‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 21 sur 185 · CHAPITRE XXIV. — SÉVILLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV. — SÉVILLE

Quand nous fûmes arrivées à Sévillo et descendues dans une maison que le père Mariano, prévenu de notre arrivée, avait louée i^our nous, je me croyais au bout de nie& peines (1). L'archevêque, en effet, se montrait fort bienveillant pour notre réforme, et m'avait même quelquefois écrit avec beaucoup d'affection. Malgré cela. Dieu le voulant ainsi, il me causa bien des peines. Ce prélat est très opposé aux couvents de religieuses établis sans revenus, et Ton ne peut l'en bblmcr. Tout le mal — je devrais dire, tout le succès de Fentreprisc — vint de ce qu'on ne l'avertit point. Si on Teût fait avant mon départ, je suis convaincue qu'il n'y aurait pas donné son consentement. Mais le père commissaire et le père Mariano — qui, lui aussi, était charmé de ma venue — ne lui avaient rien dit, persuadés qu'il en éprouverait la joie la plus vive. En agissant différemment, ils eussent peut-être commis une lourde maladresse, croyant l)ien faire. Dans les autres fondations, mon premier soin était tougoure de demander l'autorisation de l'Ordinaire, comme le prescrit

(1) La maison était située Calle de las Armas (aujourd'hui CalleAlonso Xfl), contigu5 à la Plasa del Museo. Partie de Béas le 18 mai, c'était le jeudi, 26 du inérae mois, que sainte Térôse, après uu trajet de soixante lieues, faisait son entrée i\ Sévillo. La capitale de l'Andalousie était célèbre par son commerce, non moins que par le nombre et la beauté de ses monuments. On admirait son enceinte de mui'ailles, construites, dit-on, par Jules César, crénelées ensuite par les Maures et les chrétiens, son aqueduc romain, qui lui amène les eaux: ti*ès estimées d'Alcala de Guadaira, son alcazar oriental, sa cathédrale splcndide, son port où i*emontaient les navires de haut bord. Depuis surtout qu'elle était devenue la porte du Nouveau-Monde, Séviile avait vu croître d'une manière extraordinaire son trafic et son opulence. Cependant, nous allons en être témoin, elle allait tout d'abord faire peu d'accueil à la grande sainte qu'elle recevait ce jonr-là dans ses murs. Quoique déchue de son ancienne splendeur, la capitale de l'Andalousie est encoir aujourd'hui l'une des plus belles cités de l'Espagne. Elle compte prt*s de 150.000 habitants.

46 LES FONDATIC»(S.

le saint coucile. ilette fois, non seuleja^ent immis la regardions comme déjà donnée, mais, je le répète, nous croyions rendre un grand service à rarGherêque, ce qui au fond, était vrai, lui-même Ta compris depuis (1). En réalité,. Dieu voulait que pas une de ces fondaticAS ne ae fit sans que, d'une manière ou d'une antre, j'eusse beaucoup à souffrir.

Une fois dans la maiscni qu on avait louée pour nouft, comme je Tai dit, je pensais prendre possession sans délai, ainsi que nous le faisons d'ordinaire^ et commeneer ensuite à réciter l'ofBce divin. Le père Mariano,. qui résidait à SéviUe, me conseilla de différer. Au fond, craiipiant de nie faire de la peine, il ne voulait pas me dire toute la vérité. Comme ses raisons étaient très faibles, je saisis le nœuil de raifaire : c'était le manque d'autorisation. U m^engageait à foncier le couvent avec îles i*eveniLs, ou à prendre quelque autre expédient dont jie ne nite souviens pas. Finalement, il m avoua tjue FarchevcWjiie n'autoi^isait pas volot^tiers rétablissement des monaslèires de religieuses: que, dans toute la durée de son long épiscopat, tant à (lordoue qu'à Séville, jamais, tout grand serviteur de Dieu qu'il était, il nen avait autorisé aucun ; et ({U il y consentirait d'autant moins, qu'il s iigissaitd'un eo«kvent sans revenus. Autant valait me dire de renoncer à la fondation. D'abord, quand j'aurais été à 'même de lai

(1) La luèi-tt ^\arW de SaiuL-Jusopli, au Libro de Itut Ucn-eacùme»^ iXotMUi*. rexpUcaUou de L'attitude de don tiJirislophi^ de Ue^. \\ avaH i recevoir la sainte et set^ fille:» dane^ sa aUIo arcliiépisco|^ale pour lea répartir eneuiile eu divei'sos commminutés, qui avaieui besoin de iiKorm», nnlhsDieat pour les voir fonder un nouveau monastère, moiuc^ eneore un mona^ftèn sans revenus. ^Kecreac l\.)

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