CHAPITRE XXV. — SÉVILLE
que moi de voir les religieuses sans maison qui leur appartînt, il nous fut d'un grand secours, surtout en nous faisant avoir celle que nos sœurs occupent à présent. C'était au temps où je redoublais d'instances auprès de Notre- Seigneur, le suppliant de ne pas me laisser partir sans que mes sœurs eussent une maison à elles. Je portais celles-ci à faire la même demande, en s'adressant au glorieux saint Joseph. Nous faisions, en outre, force processions et prières à Notre-Dame. Appuyée de ce secours et voyant mon frère décidé à nous venir en aide, j'entamai des négociations pour l'achat de plusieurs maisons ; mais au moment où les choses paraissaient en bonne voie, tout se rompait. Un jour que j'étais en oraison et que je demandais à Dieu de donner une demeure à ses épouses, qui désiraient si ardemment lui plaire, il me dit : Je vcus ai exaucées, laisse-moi faire. Ma joie fut extrême, il me semblait déjà tenir la maison.
Je ne me trompais pas. Notre-Seigneur commença par nous empêcher d'en acheter une, dont la situation avantageuse charmait tout le monde. Mais elle était si vieille et en si mauvais état, qu'en réalité nous n'achetions guère que l'emplacement. Encore nous coûtait-il presque aussi cher que le local occupé aujourd'hui par la communauté. L'affaire cependant était conclue, et il ne restait plus qu'à passer le contrat. Pour moi, je n'étais nullement satisfaite de l'acquisition, qui ne me paraissait pas répondre à la parole entendue précédemment dans l'oraison. Cette parole me semblait indiquer que nous aurions une mai-
relaUons très intimes avec sainte Térèse et se montra tout dévoué & rœuvre des fondations.
son avantageuse. Par une permission de Dieu, le vendeur, qui pourtant réalisait là une superbe affaire, fit des difficultés pour passer le contrat au temps convenu, et nous fournit ainsi un motif plausible de rompre le marché. Ce fut une grande faveur de Dieu, car les religieuses qui composaient la communauté n auraient pu vivre assez longtemps pour voir la fin des restaurations ; elles auraient eu bien à faire et fort peu de ressources pour eu venir à bout.
Nous fûmes, en grande partie, redeval)les de ce dénouement à un bon serviteur de Dieu qui, ayant appris presque dès notre arrivée à Séville que nous étions privées de la messe, venait tous les jours nous la dire, malgrt* Téloignement de sa demeure et les ardeurs d'un soleildc feu. Il s'appelle Gam Alvarez. C'est un homme très respectable, et fort estimé dans la ville à cause de ses bonnes œuvres. Il ne s'occupe qu'à faire du bien, et s'il avait eu de la fortune, rien ne nous eût manqué. Connaissant la maison, il trouvait déraisomiable de la payer un pareil prix, et ne passait pas un seul jour sans nous le dire: enfin, U fit tout pour qu'on n'en parlât plus. Mon frère et lui allèrent voir celle que nos sœurs habitent maintenant: ils en revinrent enchantés, et non sans raison. Comme « d'autre part, Xotre-Seigneur voulait l'acquisition, le contrat fut signé à deux ou trois jours de là (1).
(i) Paul Matias, riche habitant du faubourg de Triana, dont la fill(> vouait dV.ntrer parmi les carmélites, voulut bien, avec le frère de saintt' Térèse, servir de caution à la communauté. (Cfr. P. Antoine de Sainl- Joseph, t. H, Annot. de la Lettre LXXXIX.) La maiM>n rtait située Calte de la Pajeria, n" 66, sur la paroisse Santa Maria la Alayor^ à peu de di$lanc<' de la Calle de las Armas, derrière le couvent des franciscains. Par contrat passé le li avril i.*}76, elle fut achetée h un bénéficier nommé Pero i*ablo,