‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 32 sur 185 · CHAPITRE XXVI. ~ SÉVILLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI. ~ SÉVILLE

it>ute, car les fortes chaleurs coniniençaient, et nous désirions, s'il était possible, ne pas voyager pendant les fêtes, mais les passer à Malagon. J'aurais même voulu m'arrêter là quelque temps, et c'était ce qui me portait à me hâter aiasi (1).

Dieu ne permit pas que j'entendisse une seule fois la messe dans notre chapelle. Mon départ tempéra beaucoup la joie des religieuses. Elles y furent d'autant plus sensibles, que nous avions vécu ensemble une année entière, au milieu de bien vives souffrances. J'ai déjà dit que je passais sous silence les plus pénibles. Si j'excepte la première fondation, celle d'Avila, qui fut sans comparaison plus laborieuse encore, aucune, je crois, ne m'a tant coûté que celle de Se ville, parce que la plupart des croix y furent intérieures. Puisse la divine Majesté être toujours fidèlement servie dans ce monastère ! A ce prix, je compte le reste pour rien. Et il en sera ainsi, je l'espère, car déjà \otre-Seigneur a conduit dans cette maison des âmes de grande vertu. Quant aux cinq religieuses qui s'y fixèrent après avoir été amenées par moi, j'ai déjà fait connaître quelque chose de leur mérite : à la vérité, ce n'est qu'une

(1) Sainte Téi-èse quittait S<''villc le 4 juin. Elle se dirigeait vers Tolède pour obéir au Défiuitoire de Tordre, qui lui avait enjoint de se confiner dans un monaslfro à son choix. Avant de se décider il envoyer la sainte à Tolède, il y avait eu quelque hésitation chez ses amis et ses supérieurs, comme on peut l'inférer d'une patente, signée du i)ère Gratien, prescrivant à la fondatrice de se rendre, après un séjour à Malagon, au couvent de Saint-Joseph d'Avila, pour y achever le temps de sa charge de prieure, et de là, au couvent de Salamanque, dont elle était conventuelle. Cette pièce, rédigée le 6 mai 157G, n'eut pas son effet, le couvent de Tolède ayant été définitivement choisi pour la résidence de la sainte. On la trouve néanmoins insérée dans le Contrat passé la même année 1570 entre sainte Térèse et dofia Louise de la Cerda, pour la reconstruction du couvent de Malagon. (Voir, au tome précédent, le Docum. 10.)

faible partie de ce qu'il y aurait à dire. Je vais parler maintenant de la première novice que Ton reçut en ce couvent, bien sûre en cela, mes filles, de vous être agréable.

Les parents de cette jeune fille avaient beaucoup de religion (1). Son père était originaire de la montagne (2). Toute petite encore — à Tâge de sept ans peut-être, — elle fut demandée à sa mère par une tante qui, n'ayant pas d'enfants, désirait l'avoir auprès d'elle. Une fois dans la demeure de sa tante, elle y fut, on peut bien le penser, comblée d'attentions et de caresses. Des servantes en conçurent de l'ombrage. Évidemment, avant l'arrivée de l'enfant, elles s'attendaient à hériter de leur maîtresse ; mais, si cette dernière s'attachait à sa nièce, il devenait clair qu'elle la ferait son héritière. Pour parer le coup, elles imaginèrent une manœuvre vraiment diabolique : ce fut d'accuser la petite fille de vouloir faire mourir sa tante et d'avoir, dans ce but, remis à l'une d'elles je iie sais plus combien de maravedis pour acheter du sublime corrosif. Elles le dirent à leur maîtresse, qui, voyant leur triple témoignage entièrement conforme, les crut sur parole. La mère de l'enfant, femme de grande vertu, en fit autant. Elle vint la chercher et la ramena dans son logis, persuadée que cette petite deviendrait un jour une grande criminelle.

(i) C'était Alphonse Gomez y Vero et Jeanne Gomez. Leur fille portait le nom de Chavès, qui était celui de sa grand*mère maternelle. (Voirie Registre des professions du monastère de Séville.) Cette famille, qui jouissait d'une certaine aisance, habitait Triana, faubourg populeux situé au delà du Guadalquivir et qu'un pont de bateaux reliait à la cité.

(2) Probablement des provinces hautes de Grenade, dans la Sierra-Nevada, ou de Jaên dans la Sierra-Morena.

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