CHAPITRE XXVI. — SÉVILLE
Le père de Béatrix étant mort peu après l'entrée de sa fille dans le monastère, sa mère y prit elle-même Thabit, et donna tout son bien à la communauté. C'est avec un contentement merveilleux, et à Tédification de toutes les religieuses, que la mère et la fille s'appliquent maintenant à servir Celui qui s'est montré si libéral à leur égard (1).
Moins d'une année après, une autre jemie fille vint se donner à nous, bien contre le gré de ses parents (2).
Le 9 septembre, elle presse encore pour que la profession ait lieu sans plus de retard. La sœur Béatrix de la Mère de Dieu, dont la sainte vient de nous retracer les épreuves et la générosité, devait momentanément fournir bien des occasions de souffrance à ses compagnes. En 1577, les carmes mitigés s'élant ingérés dans le gouvernement du monastère de Séville, Béatrix, troublée par le nouvel état de choses, déposa contre la mère Marie de Saint-Joseph et contre le père Gratien. La prieure fut démise do son office et l'accusatrice chargée à sa place de la direction de la communauté. En juin 1579, la mère Marie de Saint-Joseph était réintégrée dans la charge de prieure, en vertu d'une patente du père Ange de Salazar, dont on trouvera le texte, Docum. ÎJC. Pendant quelque temps, Béatrix refusa d'ouvrir les yeux, et sainte Térèse en témoigna une juste indignation. Dès qu'elle reconnut sa faute et en demanda pardon, la sainte usa envers elle d'indulgence et de bonte. (Voir Correspondance de sainte Térèse et Docum. 33.) Dans la suite, la sœur Béatrix travailla généreusement & réparer ses torts. Durant sa longue carrière, son entière fidélité aux observances religieuses édifia et consola ses sœurs. Elle mourut saintement en 162i, Agée de quatre-vingt-six ans. (Cfr. Reforma de los DescalzoSy t. IV, lib. XVI, cap. Li.)
(1) La mère de Béatrix fit profession le 10 novembre 1577, en qualité de converse, et porta le nom de Jeanne de la Croix. La sainte écrivait cette partie du Livre des Fondations vers la fin de 1576 ; elle faisait donc mention de l'entrée de la pieuse veuve au carmel de Séville au moment même où elle venait d'avoir lieu. Une cousine de la sœur Béatrix entra peu de temps après elle dans le monastére et porta le nom d'Ëléonoi*e de Saint-Ange. Le registre des professions porte qu'à elles trois, Béatrix de la Mère de Dieu, Jeanne de la Croix et Eléonore de Saint- Ange apportèrent en dot & la communauté des maisons sises & Triana, qui rendaient cent ducats par an.
(2) La sainte parle évidemment de la scpur Bernarde de Saint-Joseph, h qui elle donna l'habit le 19 mars 1576. On trouvera plus loin des détails biographiques sur les religieuses du couvent de Séville.
74 LES FOXDATIOIfS.
Ainsi le Seipneur va peuplant peu à peu cette maison d'Ames si désireuses de le servir, que rien ne peut les rebuter, ni les austérités de la règle, ni la rigueur de la olùture. Qu'il en soit à jamais béni! à jamais glorifié ! Amen.