‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 22 sur 185 · CHAPITRE XXIV. — SBVILLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV. — SBVILLE

assigner des rentes, j aurais eu bien de la peine à m'y résoudre dans une ville telle que SéviUe. Lorsque j'avais fondé avec des revenus, c'était ioiyoui^s en de petites localités, où les ressources faisant absolument défaut, il fallait nécessairement fonder ainsi, ou ne pas fonder du tout. Ensuite, de l'argent destiné aux frais du voyage, il nous restait juste une blanca. Puis, nous n'avions rien apporté que les habits dont nous étions vêtues, quelques tuniques, quelques toques (1), et la toile qui avait servi à couvrir convenablement nos chars. Il nous avait même fallu emprunter pour payer le retour des gens qui nous avaient accompagnées, et c'était un ami qu'Antoine Gaytan avait à SéviUe qui nous avait fourni l'argent nécessaire. En outre, le père Mariuno avait dû s'ingénier pom* trouver de quoi aménai^er notre demeure. Enfin, je n'avais pas de nuiison en propre. Fonder mi monastère rente était donc impossible.

Cédant sans doute aux vives instances du père Mariano. l'archevêque permit qu'on nous dit la messe le jour de la très sainte Trinité (2). Ce fut la première célébrée pour nous à SéviUe. Il nous tit dire en même temps de ne pas sonner de cloche, et même de n'en point placer. Mais c'était déjà fait. Plus de quinze jours s'écoulèrent ainsi. Quant à moi, si ce n'eût été par égard pour le pèrecommissaii*e et le père Mariano, j'aurais sans grand chagrin repris avec mes religieuses le chemin de Veas, pour de là

(i) Algunas tûnicas y tocas. Lu tunique (»l le vùtement intérieur de laiiii' dont usent les it?ligieux et les religieuses des ordres réformés. La toque est la coiifurc de liu que les carmélites portent sous le voile.

(2) 29 mai VôH\.

fonder à Caravaca. J'en eus bien davantage pendant le temps que se prolongea cette situation, c'est-à-dire pendant plus d'un mois peut-être, car ma mauvaise mémoire ne me permet pas de préciser. En effet, je le voyais très bien, nous retirer était beaucoup plus difficile <ju'au premier moment, parce que le bruit de notre établissement s'était déjà répandu.

Le père Mariano ne voulut jamais me laisser écrire à Tarchevêque ; il cherchait à Tadoucir peu à peu, et lui faisait écrire de Madrid par le père commissaire. Une chose calmait mes scrupules: c'est que la messe avait été célébrée avec la permission du prélat. Puis, nous récitions au chœur l'office divin. L'archevêque me faisait, d'ailleurs, visiter de sa part et donner l'assurance qu'il ne tarderait pas à venir en personne. C'était même un ecclésiastique de sa maison qu'il avait envoyé nous dire la première messe. Ainsi, je le voyais parfaitement, tout cela n'était que pour me procurer Toccasion de souffrir. Du reste, si je souffrais, c'était bien moins pour moi ou pour mes religieuses, que pour le père commissaire. Comme c'était lui qui m'avait donné l'ordre d'entreprendre ce voyage, il était désolé, et il l'eût été bien davantage encore si l'échec avait été complet, comme tout semblait le présager.

Sur ces entrefaites, les pères chaussés vinrent s'informer en vertu de quels pouvoirs la fondation s'était faite (1). Je leur montrai les patentes que je tenais de notre très révérend père général, et ils s'apaisèrent. Si l'attitude de

(1) Le grand couvent des carmes chaussés de Se ville était situé Calle de los Bafios. Sa fondation remontait à Tannée 1358.

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