUle. — Reforma de las DescalzoSy t. II, lib. VI, cap. xli. — Lettres de sainte Térèse à la mère Marie de Saint^oseph, du 26 septembre et du il novembre 1570.
(2) Cfr. Registre conventuel du monastère de Séville.
à son dessein, mais elle sut les renverser, et prit au monastère de Scville, avec Thabit du Carmel, le nom de Marie de Jésus. Une autre transformation restait à accomplir, celle de son impétueuse nature. Elle y travailla longtemps, et les relations nous disent qu'un plein succès couronna ses efforts : elle en vint à une douceur, une tranquillité d'esprit, d'autant plus admirables, qu'elles étaient le fruit de longs combats et de nombreuses victoires.
Marie de Jésus était capable des entreprises difficiles. En 1581, sainte Térèse ayant demandé à la mère Marie de Saint-Joseph deux bons sujets de sa communauté pour la fondation de Grenade, la jeune professe fut désignée et rejoignit en cette ville la mère Anne de Jésus. Après avoir soutenu dans ses cdmmencements cette œuvre importante, elle rentra au couvent de Séville et fut ensuite envoyée à la fondation de Sanlucar laMayor (1590), où elle exerça la charge de prieure. C'était à Séville qu'elle devait achever sa course an milieu d'indicibles souffrances, surnaturellement imprimées en son âme et en son corps. On assure que le souverain Arbitre des destinées humaines, par une disposition exceptionnelle de sa providence et de sa sagesse, lui laissa le choix de souffrir en ce monde ou en l'autre la peine due à ses péchés. Marie de Jésus demanda comme une faveur d'expier ses fautes ici-bas. A partir de ce jour, Dieu donna au démon le pouvoir de l'affliger. Les maladies fondirent sur elle si nombreuses et si terribles, que, pour ne pas défaiDir, il lui fallut le secours d'une grâce extraordinaire. Les soins les plus empressés n'apportaient aucun soulagement à ses souffrances, et ses sœurs devaient assister impuissantes au spectacle d'un corps consumé de douleurs, totalement épuisé, où la vie semblait éteinte, couvert en quelque sorte des ombres de la mort.
Intérieurement la victime était livrée à des désolations amères, que venaient encore accroître de terrifiantes visions. Au milieu de tant de maux, sa patience, son abandon au bon plaisir de Dieu, restaient inébranlables; on la voyait attentive à cacher autant qu'il lui était possible l'intensité de ses tourments. De loin en loin, des visites célestes venaient, sinon la consoler, du moins lui
communiquer la force dont elle avait besoin pour porter son martyre.
Enfin, dans Tété de 1619, le terme fixé par la justice et la miséricorde sembla n'être plus éloigné, et le visage de la patiente parut resplendir d'un doux éclat. La veille du jour où elle devait quitter la terre, on la vit jeter les yeux de côté et d'autre, en disant : c Mes sœurs, ne voyez-vous pas la colombe f Qu'elle est belle! » Une des religieuses lui ayant demandé ce que venait faire la colombe dont elle parlait : « M'apporter, dit-elle, l'annonce de ma liberté. > Après avoir reçu les sacrements avec une tendre dévotion, elle passa la nuit à produire des actes fervents. Le lendemain, 10 juillet 1619, la colombe revint, et Marie de Jésus, joyeuse, prit ellemême son vol vers la patrie. Béatrix de la Mère de Dieu, première professe du monastère, vit son âme s'élancer vers le ciel sans passer par le lieu de Texpiation. La mère Marie de Jésus était âgée de soixante ans. Il y en avait quarante qu'elle s'était donnée à Dieu par les liens sacrés de la profession (1).
AGNÈS DE SAINT-ÉLISÉE (de Moiulês)
10' professe (1579)
Agnès accompagna la mère Marie de Saint- Joseph à la fondation de Lisbonne, et se distingua en ce monastère par son zèle pour l'observance. Son éloignement pour les charges était extrême. Apprenant qu'on songeait à lui confier celle de x)rieure, elle pria Dieu de la retirer de ce monde avant le temps de l'élection, ce qu'elle obtint (2).
(1) Cfr. Registre conventuel du monastère do Séville. — lie forma de los DescaUos, t. IV, lib. XIV, cap. xxi. Le père Joseph de Sainte-Térèse met la mort de Marie de Jésus en 1611.
(2) Cfr. Registre conventuel du monastère de Sé^iUe. — Reforma de los DescalzoSf t. VI, lib. XXIV, cap. m. — Canloso, dans son Agiôlogio Lusitmio, place la mort d'Agnès de Saint-Elisée en 1008. L'auteur du tome YI de la Reforma la recule jusqu'en 1G17.
MARIE DE SAINT-PAUL (db Morales)
!!• professe (1579)
Elle était sœur de la précédente. En 1582, elle rejoignit avec Marie de Jésus les fondatrices de Grenade. En 1590» elle prit part à la fondation de Sanlucar la Mayor (1).
JEANNE DE SAINT-BERNARD (de Cardbnas)
du voile blanc
12* professe (1579)
ARCHANGÈLE DE SAINT-MICHEL (BâATWx NuSbz)
13« professe (1580)
Cette religieuse fut Tune des fondatrices de Lisbonne.
MARIE DE LA CROIX (de Céspbdès)
du voile blanc
14" professe (1581)
(1) Cfr. Registre conventuel du mona9t4>ro de Séville. — Reforma de tos DescolzoSf t. II, lib. VIII, cap. xxxiii. — Relation des Origines du couvent de Grenade, Voir Doc. 77.
CBUTRB6. — IV. 21
JEANNE DE LA CONCaSPTH)N (db Okiga) 15* professe (1581)
HIÉRONYME DE LA COURONNE (dr Hbrvas)
16? professe (1581)
MARIE DE SAINT-JOSEPH (Françoise de Miranda)
novice en 1582
Cette religieuse était sœur dnée de Blanche de Jésus-Marie. Elle fit profession le 1*"" janvier 1583. Après avoir pris part à la fondation deSanlncar laMayor, elle remplit trois fois à Sévilie les fonctions de prieure (1).
JULIENNE DE LA MÈRE DE DIEU (DAnnsco)
novice en 1582
tl621
Quand sainte Térèse quitta Texil, la communauté de Sévilie avait reçu depuis quelques mois, avec son autorisation, la plus jeune des sœurs du père Gratien, dofia Julienne Dantisco, âgée seulement de huit ans. D'une intelligence vive et d'un caractère aimable, comme tous les membres de la famille des Gracian, la
(1) Cfr. lUgisire conventuel du monastère de SéviUe. ^ Muforma, dt los DescaUos, t. n, lib. vm^ cap. xxxiii. — Lettre de sainte Yérèse à la priewo de SéviUe, du 22 jmllet 1579.
petite Jalienne montrait en même temps un sénenx précoee, qui ne la rendait que pins attachante. On raconte que bien loin d'être effrayée de l'aspect sévère de sa nouvietle demewre, elle ne se tenait pas de joie de se trouver dans la clôture. Les religieuses plus spécialement chargées de son éducation, eurent à remplir auprès d'elle une tâche aussi douce que fadle. Récitation de l'office, prière, lecture, écriture, travail à l'aîguille, composition de pieux couplets, rien n'était onéreux à cette enfant, et, ses devoirs remplis, il lui restait à sa grande joie beaucoup de temps à passer en solitude, dans le repos de sa cellule. Yenait-on alors la déranger : « Que personne ne m'appelle, disait-elle gracieusement. Je garde le silence. » Dès cet âge si tendre, elle commençait à se familiariser avec l'abstinence, les cilices, les disciplines et les autres mortifications en usage dans le Garmel ; elle apprenait à veiller à la garde de ses sens, à obéir sans réplique, à se trouver l'une des premières au chœur. Surtout elle s'essayait au commerce intime avec Dieu, et sa jeune âme goûtait déjà si bien les doux secrets de cette science toute d'amour, qu'un jour, entendant une conférence ^rituelle du grand maître saint Jean de la Croix, elle entra dans un saint transport, qui Tarracha durant plus d'une heure à tous les objets extérieurs. Julienne avait alors treize ans. Elle en comptait seize quand eUe fut admise à prononcer ses vœux, le 25 décembre 1590.
La nouvelle professe possédait en un haut degré ce sens droit que la vertu eUe-mème ne remplace point, et que sainte Térèse tenait avant tout à trouver dans ses filles. Sa ferme sagesse, sa délicatesse, sa charité, la rendaient tout à la fois le conseil de ses prieures et la consolation de ses sœurs. Son énergie et sa prudence parurent bien en 1592, lors de l'expulsion de son frère, auquel l'unissait un lien tout spécial de confiance et d'affection. On ne put surprendre dans cette jeune fille de dix-huit ans un seul instant de faiblesse. Elle recevait avec gratitude les condoléances qu'on lui présentait, mais sans se permettre un mot de plainte. Ses larmes ne coulaient qu'au pied de son crucifix ; là elle répétait avec son Sauveur agonisant : Fiat voluntas tua. Les
relations de Julienne avec son frère ne furent pas brisées par un si douloureux événement : toute sa vie elle entretint avec lui une correspondance intime, dont les lettres du père Gratien, parvenues jusqu'à nous, portent encore témoignage.
A vingt-quatre ans, Julienne de la Mère de Dieu fut chargée de former les novices à la vie du cloître. En 1608, elle devint prieure. C'est alors que brillèrent dans tout leur éclat les dons de nature et de grâce dont Dieu Tavait douée, et cet équilibre parfait des facultés, si rare, même dans les plus riches natures. Un second triennat la remit à la tète de la communauté Tannée qui suivit celle de la mort de son frère (1615). Elle ne devait survivre à celui-ci que de sept ans. En 1621, une aggravation soudaine de maux déjà anciens, apprit aux religieuses qu'elles ne conserveraient plus longtemps une mère qu'elles considéraient, avec raison, comme l'un des trésors de leur communauté.
Julienne de la Mère de Dieu, ainsi qu'il arrive parfois aux âmes les plus détachées des choses d'ici-bas, avait toujours appréhendé la mort. Quand approcha l'instant suprême, on n'aperçut plus en elle que confiance et tranquillité, c 0 mon père ! disait-elle à son confesseur, que j'étais simple de tant redouter la mort ! Qu'il est facile de mourir! » Le 28 août, fête de saint Augustin, elle demanda et reçut le saint Viatique. Elle pria ensuite qu'on lui lût la Passion de son divin Maître. Durant cette lecture, on vit son visage s'enflammer peu à peu et devenir radieux de beauté, c Eh! pourquoi, ma mère, devenez- vous si belle f » demanda Tune des religieuses présentes, c Ah! répondit Julienne, c'est que je vais aux noces ! > Le jour même, elle entrait dans la chambre nuptiale de l'Époux immortel (1).
(1) Cfr. Registre conventuel du monastère de Séville. — Reforma de Ua Descalzos, t. IV, lib. XV, cap. xxxiii.
MONASTÈRE DE GARAVACA
FRANÇOISE DE LA CROIX (de Cubllar)
fondatrice et 1'"'' professe (1577)
Doiia Françoise de Cuellar avait pour père don Rodrigue de Moya, que Julien d'Avila nous dépeint comme c parfait gentilhomme, éminemment vertueux et très désireux de voir ses enfants s'adonner au bien ». Sa mère se nommait doiia Louise de Avila. Sainte Térèse a raconté au chapitre xxvii des Fondations comment Françoise et deux autres jeunes filles de Caravaca, ses parentes, se sentirent inspirées d'embrasser la vie religieuse, et de quelle façon elles s'y prirent pour déterminer dans leur localité la fondation d'un monastère. Grande fut la joie des recluses lorsque, pendant le carême de 1575, elles virent arriver à Garavaca Antoine Gaytan et Julien d' Avila, chargés par sainte Térèse d'examiner l'état des choses, et, dans le cas où l'enquête serait favorable, de prendre les premières mesures en vue de l'établissement projeté. Julien d'Avila nous a dit la surprise qu'il éprouva en voyant de ses yeux « lé parti si extraordinaire et si nouveau » qu'avaient pris les futures carmélites, et l'ébauche de clôture qu'elles avaient réussi à se procurer; son édification aussi, en constatant les ardentes aspirations qui les poussaient vers la vie austère de la réforme. Rodrigue de Moya assurait à sa fille mille
326 MONASTÈRE DE CARAVACA.
ducats en espèces, en vue de la fondation ; les deux autres prétendantes offraient également des ressources, en sorte que les délégués de la sainte mère ne repartirent qu'après avoir passé un contrat en due forme.
Françoise de Guellar et ses compagnes restèrent comblées de joie et puissamment animées à poursuivre leur dessein. Aussi bien leur fallait-il un courage peu commun pour persévérer dans ce singulier postulat. Leur isolement, leur incertitude sur l'avenir, prirent quelque chose de plus poignant encore, quand elles apprirent que sainte Térèse avait dû se mettre en route pour Séville, remettant à plus tard la fondation de Caravaca. Pour ne pas défaillir à cette nouvelle, il leur fallut tout ce que Dieu leur mettait au cœur de ferme espoir et de persévérante énergie. Elles s'encourageaient en écrivant à la sainte mère leur chagrin et leurs désirs. Un moment vint pourtant oii l'une d'elles se sentit faiblir. C'était l'aînée, Françoise de Saojossa. Jugeant semblable existence aii-dessus de ses forces, elle abandonna ses deux amies et se retira auprès d'une sœur qu'elle avait dans le monde. Cette défection ne devait être que momentanée, mais elle n'en fut pas moins douloureuse pour Françoise de Cuellar et sa compagne. Malgré tout, elles demeurèrent fermes dans leur premier dessein. Le 18 décembre 1575, leurs vœux étaient comblés : elles voyaient arriver à Caravaca la mère Anne de Saint-Albert et cinq autres carmélites, sous la conduite du père Ambroise de Saint-Pierre, et peu de jours après, elles avaient la joie d'entrer enfin dans la famille du Carmel.
Françoise de Cuellar reçut, avec l'habit monastique, le nom de Françoise de la Croix : elle avait alors vingt et un ans. Dès le début de sa carrière religieuse, elle annonça ce qu'elle devait être sa vie entière : une parfaite observatrice des règles. On remarquait en elle cette profonde humilité qui, au dire de sainte Térèse, « ne va jamais sans de grandes richesses spirituelles (1) », avec cet esprit d'oraison, patrimoine de l'ordre de la Vierge, et plus
(1) Lettre à Jérôme Reinoso, du 13 jumet 1581.
MONASTÈRE DE €ARÀVAGÂ. 327
encore delà réforme térésienne. Du reste, Françoise était soigneuse d'envelopper dans le silence les laveurs que Dieu lui accordait, et ce qui frappait en elle, c'était surtout son inviolable régularité et son complet mépris d'elle-même. A deux reprises, la communauté lui confia les fonctions de sous-prieure. Elle finit sa course à Garavaca, âgée de cinquante et un ans (1).
FRANÇOISE DE SAINT-JOSEPH (di TAtsra)
fondatrice et 2"* professe (i5S7)
Doâa Françoise de Tauste, fidèie compagne de doâa Françoise de Caellar, était fiiUe de Jean Gaxa et de doua Anne de TaBste. Elle avait vingt ans et se trouvait orpheline de père et de mèrei quand elle se joignit à sa parente pour se pr^oier à la vie du Carmdlpar une réclusion volontaire. De l'agrément de son irère, Michel Caxa, qni loi servait de tuteur, elle promit pour la fonda* taon deux miUe cinq cents ducats en rente, avec d'autres avan* tages. Françoîse de Tauste prit l'halût de carmélite déchaussée et prononça les saints vœux en môme temps que Françoise de Gudlar. Les détails nous manquent sur sa vie religieuse. Nous savcAS seulement qu'elle atteignit dans le doitre Tàge de quatrevingts ans (â).
AGNÈS DE JÉSUS (db Roblès) 3" professe (1577)
(1) Cfr. Rostre oonventael du monastère de Caravaoa, -— Belstkn sur les vertus des premières religieuses. — Julien d'Avila ; II' Parte, cap. vui,
(2) Cfr. Registre conventuel du monastère de Caravaca. — Relation sur les vertus des prenières leligieases.
328 MONASTÈRE DE CARAVACA.
URSULE DE SAINT-ANGE (de Roblès)
4** professe (1577)
Ursule était sœur d'Agnès de Jésus. Martin de Roblès et Catherine Cuello, leurs parents, les donnèrent toutes deux ensemble à la famille de sainte Térèse. L'existence d'Ursule ne fut qu'un enchaînement de souffrances. Des maux qu'elle avait portés en silence pendant son noviciat prirent après sa profession une intensité qui ne lui permit plus de les cacher ; des plaies se formèrent sur tout son corps, lui causant de cruelles douleurs. A ces maux corporels vinrent se joindre de terribles souffrances d'âme. Quel était le secret de ce martyre intérieur? Les relations nous l'apprennent. Avant de tomber malade, Ursule avait appris qu'un criminel allait au supplice sans vouloir entendre parler de conversion. Â la pensée des âmes menacées des peines éternelles, sainte Térèse s'écriait : < Pour en délivrer une seule de si horribles tourments, volontiers, ce me semble, j'endurerais mille fois la mort (1). > Ursule ne pensait pas autrement. Navrée de douleur, elle alla se prosterner devant le très saint Sacrement et conjura son Maître de lui accorder le salut de ce grand coupable, s'abandonnant elle-même à sa justice, et s'offrant à participer à l'amère désolation qu'il endura sur la croix pour le salut du monde. L'événement montra que ce pacte sublime avait été ratifié. Le coupable recouvra par le repentir la grâce de Dieu, et Ursule se vit affligée de désolations intimes et profondes, auxquelles rien ne pouvait apporter d'allégement. La résignation de la douce patiente se maintint invincible. Si désolée qu'elle fût, elle ne laissait pas de s'approcher de la communion et s'attachait fortement à la colonne de l'obéissance. Ses douleurs physiques et ses tourments spirituels
(l) Vie de sainte Térèse écrite par elle-même, chap. xxxii.
MONASTÈRE DE CARAVACA. 329
ne finirent qu'avec sa vie. Ce fut en 1589 qu'elle alla recevoir la palme, de la main de Celui qui mesure le salaire à la grandeur des travaux et de la patience. Ursule de Saint- Ange était âgée de trente-six ans (1).
MARIE DU SAINT-SACREMENT (de la Flor)
5« professe (1577)
Marie était née d'honorab]es habitants de Caravaca» nommés Genès de Reyna et doâa Marie de la Flor. Ame toute de charité, de bénignité et de paix, elle réalisait cet axiome de saint Jean Chrysostôme que « les doux sont utiles à eux-mêmes et aux autres >. Infirmière, elle avait pour ses malades un dévouement et des bontés de mère. Adroite h soulager les corps, elle était saintement habile à pacifier et à réconforter les âmes, en versant en elles les célestes consolations qu'elle puisait aux sources du Sauveur dans le commerce sacré de Toraison. L'onction de ses paroles était d'autant plus pénétrante qu'elle avait elle-même beaucoup souffert, et que c'était l'expérience personnelle qui lui permettait de parler des trésors de grâce et d'union dont le Seigneur récompense dès l'exil les épreuves généreusement portées pour son amour. Dieu, qui se plaît à façonner et amollir les âmes par la souffrance lorsqu'il veut y imprimer profondément son cachet, avait longuement marqué Marie du Saint-Sacrement de ce sceau mystérieux et fécond de la douleur. Pendant trente années, nous disent les récits du temps, elle endura des maladies continuelles avec une patience et une sérénité qui semblaient éclairer son visage d'un céleste rayonnement. En même temps, on admirait en elle la religieuse exemplaire. Dès que ses maux lui laissaient quelque intervalle de
(1) Gfr. Registre conventuel du monastère de Caravaca. — Relation sur les vertus des premières religieuses.
daO MONASTÈRE DE GARAVAGA.
rel&che, on la voyait suivre les exercices commons avec le même courage que si elle eût joui d'une santé parfaite. L'obéissance, rhumilité, brillaient en elle d'un éclat non moins vil. Jusqu'à rage de soixante-douze ans, elle embauma de ces vertus le monastère de Garavaca. Deux ans avant sa mort, des plaies vinrent se joindre à ses autres maux et l'unirent plus intimement encore à son Maître crucifié. Dans cet état, si douloureux pour la nature, on ne voyait en elle, attestent les relations, que douceur, reconnaissance et surnaturelle allégresse. Ce fut l'année 1627 que cette âme sainte fut appelée à paraître devant le trône de l'Agneau. Marie du Sain^Sac^ement avait rempli à deux reprises dans la communauté les fonctions de sous-xnîenre (1).
MARIE DE SAINT-FRANÇOIS (Lom)
du voile blanc
6* professe (1578)
JEANNE DE SAINT-DOMINIQUE (Gobialbz)
du voile blanc
7* professe (1578)
Jeanne était de Garavaca. Ses parents s'appelaient François et Marie Hemandez. Restée veuve fort jeune, elle fut la première admise dans le monastère en qualité de soBur converse. Intelligente, énergique, elle avait le caractère un peu rude, mais ^e
(1) Gfr. Registre conventuel dn monastère de Garavaca. «- RelaMon sur les vertus des premières religieuses.
MONASTÈRE D£ GARAVAGA. 331
supportait avec une patience et une soumission sans bornes les mortifications que ce défaut lui occasionnait. On raconte qu^en octobre 1604, la communauté se trouvait h la récréation, quand on entendit, en dehors de la salle, un bruit semblable à celui que pourrait faire une discipline de verge en mouvement. Les religieuses présentes en conçurent quelque frayeur, mais Jeanne de Saint-Dominique, s'agenouillant, dit à haute voix : « Mère sainte Térèse de Jésus, si nous la méritons, me voici. Je m'offre à la recevoir de bon cœur. * Le lendemain, celle qui avait ainsi parlé était trouvée sans mouvement dans sa cellule, un côté frappé d'une sorte de paralysie et couvert de taches noirâtres. Jusqu'aux fêtes de Noël, la pieuse sœur, privée de Fusage de ses membres, édifia la communauté par sa patience, la gratitude qu'elle témoignait à ses infirmières. Le jour des saints Innocents, son Ame se dégagea des liens du corps pour aller à son Dieu. Jeanne de Saint-Dominique était âgée de cinquante-deux ans (1).
FLORENCE DES ANGES (de laFlor)
8* professe (1578)
tl626
Florence était sœur de Marie du Saint-Sacrement. Elle fut deux fois prieure du monastère (2).
AGNÈS DE SAINT-ALBERT (de Morà)
9« professe (1578)
(1) Cfr. Registre conventuel du monastère de Caravaca. — Relation sur les vertus des premières religieuses.
(2) Cfr. Registre conventuel du monastère de Caravaca. — Relation sur les vertus des premières religieuses.
332 MONASTÈRE DE CARAVACA.
FRANÇOISE DE LA MÈRE DE DIEU (de Saojossa)
fondatrice et 10* professe (1578)
Françoise était fille du capitaine Georges Sanchez de Saojossa, commandeur de Tordre de Saint-Jacques, et de dofia Eléonore Muûoz. Depuis la mort de ses parents, elle habitait chez Catherine de Otalora, sa tante. Il est probable que ce fut elle qui décida Catherine à promouvoir la fondation d*un monastère à Caravaca, et à favoriser son désir et celui de ses deux compagnes de vivTe en clôture dans sa maiéon, en attendant Tarrivée des religieuses. Nous voyons par la Patente royale de fondation que Françoise de Saojossa savait écrire, tandis qu*il n'en était pas de même de ses deux amies. C'est elle qui paraît la première dans les actes relatifs à la fondation, où elle s'engage pour mille ducats en rentes et propriétés. Elle fut cependant la moins constante. Le démon, jugeant sans doute par ses heureuses dispositions qu'elle pourrait aller loin dans la carrière de la sainteté, la tenta de dégoût et de découragement. Elle chancela dans sa résolution, et quitta même la maison de sa tante, pour aller vivre auprès de sa sœur. La sainte, en écrivant vers la fin de 1576 le chapitre xxvn des Fondations, déplore l'inconstance de Françoise de Saojossa et semble croire qu'elle perdit pour toujours l'heureuse part qui l'attendait dans le Carmel. Mais « qui a jamais résisté à Dieu et a pu trouver la paix(l) ?» Françoise ne goûtait ni joie ni satisfaction au milieu d'un monde pour lequel elle n'était pas faite. L'amertume remplissait son cœur. Bientôt elle acquit la conviction qu'il n'y aurait jamais pour elle de joie véritable que dans la vie d'immolation du Carmel; aussi, quand les fiUes de sainte Térèse furent installées à Caravaca, tous ses efforts tendirent à se faire pardonner sa légèreté et à retrouver le bonheur
^1) Job, IX, i.
MONASTÈRE DE GARAYAGA. 333
dont elle s'était volontairement privée. Pour y réussir, elle implora Tintervention du père Gratien, et celui-ci, touché de sa douleur et de ses désirs, pria la mère Anne de Saint- Albert, prieure du nouveau monastère, d'user envers elle de miséricorde. C'est du moins ce qui ressort d'une lettre du 2 juillet 1577, où siEdnte Térèse remercie la mère Anne de Saint-Albert d'avoir donné satisfaction au père Gratien en recevant Françoise dans sa communauté, et l'encourage à la douceur et à la patience envers cette âme de bonne volonté.
Doua Françoise de Saojossa avait vingt-sept ans quand elle prit l'habit du Carmel et le nom de Françoise de la Mère de Dieu. Sa profession eut lieu le l*"" juin 1578. Le succès justifia pleinement la condescendance dont on avait usé à son endroit. On eût dit qu'elle voulait racheter sa faiblesse momentanée par une humilité plus profonde, une obéissance plus exacte, une assiduité plus continuelle à l'oraison, où Dieu la favorisa de grâces élevées. Les relations du temps la qualifient de religieuse extrêmement parfaite. Elle exerça pendant un triennat les fonctions de prieure, et mourut saintement en ce monastère, âgée de cinquante et uncms (1).
MARIE DE SAINT-PAUL (db Roblès) 11° professe (1579)
Cette religieuse était sœur de Marie du Saint-Sacrement et de Florence des Anges. En 1585, elle prit part à la fondation de Malaga, et en 1589 à celle de Cordoue. Elle remplit deux fois en ce dernier monastère la charge de prieure (2).
(1) Cfr. Registre conventuel du monastère de Cai*avaca. — Relation sur les vertus des premières religieuses.
(2) Cfr. Registre conventuel du monastère de Caravaea. — Relation sur les vertus des premières religieuses. — lïeforma de los Descalzos, t. II, lib. VIII, cap. xxiT.
334 MONASTÈRE DE GARAYAGA.
FRANÇOISE DE LA CONCEPTION (Burrubzo)
du voile blanc