CHAPITRE XXV. — SÉVILLE. SI
laisser à moi-même et pour me montrer que le courage dont j'avais été animée ne venait pas de moi (1).
Nous étions amvées à Sé\àlle à Fépoque marquée plus haut (2). Le carême approchait, et nous étions sans espoir d'acquérir une maison, n'ayant ni argent, ni personne qui voulût, comme ailleurs, répondre pour nous.
(1) Sainte Térèse passe sous silence les épreuves longues et amères qui remplirent son séjour d'nne année k SévUle. Mais nous en avons le détaU |)ar la mère Marie de Saint-Joseph, cfui les a retracées deux fois, dans son Ramillete de mirra et dans son Libro de las Recreaciones (Recreac. IX). La première et la plus sensible, la sainte nous le dira elle-même au chap. xxtii, fut l'attitude toute nouvelle que prit à son égard le père Rossl. Mal informé par les carmes chaussés, le général témoigna une irritation profonde que la sainte fàt venue fonder en Andalonsie, et il s'opposa dès lors au dévelop- |)ement de la réforme. Les Mitigés, se sentant soutenus, redoublèrent de violence et refusèrent de se soumettre au père Gratien, leur visiteur en Andalousie. La douleur et Tinquiétude do Térèse étaient au comble, es [irésence du péril continuel où se trouvait celui qu'elle regardait comme Pespoir de la réforme et le soutien do son œuvre. Un jour, ce fut à force ouverte que le visiteur se trouva entouré et menacé de mort. (Cfr. Peregrinaciôn de Anastasio^ Dial. I y XVI, et XLW Relation spirituelle de la sainte. Vers le même temps une novice sévillane, rentrée dans sa famille aprés quelques mois de séjour au Garmel, sema partout contre la sainte et sa communauté mensonges et calomnies. Elle alla même jusqu'à faire une dénonciation aux inquisiteurs. Bientôt, plusieurs voitures du Saint- Office stationnaient devant la pauvre maison des carmélites et un inquisiteur entamait une perquisition dans le couvent. (Cfr. Yepès, lib. H, cap. xxni.) La fausseté de bon nombre des accusations fut constatée : reslaît à reconnaître si la mère Térèse était, oui ou non, de la secte des Alumbrados (Illuminés), et pour cela, commencer une investigation sérieuse de sa vie et de ses écrits. L'examen dura plusieurs mois, pendant lesquels la sainte fut en proie à de vives angoisses. Dieu lui laissa expérimenter la frayeur, la faiblesse, la pusillanimité. (Cfr. Relation XLIV.) Cependant, sa renommée sortira plus brillante et plus pure de tant de tribulations. Au commencement de lo'IC, les consultéurs du Saint-Office approuveront hautement sa spiritualité (Voir notre Introduction aux Relations spirituelles), et cinq ans plus tard la réforme, affranchie par le Saint-Siège de la juridiction de l'observance mitigée, prendra d'admirables et définitifs accroissements. (Voir à la fin de ce volume, Docum. 33, un Extrait du Ramillete de Mirra.)
(2) Le 26 mai luTîi, trois jours avant la fôtc de la sainte Trinité.
Les prétendantes qui avaient tant promis au père visiteur apostolique d'entrer dans notre ordre et l'avaient prié d'amener des religieuses, furent sans doute effrayées de l'austérité de notre vie et jugèrent qu'elles ne pourraient la supporter, car il ne s'en trouva qu'une pour se joindre à nous. Je parlerai d'elle plus loin. Cependant le temps était venu de me faire quitter l'Andalousie, d'autres affaires m'appelant de ces côtés (1), et j'éprouvais une peine extrême à la pensée de laisser mes sœurs sans maison. D'autre part, je voyais bien que ma présence n'avançait rien, Dieu me refusant la grAce qu'il m'accorde par ici de rencontrer des personnes qui me viennent en aide. Vers ce temps-là, Dieu permit qu'un de mes frères arrivât des Indes, où il avait passé plus de trente-quatre ans. Il se nomme Laurent de Gepeda (2). Encore plus affligé
(1) C'est à dire en Castille.
(2) Nous avons donné au t. II des Œuvres (Aperçu sur la famille de sainte Térèse) des détails circonstanciés sur Laurent de Gepeda et sa descendance. Sa femme, dofia Jeanne de Fuentes y Espinosa, étant morte à vingt-huit ans après lui avoir donné sept enfants (1567), il songea dès lors & rentrer en Espagne. Ce ne fut cependant qu^en 157(S qu'il réalisa son dessein. Au commencement d'août il débarquait & Sanlucar deBarrameda, avec son frère, Pierre de Ahumada, et les trois enfants qui lui restaient : François, Laurent et Térèse. (Voir Relation XXXV.) Cette dernière, Agée seulement de neuf ans, fut admise au monastère de Séville et revêtue de rhabit de carmélite. La mère Marie de Saint-Joseph raconte, dans son Libre de las JRecreacioneSf comment ses instances triomphèrent sur ce point de» hésitations de sainte Térèse. Laurent de Cepeda témoigna toute sa vie à la prieure de Séville une profonde reconnaissance. CeUe-ci relève hautement les nobles qualités du frère de la sainte, sa délicatesse, sa générosité, ses progrès dans Toraison, son détachement des choses de ce monde. Son cœnr, dit-elle, ne tenait plus qu'à deux trésors : sa sainte sœur et sa fille Teresita. Elle nous apprend que Laurent, tout en vivant dans sa maison, portait l'habit de l'ordre — sans doute celui des tertiaires, — et eUe assure qu'il peut k bon droitêtre compté parmi les enfants du Carmel. (Recreac. VIII.) Jusqu'il sa mort, arrivée le 26 juin 1580, Laurent de Cepeda entretint des