‹ Œuvres complètes de ShakespeareChapitre 11 sur 447 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

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elle veut accorder le triomphe et lui donnera le baiser d'une glorieuse victoire. Comment goûtezvous ce conseil imprévu, puissants souverains? Ne sent-il pas quelque peu sa politique?

Le koi Jean. — Par ce ciel qui s'étend audessus de nos tètes, je le goûte fort. France, unissous-nous nos forces? jetons-nous cet Angers par terre, et combattons- nous ensuite pour savoir à qui sera roi?

Le bâtard. — Puisque tu es outragé aussi bien que nous même par cette ville têtue, si tu as le cœur d'un roi, tourne les bouches de ton artillerie, comme nous les nôtres, contre ces murailles impertinentes, et lorsque nous les aurons jetées par terre, travaillons alors pêle-mêle entre nous, pour le ciel ou pour l'enfer?

Le roi Philippe. — Soit. Voyons, de quel côté donnerez- vous l'assaut?

Le roi Jean. — Nous, nous enverrons la destruction dans le sein de cette ville par le coté de l'ouest.

L'archiduc d'Autriche. — Moi, par le côté du nord.

Le roi Philippe. — Nos tonnerres feront pleuvoir du sud leur grêle de boulets sur cette ville.

Le bâtard, à part. — O les prudents arrangements! du nord et du sud, France et Autriche vont se bombarder l'un l'autre. Je vais les encourager à prendre cette mesure. — Allons, en avant, en avant !

Premier citoyen. — Ecoutez-nous, grands rois : accordez-nous un sursis et je vais vous montrer la paix et la plus belle des ligues. Conquérez cette cité sans coups ni blessures, permettez à tous ces hommes vivants, holocaustes destinés aux champs de bataille, qui sont venus ici, de mourir dans leurs lits. Ne persévérez pas dans votre projet, mais écoutez-moi, puissants rois.

Le roi Jean. — Parlez avec confiance: nous sommes disposés à écouter.

Premier citoyen. — Cette fille d'Espagne ici présente, Madame Blanche, est proche parente d'Angleterre : considérez l'âge du Dauphin Louis et celui de cette aimable fille. Si l'amour des sens se met en quête de la beauté, où trouvera-t-il une beauté plus grande que celle de Blanche? Si l'amour de l'âme se met à la recherche de la vertu, où trouvera-t-il une vertu plus pure que celle de Blanche? Si l'amour ambitieux cherche à faire un mariage de naissance, dans quelles veines coule un sang plus riche que dans celles de Madame

Blanche? Le jeune Dauphin est aussi complet qu'elle-même en beauté, en vertu, en naissance, et s'il est incomplet en quelque chose, c'est parce qu'il n'est pas elle : elle, de son côté, ne manque de rien de ce qu'on peut appeler qualité désirable, à moins que ce qui lui manque, ce soit de n'être pas lui; il est la moitié d'un homme fortuné destiné à être complété par une telle femme, et elle est une belle perfection divisée dont la plénitude suprême est en lui. O deux tels fleuves d'argent, lorsqu'ils s'unissent, glorifient les rives entre lesquelles ils coulent, et vous serez, ô rois! les rives de ces deux courants réunis en un seul, vous serez les limites qui contiendront les deux princes si vous les mariez. Cette union fera plus que la canonnade pour ouvrir nos portes solidement verrouillées, car ce mariage une fois conclu, avec un empressement plus grand que celui auquel pourrait nous contraindre la poudre, nous ouvrirons tout grand le passage et nous vous donnerons entrée ; mais sans ce mariage, sachez-le, la mer en fureur n'est pas plus sourde, les lions ne sont pas plus résolus, les montagnes et les rochers ne sont pas plus immuables, non, le trépas lui-même n'est pas de moitié aussi inflexible dans sa rage à donner la mort, que nous ne serons obstinés pour garder cette ville.

Le bâtard. — Eh bien, voilà un incident qui vous secoue hors de ses guenilles la carcasse pourrie du vieux trépas : voilà, ma foi, une large bouche! elle vous crache la mort et les montagnes, les rochers et les mers, et vous parle aussi familièrement des lions rugissants, que les filles de treize ans des petits chiens ! Quel est le canonnier qui a engendré ce sang bouillant? ses paroles sont des canons tout simplement, feu, fumée et vacarme ; il donne la bastonnade avec sa langue : nos oreilles ont reçu leur volée; il n'y a pas un de ses mots qui ne souffleté mieux qu'un poing de France! Tonnerre! je ne fus jamais aussi assommé de paroles depuis l'époque où pour la première fois j'appelai papa le père de mon frère.

Éléonore. — Mon fils, prêtez-vous à ce rapprochement, faites ce mariage; donnez votre nièce avec un douaire suffisant, car par ce nœud vous attachez si solidement la couronne aujourd'hui mal assurée sur votre tête, que cet enfant tout frais éclos qui est là-bas n'aura plus assez de soleil pour faire mûrir la fleur qui promet le fruit de la puissance. Je lis le consentement dans les regards de France : voyez comme ils chuchottent ;

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LE ROI JEAN

poussez les pendant que leurs âmes sont influencées par l'ambition, de crainte que leur zèle maintenant fondu ne vienne à se raffermir et à se condenser de nouveau sous le souffle puissant des douces prières, de la pitié et du remords.

Premier citoyen. — Pourquoi les deux Majestés ne répondent-elles pas à cette amicale proposition de notre ville menacée?

Le roi Philippe. — Qu'Angleterre parle le premier puisqu'il a été le premier à parler à cette ville. Que dites-vous?

Le roi Jean. — Si le Dauphin ici présent, le prince ton fils, peut lire « j'aime » sur ce livre de beauté, le douaire de ma nièce pèsera celui d'une reine, car l'Anjou, la belle Touraine, le Maine, Poitiers, et, sauf cette ville maintenant assiégée par nous, toutes les possessions qui de ce côté de la mer relèvent de notre couronne et de notre dignité doreront son lit nuptial, et ainsi enrichie la feront marcher de pair pour les titres, les honneurs et les dignités, avec n'importe quelle princesse du monde, comme elle marche déjà de pair avec n'importe quelle princesse pour la beauté, l'éducation et la naissance.

Le roi Philippe. — Qu'en dis-tu, enfant? Regarde cette dame.

Louis. — C'est que je fais, Monseigneur, et dans son œil je découvre une merveille, un étonnant miracle ; j'aperçois dans son œil le reflet de ma personne, et ce reflet, bien qu'il ne soit que l'ombre de votre fils, y devient un soleil et réduit votre fils à l'état d'ombre : je proteste que je ne me suis jamais aimé autant que depuis que je contemple mon propre portrait tiré sur la toile flatteuse de son œil. (Il chuchotte avec Blanche.)

Le bâtard, h part. — Tiré sur la toile flatteuse de son œil! et sans doute aussi pendu à la ride que fait le froncement de son sourcil et écartelé dans son cœur! Il se dénonce lui-même comme un traître envers l'amour. C'est vraiment pitié qu'il puisse y avoir dans une aussi belle personne un si vil imbécile, pendu, tiré et écartelé.

Blanche. — La volonté de mon oncle, à cet égard, est la mienne. S'il voit en vous quelque chose qui lui plaise, ce quelque chose qu'il voit et qui lui plaît, ma volonté peut aisément l'adopter, ou si vous aimez mieux, pour parler plus exactement^ puis aisément l'imposer à mon cœur. Monseigneur, je ne vous flatterai pas au point de vous dire que tout ce que je vois en vous est digne d'amour, mais je vous dirai que je ne vois rien en

vous, même en vous donnant pour juges les pensées les plus malveillantes, qui me semble mériter l'aversion.

Le roi Jean. — Que disent ces jeunes gens? que dites-vous, ma nièce?

Blanche. — Votre nièce dit que son honneur l'oblige à faire toujours ce que décidera votre sagesse.

Le roi Jean. — Parlez en ce cas, prince Dauphin; pouvez-vous aimer cette Dame?

Louis. — Demandez-moi plutôt si je puis me retenir de l'aimer; car je l'aime en toute sincérité.

Le roi Jean. — Alors je te donne en même temps que sa personne les cinq provinces du Vexin, de la Touraine, du Maine, de Poitiers et de l'Anjou ; j'y ajoute encore trente mille marcs pleins de monnaie anglaise. Philippe de France, si ces arrangements t'agréent, commande à ton fils et à ta fille d'unir leurs mains.

Le roi Philippe. — Ils nous agréent tout-à-fait. Jeunes princes, unissez vos mains.

L'archiduc d'Autriche. — Et vos lèvres aussi, car j'ai l'assurance que je fis ainsi la première fois qu'on me donna assurance de mes fiançailles. Le roi Philippe. — Maintenant, citoyens d'Angers, ouvrez vos portes, et laissez entrer cette alliance que vous avez faite, car les cérémonies du mariage seront célébrées immédiatement à la chapelle de Sainte Marie. Est-ce que Madame Constance n'est pas dans notre société ? Je vois bien qu'elle n'y est pas, car sa présence aurait mis beaucoup d'obstacles à l'arrangement de ce mariage maintenant conclu. Où sont-ils, elle et son fils? qui le sait, dites-moi?

Louis. — Elle est sous latente de Votre Altesse, triste et en proie à l'irritation.

Le roi Philippe. — Et sur ma foi, l'alliance que nous venons de contracter donnera peu de soulagement à sa tristesse. Frère d'Angleterre, comment pouvons-nous contenter cetle Dame veuve? nous sommes venus au nom de ses droits, et Dieu sait si notre intention a changé de route à notre avantage !

Le roi Je*n. — Nous guérirons tout cela, car nous créerons le jeune Arthur duc de Bretagne et comte de Richmond, et nous le ferons seigneur de cette riche et belle ville. Appelez Madame Constance; que quelque messager rapide lui ordonne de venir assister à notre solennité : j'ai confiance que nous pouvons, sinon contenter entièrement sa

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