‹ Œuvres complètes de Sainte Térèse de Jésus; traduction nouvelle par les Carmélites du premier monastère de ParisChapitre 39 sur 185 · CHAPITRE XXVII. — CARAVACA · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII. — CARAVACA

les lettres que j'avais reçues, les choses paraissaient devoir s'arranger.

Gomme le Seigneur en avait décidé autrement, mes mesures restèrent sans effet. Ainsi que je l'ai raconté à la fondation de Se ville, l'autorisation du Conseil des Ordres arriva conçue de telle sorte que, malgré mon intention bien arrêtée de partir pour Caravaca, je dus y renoncer. Au reste, m'étant informée à Veas de la situation de cette localité, j'appris qu'elle était fort à l'écart, et les chemins conduisant de l'une à l'autre si mauvais, qu'on aurait bien de la peine à s'y rendre pour faire la visite des religieuses, en sorte que les supérieurs goûteraient médiocrement la fondation. Tout cela me laissait peu d'envie de l'entreprendre (1).

(1) Caravaca, l'une des villes les plus importantes de la Murcie, est célèbre dans toute la chrétienté par la croix miraculeuse qu'on y vénère. I)*après la croyance populaire, cette croix, faite du bois sacré sur lequel mourut le Sauveur du monde, aurait été apport<^e du ciel par les anges, :$ous la domination des Maures. Un captif, prêtre catholique, s*apprètait à célébrer le saint sacrifice en pn»senco d'un prince infidèle. >'e voyant point de croix sur Tautel, il se retourna pour demander au prince d'en faire placer une. Au même instant, celui-ci, frapi)é d'une crainte religieuse, s'écria en montrant dans les airs une croix que deux anges apportaient tout éclatante de lumière : • N'est-ce pas là l'objet que vous cherchez 'i . Le sacrifice achevé, il demandait le baptême et rendait la liberté aux chrétiens qu'il retenait captifs. (Cfr. Bolland. : Acia Sanct., t. Vil, Maji, in vita S, Ferdin.) Caravaca compte actuellement lo.OOO habitants. On n'y arrivait au temps de sainte Térèse que par des routes non battues, ai)- IMîlécs caminos de perdices (chemins de i>erdrix), où les piétons et les mules pouvaient seuls trouver passage. Aujourd'hui, la voie ferrée venant de Madrid amène les voyageurs & la station de Calasparra. Là, les voitures du pays, conduites par des mules aux clochettes traditionnelles, leur font franchir en trois heures, par une belle route, la distance de cinq lieues qui sépare cette station de Caravaca. Trois sierras dominent la ville, qui 3*élève au milieu d'une plaine ou vega, coupée de champs de blé et do chanvre. Caravaca est entourée de plantations d'oliviers et de grenadiers. Des figuiers épineux, assez semblables au cactus et à l'aloOs, appelés dans

Cependant, coinuie j'avais donné de bonnes espérances, je priai le père Julien d'Avila et Antoine (jlaytan d'aiier voir sur place ce qu'il en était, et, s'ils le jugeaient à propos, de dégager ma paix)le. Us ti*ouvèrent un grand refroidissement à Tégard de iK>tre projet, non pas chez les futui'es religieuses, mais chez doQa (Catherine, qui jusqu'alors avait été la cheville ouvrière de l'entreprise, puisqu'elle logeait chez elle les postulantes, dans une sorte d'appartement de recluses. Celles-ci étaient très fermes dans leur résolution, surtout les deux qui devinrent effectivement religieuses, et elles surent si bien gagner le père Julien d'Avila et Antoine Gaytan, qu'ils passèrent le contrat * avtmt de repartir, et les laissèrent remplies de joie (1). Eux, de leur côté, revinrent si enchantés d'elles et des agréments du pays, qu'ils ne se lassaient pas d'en discourir, mais ils avouaient eu même temps que les chemins étaient détestables. Voyant que tout était conclu et que, d'autre part, Tautorisatioii se faisait attendre, je renvoyai à (^aravacale bon Antoine iîaytan, qui, pour l'amour de moi, acceptait de bonne grâce toutes les corvées. Comme Julien d'Avila, il avait cette fondation fort à cœur, et je puis dire avec vérité que c'est à tous deux qu'on la doit. S'ils ne s'étaient

Ip pays hig lieras de [tarra, (ormeut des baies et des rlùtures d'un «spe<'l pittoresque.

(l) Le contrat fut signé le 10 inai»s iltlH, ainsi qu'on ijcut le voir par ta pièce elle-même, insérée dans la Patente royale. Fran<.'ois«* de Saojossa s'y engage pour mille ducats, et quelque chose de plus, qu'elle lient de la sw- G(>ssion de s<;s parents; François*» de Guellar, pour mille ducats; l^Yançoi*e de Tuusti% ix)ur deux mille einq cents, (^atherine de Otalora en proiiH*< deux mille. Julien d'Avila nous a laiss<^ le récit du voyage qu'il fit à Caravaca en compagnie dWntoiue Gaytan. Nous le donneronB sous le tHtr de Docum. 37.

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